Tchad : les inondations récurrentes deviennent une crise nationale majeure
Les inondations récurrentes au Tchad exacerbent les crises humanitaires et économiques, soulignant l'urgence d'une stratégie nationale d'adaptation climatique pour protéger les populations et renforcer les infrastructures.
Par Katchibé Mapagne
À chaque saison, le même constat s’impose : des habitations submergées, des familles contraintes de quitter leur domicile, des axes routiers interrompus et des milliers d’hectares de cultures détruits. Au Tchad, les inondations ne relèvent plus d’un simple phénomène saisonnier. Elles constituent désormais une crise humanitaire, économique et environnementale qui met à l’épreuve la résilience du pays.
De N’Djamena aux provinces du Logone Oriental, du Logone Occidental, du Mayo-Kebbi, du Salamat, du Moyen-Chari ou encore du Lac, les fortes précipitations et les crues des fleuves Chari et Logone exposent chaque année des centaines de milliers de personnes à des conséquences parfois dramatiques.
Les experts s’accordent à reconnaître que le changement climatique accentue la fréquence et l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes. Les pluies, plus abondantes sur de courtes périodes, saturent rapidement les sols et provoquent le débordement des cours d’eau.
À cette réalité climatique s’ajoutent plusieurs facteurs aggravants : l’urbanisation non planifiée, l’obstruction des caniveaux, l’insuffisance des systèmes de drainage, la déforestation et l’occupation des zones inondables.
Dans plusieurs quartiers de N’Djamena, quelques heures de pluie suffisent désormais à compliquer les déplacements et à inonder les habitations.
Les premières victimes restent les populations les plus vulnérables. Des milliers de familles perdent leur logement, leurs biens et, dans certains cas, leurs moyens de subsistance.
Les écoles ferment temporairement, les centres de santé deviennent difficilement accessibles et les risques sanitaires augmentent avec la propagation du paludisme, du choléra et d’autres maladies liées à l’eau insalubre.
La situation est encore plus préoccupante pour les personnes déplacées internes et les réfugiés, notamment ceux ayant fui le conflit au Soudan, déjà confrontés à des conditions de vie précaires.
L’impact économique est tout aussi préoccupant. L’agriculture, principal moyen de subsistance de millions de Tchadiens, subit d’importantes pertes.
Les cultures de mil, de sorgho, de maïs et de riz sont régulièrement détruites par les eaux, compromettant les récoltes et accentuant les risques d’insécurité alimentaire.
Les infrastructures publiques ne sont pas épargnées : routes, ponts, écoles, marchés et réseaux d’assainissement nécessitent chaque année d’importants travaux de réhabilitation.
À cela s’ajoutent les perturbations du commerce et des transports, qui freinent l’activité économique dans plusieurs régions.
Face à ces catastrophes, les autorités mettent en œuvre des opérations de secours, procèdent à la construction de certaines digues et organisent le relogement temporaire des sinistrés.
Les agences des Nations unies, les ONG humanitaires et les partenaires techniques interviennent également en distribuant des vivres, des abris d’urgence, des médicaments et du matériel d’assainissement.
Malgré ces efforts, les réponses demeurent largement centrées sur l’urgence. Les investissements consacrés à la prévention restent insuffisants au regard de l’ampleur du phénomène.
Pour réduire durablement les effets des inondations, plusieurs priorités se dégagent : moderniser les réseaux de drainage urbain, renforcer les digues, protéger les zones humides, améliorer les systèmes d’alerte précoce et faire respecter les règles d’urbanisme afin d’éviter les constructions dans les zones à risque.
La sensibilisation des populations constitue également un levier essentiel, tout comme le développement d’une coopération régionale entre les pays riverains du bassin du Chari-Logone afin d’assurer une meilleure gestion des ressources en eau.
Les inondations récurrentes, en particulier celles qui ont frappé l'ensemble des 23 provinces ces dernières années, confirment que le Tchad se trouve en première ligne face au changement climatique. Le pays cumule une vulnérabilité géographique, environnementale et économique qui fait de ces catastrophes un défi national majeur. Elles offrent toutefois l’occasion de repenser l’aménagement du territoire, d’investir dans des infrastructures plus résilientes et de placer la prévention au cœur des politiques publiques.
Au-delà de l’urgence, c’est toute une stratégie nationale d’adaptation climatique qui doit être consolidée. Car chaque saison des pluies ne devrait plus être synonyme de catastrophe annoncée, mais devenir l’occasion de démontrer la capacité du pays à protéger ses populations et à construire un avenir plus résilient.