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Tchad-Madagascar : vers une nouvelle coopération Sud-Sud ?

Lors de sa visite à N’Djamena à l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance du Tchad, le président malgache Michaël Randrianirina a accordé une interview à nos confrères de Tchad Infos Télévision. À cet occasion, il a affiché sa volonté de renforcer les relations avec le Tchad.

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Tchad-Madagascar : vers une nouvelle coopération Sud-Sud ?

Lors de sa visite à N’Djamena à l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance du Tchad, le président malgache Michaël Randrianirina a accordé une interview à nos confrères de Tchad Infos Télévision. À cet occasion, il a affiché sa volonté de renforcer les relations avec le Tchad. En plus de la diplomatie, les deux pays disposent de plusieurs domaines de complémentarité susceptibles de donner un contenu économique et stratégique à cette coopération. Tour d’horizon.


La présence du président de la Refondation de la République de Madagascar, Michaël Randrianirina, à N’Djamena pour les célébrations du 11 août est une étape importante dans les relations entre le Tchad et Madagascar. Dans son interview accordée à Tchad Infos, Michaël Randrianirina a exprimé l'intention de développer une relation de coopération avec le Tchad. Une volonté qui intervient dans un contexte où le dirigeant malgache défend plus largement l'idée d'une coopération renforcée entre pays africains.

À première vue, le Tchad et Madagascar ont peu de choses en commun. L'un est une puissance sahélienne enclavée, confrontée aux défis de la sécurité, de l'accès à l'énergie, de la transformation agricole et de la diversification économique. L'autre est une île de l'océan Indien disposant d'importantes ressources agricoles, minières, halieutiques et touristiques, mais confrontée à la pauvreté, aux difficultés énergétiques, aux déficits d'infrastructures et à la nécessité de moderniser son économie. Pourtant, cette différence pourrait précisément constituer le fondement d'une coopération de complémentarité. Le Tchad peut offrir à Madagascar un marché, des possibilités d'investissements et un potentiel important dans l'agriculture, l'élevage et l'énergie. Madagascar peut, de son côté, apporter son expérience dans plusieurs secteurs de transformation, de recherche, d'agriculture, de pêche, d'enseignement supérieur et de technologies.

L’agriculture est l’un des domaines les plus évidents de la coopération bilatérale. Le Tchad dispose d'un important potentiel agricole et pastoral, mais une grande partie de ce potentiel reste insuffisamment valorisée. Les données de la Banque mondiale montrent que l’agriculture représente 37,7 % du PIB tchadien en 2024, contre 22,5 % à Madagascar. Le Tchad dispose d'un immense potentiel foncier et pastoral, mais son agriculture est limitée par l'accès à l'eau, aux intrants, au financement, aux infrastructures de stockage et de transformation. Madagascar dispose, à l'inverse, d'une agriculture plus densément exploitée et plus diversifiée, avec une forte spécialisation dans certaines productions d'exportation, notamment la vanille et le girofle. Le véritable défi est de passer d'une agriculture principalement destinée à la subsistance à une agriculture davantage mécanisée, irriguée et intégrée aux chaînes de transformation. Un partenariat pourrait ainsi porter sur la riziculture, l'irrigation, la mécanisation agricole, les semences, la formation des agriculteurs, la transformation agroalimentaire, la recherche agronomique, la sécurité alimentaire. L'objectif serait surtout de favoriser les transferts de technologies et de savoir-faire de Madagascar vers le Tchad.

Un autre secteur stratégique pourrait être l'industrie. Le Tchad cherche à renforcer la transformation locale de ses ressources en coton, sésame, gomme arabique, produits de l'élevage, ressources minières et hydrocarbures. Madagascar possède une expérience dans plusieurs filières de transformation, notamment l'agroalimentaire, le textile et certaines activités manufacturières. Une coopération industrielle pourrait donc permettre aux deux pays d'échanger leurs expériences sur la création de chaînes de valeur. L'enjeu est de produire davantage localement, transformer davantage localement et créer davantage d'emplois localement.

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L'énergie est également un axe majeur de coopération. Le Tchad dispose d'un potentiel solaire considérable, tandis que Madagascar cherche lui aussi à améliorer et diversifier son approvisionnement énergétique. Des partenariats pourraient être envisagés autour des mini-réseaux solaires, de l'électrification rurale, du pompage solaire pour l'agriculture et de l'alimentation énergétique des petites unités industrielles. Une telle coopération aurait l'avantage de relier directement énergie, agriculture et industrialisation.

L’éducation et le numérique sont également des domaines à explorer entre les deux pays d’Afrique. Les universités, grandes écoles et centre de formation du Tchad et de Madagascar peuvent développer des programmes d'échanges dans différents domaines, avec à l’appui, des bourses croisées et des expériences communes. Dans le numérique, les deux pays ont la possibilité de construire une coopération à faible coût et à fort potentiel dans l'administration électronique, la formation informatique, les start-up, la fintech, la cyber sécurité, l'intelligence artificielle, la télémédecine, l'enseignement à distance. Du moment où les deux pays cherchent à renforcer leurs capacités nationales, la coopération universitaire et le numérique pourraient devenir des instruments de diplomatie durable.

La dimension politique ne devrait pas être négligée. Les deux pays ont connu des transitions conduites par des militaires, mais dans des contextes différents. Le Tchad a connu une transition de 2021 à 2024 après la mort du Feu Maréchal Idriss Déby Itno, tandis que Madagascar est engagé depuis 2025 dans une transition dirigée par Michaël Randrianirina. Cette situation pourrait favoriser des échanges d'expériences sur le fonctionnement des institutions de transition, le dialogue national, la réforme institutionnelle, les processus électoraux et la gouvernance. Justement, lors de son interview accordée à Tchad Infos, Miachael Randrianirina a fait état d’un échange avec son homologue tchadien sur l’expérience dans sa conduite de la transition passée. Les prochaines étapes consisteraient à faire intégrer dans la transition malgache les bonnes pratiques tchadiennes. Pour transformer la volonté politique en résultats concrets, les deux États pourraient envisager la création d'une Commission mixte de coopération Tchad–Madagascar comme c’est le cas avec l’Egypte et l’Algérie.

Le rapprochement entre N'Djamena et Antananarivo pourrait finalement porter un message plus résonnante d'une coopération Sud-Sud-africaine fondée sur les complémentarités et non uniquement sur l'aide extérieure. Si la volonté exprimée des deux chefs d’Etat par Michaël ne se traduit par des accords suivis de projets concrets, tout porterait à croire qu’il s’agit d’un coup de communication orchestré par des régimes en transition, à la quête d’une légitimité nationale et d’une reconnaissance internationale.


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