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# Tchad : peut-on attirer les investisseurs sans régler la crise de l’électricité ?
- URL: https://www.alwihdainfo.com/tchad-peut-on-attirer-les-investisseurs-sans-regler-la-crise-de-lelectricite/
- Published: 2026-09-26T17:14:55.000Z
- Updated: 2026-09-26T17:14:55.000Z
- Description: Alors que le Tchad tente de séduire les investisseurs à Paris, la persistance des coupures d'électricité et les défis structurels à N’Djamena rappellent l'urgence de réformes concrètes.
- Author: Alwihda Info
- Tags: ANALYSE, Tchad

À Paris, le Tchad veut séduire les investisseurs étrangers. Mais à N’Djamena, les entreprises continuent de composer avec une électricité rare, irrégulière et coûteuse. Le défi de l’attractivité ne se résume pourtant pas aux coupures de courant : il touche plus largement aux infrastructures, au financement, à la gouvernance et à la capacité du pays à transformer ses ambitions en conditions concrètes pour les investisseurs.

Paris séduit, N’Djamena doit convaincre

Le contraste a de quoi interpeller. Ce 25 septembre, dans les salons Hoche à Paris, le Tchad présente ses opportunités économiques et tente de convaincre des investisseurs français et internationaux de miser sur son avenir. Autour du ministre d’État chargé des Finances et de l’Économie, Tahir Hamid Nguilin, la délégation tchadienne échange avec des responsables français et des représentants du Medef.

Sur le papier, le message est ambitieux. N’Djamena veut valoriser un pays situé au carrefour de l’Afrique centrale, du Sahel et du Maghreb. Le gouvernement met également en avant le Plan national de développement « Tchad Connexion 2030 », articulé autour de 268 projets et d’un besoin de financement considérable.

Mais une question demeure : comment convaincre durablement un investisseur à Paris lorsque l’environnement quotidien des entreprises reste précaire à N’Djamena ?

Électricité, premier test de crédibilité

L’énergie est l’un des premiers éléments évalués par un investisseur avant de s'implanter. Or, sur ce terrain, le Tchad part de loin. Selon les données de la Banque mondiale, seulement 13,4 % de la population tchadienne avait accès à l’électricité en 2024, contre 12 % en 2023.

Derrière ce pourcentage se cache une réalité économique : produire, conserver, transformer ou vendre devient complexe lorsque l’alimentation électrique demeure incertaine. Une précédente enquête de la Banque mondiale auprès des entreprises tchadiennes montrait que 70,2 % d'entre elles subissaient des coupures, tandis que 67,7 % disposaient d’un groupe électrogène. Les pertes liées à ces interruptions représentaient alors près de 9,8 % de leur chiffre d’affaires.

Ces chiffres traduisent un surcoût majeur : carburant, maintenance, équipements de secours, arrêts de production et pertes de revenus.

Un problème qui dépasse les ampoules

Réduire le problème de l’attractivité tchadienne aux seules coupures serait toutefois réducteur. Le FMI souligne la nécessité d’améliorer l’environnement des affaires — notamment l’accès à l’électricité, à l’eau et à internet —, mais aussi la gouvernance, la formalisation de l’économie et l’inclusion financière.

Le financement constitue un autre enjeu crucial. L’institution financière estime que le Tchad doit renforcer son secteur privé et diversifier une économie encore trop dépendante des recettes pétrolières. Son programme de 625 millions de dollars, approuvé en juillet 2025, vise à créer de l’espace budgétaire, à améliorer la gouvernance et à consolider le climat des affaires.

Le défi est structurel : un investisseur ne cherche pas seulement un territoire où placer ses capitaux, mais un écosystème capable de sécuriser son investissement.

Tchad Connexion 2030 face à l’épreuve du réel

Le gouvernement dispose d’un argument de poids avec « Tchad Connexion 2030 », qui place les infrastructures, les services essentiels et le développement économique au cœur de sa stratégie, tout en affichant de fortes ambitions d’électrification.

Cependant, entre l'affichage des projets et la matérialisation des conditions de leur réussite, l’écart reste grand. Le FMI prévoit une croissance réelle de 5,2 % pour 2026, signe de perspectives encourageantes. Encore faut-il que cette dynamique s’accompagne d’infrastructures pérennes.

À Paris, le Tchad met en avant ses ressources et son marché. Mais l’investisseur regarde aussi l'après-signature. Car la meilleure publicité pour un pays demeure la réussite des entreprises déjà installées.

Le forum Tchad-France peut ainsi dépasser le cadre d’une simple opération de séduction pour devenir un rendez-vous de vérité : quels engagements sur l’énergie, quels délais pour les infrastructures, quelle sécurité juridique et quel accès au financement ?

À Paris, les lumières brillent pour convaincre ; à N’Djamena, les entreprises attendent toujours que le courant passe.