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# Tchad : quatre ans après le DNIS, le grand dialogue a-t-il vraiment transformé le pays ?
- URL: https://www.alwihdainfo.com/tchad-quatre-ans-apres-le-dnis-le-grand-dialogue-a-t-il-vraiment-transforme-le-pays/
- Published: 2026-08-20T09:00:00.000Z
- Updated: 2026-08-20T08:59:59.000Z
- Description: Quatre ans après le Dialogue national inclusif et souverain, le Tchad cherche encore son nouveau contrat social, tiraillé entre réformes institutionnelles, violences persistantes et tensions politiques durables.
- Author: Alwihda Info
- Tags: Santé, Tchad

**Par Barra Lutter**

Quatre ans après le Dialogue national inclusif et souverain (DNIS), le Tchad peut-il réellement prétendre à un nouveau contrat politique ? Présenté en 2022 comme le grand rendez-vous de la réconciliation et de la refondation nationale, ce forum a accouché de résolutions, d'une nouvelle Constitution et d'un calendrier électoral. Mais sur le terrain, les violences communautaires persistent, l'opposition fait régulièrement l'objet d'arrestations et la promesse d'un espace politique ouvert s'estompe. Une question demeure : que reste-t-il réellement des milliers de participants réunis à N'Djamena ?

Le grand rendez-vous de la refondation

Du 20 août au 8 octobre 2022, environ 1 500 délégués se sont retrouvés dans la capitale tchadienne pour tenter de sortir le pays de la crise ouverte après la mort d'Idriss Déby Itno. Le DNIS devait incarner l'instant de la réconciliation, de la refondation institutionnelle et du retour à l'ordre constitutionnel.

Sur le papier, l'ambition était considérable. Les participants ont débattu de la forme de l'État, de la Constitution, des droits humains et du processus électoral. Le forum a recommandé une transition de vingt-quatre mois, tout en autorisant ses dirigeants à briguer la magistrature suprême. Le Conseil national de transition (CNT) a par ailleurs vu ses effectifs passer de 93 à 197 membres.

C'est précisément là que réside le paradoxe du DNIS. Un processus censé résorber les fractures politiques a également engendré de nouvelles structures budgétivores. En 2023, la dotation du CNT atteignait ainsi plus de 30,2 milliards de francs CFA.

Des institutions plus nombreuses, mais des fractures intactes

Quatre ans plus tard, le bilan ne saurait se résumer à la création de nouvelles institutions. Il exige d'analyser l'évolution concrète du quotidien des citoyens et de leurs relations avec l'État. Le DNIS ambitionnait de pacifier le pays. Pourtant, la violence politique et communautaire demeure endémique. Selon les données compilées par l'ACLED, près de 270 événements de violence politique ont été enregistrés entre janvier 2022 et mars 2024, causant plus de 1 025 morts.

Les conflits liés à la terre, à l'eau et à la transhumance restent particulièrement alarmants. En 2024, les Nations unies ont recensé 28 conflits intercommunautaires, contre 14 en 2023\. Ces affrontements ont fait 182 morts, 149 blessés et plus d'un millier de déplacés, d'après les chiffres d'OCHA.

Le problème ne réside donc pas tant dans l'absence de dialogues que dans leur impuissance à transformer les réalités locales. Réunir des centaines de délégués, rédiger des recommandations et multiplier les cérémonies officielles ne suffisent pas : si, dans les villages, agriculteurs et éleveurs continuent de s'affronter pour l'accès aux ressources, le contrat social demeure une illusion.

Le dialogue politique à l'épreuve de la répression

Le DNIS devait également ouvrir une nouvelle ère démocratique. L'après-forum a toutefois été entaché par des épisodes qui ont lourdement compromis cette promesse. Le 20 octobre 2022, quelques jours à peine après la clôture des assises, les manifestations réclamant un retour au pouvoir civil ont été sévèrement réprimées. La Commission nationale des droits de l'homme a recensé 128 morts et 518 blessés, accompagnés de centaines d'arrestations et de condamnations.

En octobre 2023, à l'approche du référendum constitutionnel, au moins 72 membres et sympathisants du parti Les Transformateurs ont à leur tour été interpellés.

L'affaire Yaya Dillo a ensuite marqué un tournant tragique. En février 2024, le chef du Parti socialiste sans frontières (PSF) a péri lors de l'assaut des forces de sécurité contre le siège de sa formation, rappelant que la compétition politique tchadienne demeurait sous le joug de la violence.

Plus récemment, le cas de Succès Masra s'est imposé comme le symbole d'un espace civique sous haute tension. L'ancien Premier ministre et dirigeant des Transformateurs a été arrêté en mai 2025, condamné à vingt ans de prison en août de la même année, avant que sa peine ne soit confirmée en mai 2026\. Il a finalement bénéficié d'une grâce présidentielle le 14 août 2026.

Quatre ans après, l'impératif de vérité

Le DNIS n'a pas été vain. Il a permis d'établir un cadre de transition, d'accoucher d'une nouvelle Constitution et d'organiser des scrutins. Néanmoins, une architecture institutionnelle ne fait pas une réussite nationale.

La question centrale demeure : ce dialogue a-t-il dissipé la méfiance entre gouvernants et gouvernés ? A-t-il consolidé l'État de droit, prévenu les conflits communautaires, protégé l'opposition et rapproché l'administration des citoyens ? Les faits incitent à la retenue. Le Tchad n'a pas besoin de multiplier les enceintes de discussion pour engranger de nouvelles résolutions, mais de veiller à ce que les engagements pris irriguent enfin les villages, les tribunaux, les écoles et les administrations.

Car le véritable échec d'un dialogue national n'est pas l'absence de texte, mais le constat qu'après des milliards de francs CFA dépensés et des milliers de citoyens mobilisés, les crises ressurgissent, fauchant souvent les mêmes vies.