Tchad : les héroïnes du marché de Dembé face au soleil implacable
Au marché de Dembé à N’Djamena, des femmes bravent la chaleur étouffante pour vendre leurs produits, malgré les recommandations sanitaires. Leur survie dépend de chaque vente, incarnant un courage discret.
Par Barra Lutter
Au marché de Dembé, à N’Djamena, le soleil ne fait aucun cadeau. Dès la matinée, la chaleur écrase les allées poussiéreuses, chauffe les tôles improvisées et fatigue les corps. Pourtant, malgré les alertes répétées des autorités sanitaires recommandant d’éviter l’exposition au soleil entre 10h et 16h, des centaines de femmes continuent de vendre sous une température étouffante. Pour elles, le danger le plus immédiat n’est pas la chaleur, mais la faim.
Sous des parapluies usés, des bâches trouées ou de simples cartons dressés comme protection, ces vendeuses passent leurs journées à attendre les clients. Certaines vendent des légumes, d’autres des céréales, des fruits ou de petits articles du quotidien. Le visage couvert de sueur, elles résistent au soleil avec des moyens de fortune.
« Nous sommes habitués au soleil. Si nous restons à la maison, nos enfants ne mangeront pas », confie une vendeuse assise derrière un petit étal de cacahuètes. Dans sa voix, il n’y a ni plainte ni colère, seulement une réalité brutale que vivent de nombreuses femmes dans les marchés populaires de la capitale.
Au marché de Dembé, la chaleur ralentit les activités mais ne les arrête jamais. Les commerçantes utilisent parfois des morceaux de carton pour se faire de l’air ou gardent à proximité des bouteilles d’eau fraîche afin de supporter les températures élevées. D’autres couvrent leur visage avec des foulards pour limiter les effets directs des rayons du soleil. Malgré cela, la fatigue est visible sur les regards et les gestes.
Chaque journée devient une épreuve physique. Entre la poussière, la chaleur suffocante et les longues heures passées debout, ces femmes paient un lourd prix pour maintenir leurs familles à flot. Mais dans un contexte économique difficile, beaucoup affirment ne pas avoir d’alternative.
Cette réalité contraste fortement avec les recommandations sanitaires. Pendant que les autorités appellent à limiter les déplacements sous le soleil, ces vendeuses, elles, restent exposées pendant des heures. Non par ignorance du danger, mais parce que leur survie dépend de chaque vente réalisée.
Au marché de Dembé, ces femmes ne vendent pas seulement des produits. Elles portent aussi le poids silencieux de nombreuses familles. Sous un soleil accablant, elles incarnent une forme de courage discret, celui de celles qui continuent d’avancer malgré la fatigue, la chaleur et les difficultés de la vie quotidienne.