Tchad : pour une nation forte, des citoyens engagés

Le Tchad doit renforcer ses institutions tout en cultivant un engagement citoyen fort pour bâtir une nation prospère, selon l'exemple du Rwanda et du Botswana.

Partager
Tchad : pour une nation forte, des citoyens engagés

Par Idriss Abdelkerim

« Une institution ne vaut que par les femmes et les hommes qui la font vivre. » Cette idée résume l'un des plus grands défis auxquels le Tchad est confronté. Si les réformes institutionnelles sont nécessaires, elles ne suffisent pas à elles seules à transformer un pays. Une nation forte se construit avant tout grâce à des citoyens responsables, unis autour d'une vision commune.

Au Tchad, le débat public met souvent l'accent sur le renforcement des institutions : justice, administration, armée ou encore gouvernance. Pourtant, beaucoup de citoyens s'interrogent : à quoi servent des institutions modernes si les pratiques quotidiennes restent marquées par la corruption, le favoritisme, le manque de civisme ou le détournement du bien public ?

Une route peut être construite par l'État, mais si elle est rapidement dégradée par des actes de vandalisme ou un manque d'entretien, ce n'est pas seulement un échec institutionnel : c'est aussi un problème de responsabilité collective. De même, une école peut être équipée, mais si les enseignants sont régulièrement absents ou si les élèves abandonnent leurs études faute d'encadrement, le développement restera un objectif lointain.

L'histoire montre que les nations les plus prospères ne reposent pas uniquement sur des textes de loi ou des bâtiments administratifs. Elles s'appuient surtout sur une culture du travail, de la discipline, du respect des règles et de l'intérêt général. Les institutions sont le squelette de l'État ; les citoyens en sont le cœur.

Le véritable défi du Tchad est donc de bâtir une société où chacun se sent responsable du destin collectif. Le développement ne dépend pas exclusivement des dirigeants. Il commence aussi par des gestes simples : respecter les biens publics, payer ses impôts, promouvoir la paix, dénoncer les injustices et participer activement à la vie de la communauté.

Une nation ne s'effondre pas seulement lorsque ses institutions sont faibles ; elle vacille surtout lorsque ses citoyens cessent de croire au bien commun. C'est pourquoi la construction d'un Tchad fort passe autant par des institutions crédibles que par des citoyens intègres et engagés.

Par exemple, le Rwanda a renforcé ses institutions après 1994, mais a également mis l'accent sur le civisme, la propreté, la lutte contre la corruption et la participation citoyenne.

Le Botswana est souvent cité comme un exemple africain où une gouvernance relativement stable s'est accompagnée d'une gestion rigoureuse des ressources publiques et d'une forte culture de responsabilité.

En bref, les institutions peuvent ouvrir la voie, mais elles ne marcheront jamais seules. Le véritable moteur d'une nation demeure son peuple. Un citoyen conscient de ses devoirs vaut parfois autant qu'une réforme institutionnelle. Car, au final, les grandes nations ne sont pas seulement gouvernées par de bonnes institutions, elles sont portées par de grands citoyens.