Image

Tchad : Moussafoyo, au cœur des défis et de l'histoire d'un canton centenaire du Moyen-Chari

Fondé en 1835, le canton de Moussafoyo dans le Moyen-Chari fait face à des défis majeurs, entre aléas climatiques sur l'agriculture et déficit criant d'infrastructures sociales.

Partager
Tchad : Moussafoyo, au cœur des défis et de l'histoire d'un canton centenaire du Moyen-Chari

Par Elwood Dk

Moussafoyo, dans le département du Barh-Koh, province du Moyen-Chari, figure parmi les anciens cantons de la province. Créé en 1835, il a été dirigé jusqu’à présent par neuf chefs de canton. Aujourd’hui, la chefferie est conduite par Sa Majesté Tiganalbaye Naré Marc, nommé le 3 août 2021, puis confirmé par décret en 2024. Son installation officielle a eu lieu le 28 février 2025.

À travers un entretien, le chef de canton revient sur l’histoire de cette chefferie traditionnelle, les principales activités de la population ainsi que les difficultés auxquelles les habitants sont confrontés. Selon Sa Majesté Tiganalbaye Naré Marc, Moussafoyo a longtemps été marqué par la cohabitation pacifique entre ses différentes communautés. Il présente son canton comme un espace cosmopolite regroupant 99 villages et 26 ferriques.

L’agriculture demeure au cœur de la vie économique. Les habitants pratiquent également l’élevage, la pêche, la chasse et la cueillette. Le chef de canton, lui-même producteur, dit cultiver plusieurs spéculations, notamment le coton, le maïs, l’arachide, le sésame et la patate. « Chez nous, la terre reste la principale source de revenu. Je suis moi-même cultivateur et je connais l’importance de chaque production. Beaucoup de familles dépendent directement des récoltes. L’arachide permet notamment à plusieurs familles de prendre en charge la scolarité des enfants, tandis que le maïs contribue à leur alimentation. C’est pourquoi les jeunes doivent aussi s’intéresser à l’agriculture », souligne Sa Majesté Tiganalbaye Naré Marc.

Cette année, la campagne agricole inquiète le chef de canton de Moussafoyo. Contrairement aux années précédentes, les premières pluies n’ont pas été enregistrées aux périodes habituelles. Alors que les populations recevaient généralement les premières précipitations entre mars et avril, la situation a été différente cette année, avec des pluies qui ont véritablement commencé au mois de juin dans son canton. Pour Sa Majesté Tiganalbaye Naré Marc, ce retard risque d’avoir des conséquences sur les récoltes. Une pluviométrie insuffisante ou mal répartie peut empêcher les cultures de bien se développer et entraîner une diminution de la production.

Le chef de canton regrette par ailleurs le désintérêt d’une partie des jeunes pour les activités agricoles. Certains préfèrent, selon lui, chercher de petits revenus au lieu de s’investir dans la production. Il les encourage à considérer l’agriculture et l’élevage comme de véritables opportunités économiques. Pour lui, le travail agricole ne doit pas être considéré comme une activité réservée aux générations précédentes. « Un jeune qui vit au village doit pouvoir s’intéresser aux activités qui font vivre sa communauté. L’agriculture demande des efforts, mais elle permet aussi de construire durablement son avenir. Nos parents ont vécu de la terre et nous ont élevés grâce à elle », soutient-il.

La consommation de boissons alcoolisées frelatées, notamment le Nguerek, constitue une autre source d’inquiétude. Le chef de canton appelle les autorités à renforcer la lutte contre leur fabrication et leur commercialisation. « Je ne mets pas toute la responsabilité sur les jeunes qui consomment. Il faut surtout s’attaquer à ceux qui produisent et commercialisent ces boissons. L’État doit renforcer les mesures pour empêcher leur fabrication et leur circulation », plaide-t-il.

Moussafoyo connaît également un déficit important en infrastructures sociales. Sur les 99 villages, seulement huit (08) disposent d’écoles officielles. Le canton ne possède pas de centre d’examen et aucun centre de santé publique n’y est implanté. Le seul centre de santé existant est communautaire et fonctionne depuis 1986 grâce à la mobilisation locale, c’est-à-dire des associations villageoises.

Image
Image