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# Tchad : quand l'État fait la manche après avoir vidé les poches
- URL: https://www.alwihdainfo.com/tchad-quand-letat-fait-la-manche-apres-avoir-vide-les-poches/
- Published: 2026-10-03T15:13:26.000Z
- Updated: 2026-10-03T15:13:26.000Z
- Author: Alwihda Info
- Tags: ANALYSE, Tchad

Mercredi matin, le président de la République, Mahamat Idriss Deby Itno, a eu une illumination en visitant l’École des enfants de troupe et le Lycée Félix Éboué. Constatant l’état de délabrement avancé des infrastructures à la veille de la rentrée 2026-2027, le chef de l'État a lancé un appel vibrant, presque larmoyant, à la solidarité nationale.

Citoyens de l’intérieur, entrepreneurs et diaspora sont priés de « donner ce qu’ils peuvent » pour sauver l’école publique. Une initiative qu’il souhaite « populaire ». Traduction : l’État démissionne, sortez vos portefeuilles !

**Un rappel de mémoire pour l'État amnésique**

Il convient de rafraîchir la mémoire de nos dirigeants, apparemment frappés d'amnésie collective. Les Tchadiens paient déjà, et très cher, pour l'instruction de leurs enfants.

Il n’existe plus d’allocations familiales ni de prise en charge des fournitures scolaires par l’État depuis 1975 ? Depuis un demi-siècle, ce sont les parents qui s'endettent pour acheter le moindre cahier et payer des "frais d'inscription" dans des établissements publics qui n'ont de public que le nom.  
Pendant que l'on demande au citoyen de faire un énième sacrifice, l'argent coule à flots par la vente du pétrole, de l'or et des autres ressources minières. De l'argent qui est exclusivement destiné à protéger le régime. Le budget de l'armée à l’effectif pléthorique et budgétivore dépasse de plus de cinq fois celui de l’Éducation nationale. Pour acheter des armes, des véhicules de luxe et entretenir des généraux aux grades aussi mystérieux que leurs compétences, l’État trouve toujours de l’argent. Mais pour réparer le toit d’une salle de classe, il faut quêter l’aumône auprès de la veuve et de l’orphelin.

**La diaspora : "mendiante" le lundi, sauveuse le mercredi**

Le comble de l’ironie réside dans l'appel pressant lancé à la diaspora. Cette même diaspora, méprisée et insultée par le parti au pouvoir, le MPS, dont le porte-parole n'avait pas hésité à la traiter de « mendiante en France ».

Apparemment, les "mendiants" d’hier sont devenus les banquiers d’aujourd’hui. Quand il s'agit de critiquer le régime, la diaspora est honnie ; quand il s'agit de financer les défaillances de l'État, elle est appelée à la rescousse.

**Où va l'argent du pétrole, de l'or et des autres ressources minières et douanières ?**

L'or noir coule sous le sol tchadien, ainsi que d'autres minerais, mais leurs revenus semblent s'évaporer dans les poches d'une minorité privilégiée. L'argent du pétrole et des autres matières premières vendues doit servir à construire des infrastructures scolaires et de santé dignes de ce nom, à former des enseignants qualifiés pour assurer l'éducation scientifique de nos enfants, et à doter le pays d'un personnel soignant capable de s'occuper de la santé des populations. C’est le rôle régalien d’un État, pas une option facultative.

Si l’État en appelle aux citoyens une fois de trop alors qu’il ne leur donne absolument rien en retour, le contrat social est rompu. À ce stade de faillite morale et financière, autant déclarer forfait. Quitte à privatiser et abandonner totalement l’école à des acteurs privés. Après tout, les écoles confessionnelles chrétiennes ont fait la preuve, depuis des décennies, de leur rigueur et de leur capacité à assurer une formation de qualité, là où l'appareil étatique s'est lamentablement effondré.

Les Tchadiens ont déjà tout donné. Il est temps que l'État commence, lui aussi, à « donner ce qu'il peut ». Et il peut beaucoup, s'il commence par réduire le train de vie de ses dirigeants.