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Tchad : qui compte nos morts pour comprendre pourquoi ils meurent ?

Faute de données fiables et centralisées, le Tchad peine à établir les causes exactes de mortalité de sa population, un frein majeur pour les politiques de santé publique.

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Tchad : qui compte nos morts pour comprendre pourquoi ils meurent ?
Le cimetière de Lamadji au Tchad. Illustration © Idriss Abdelkerim/Alwihda Info

Dans un pays où les maladies et les accidents continuent de faire des victimes, une question demeure : combien de personnes meurent chaque année au Tchad, et de quelles causes ? La réponse reste difficile à établir en raison de l’insuffisance des mécanismes d’enregistrement systématique des décès et des inhumations.

Dans plusieurs pays, le décès d’un citoyen fait l’objet d’un processus administratif et médical rigoureux. Lorsqu’une personne s'éteint à l’hôpital, un document médical établit les circonstances et, lorsque cela est possible, la cause de la disparition. Lors de l’inhumation, ces informations sont ensuite consignées par les services compétents de la commune.

Ces données permettent aux autorités sanitaires et administratives de disposer, au fil des mois, d’une vision précise de la mortalité. Elles servent notamment à identifier les pathologies les plus meurtrières, à mesurer l'impact des accidents de la route et à orienter efficacement les politiques de prévention.

Au Tchad, lorsqu’un patient décède dans certains établissements de santé, les familles se retrouvent souvent sans document médical suffisamment détaillé. Le corps est ensuite transporté vers le cimetière et inhumé, parfois sans qu’aucun dispositif centralisé ne permette de conserver les informations essentielles sur le défunt.

Cette situation pose un véritable problème de santé publique. Sans données fiables, comment déterminer les principales causes de mortalité ? Comment savoir si les décès liés au paludisme, aux maladies chroniques, aux infections ou à la route augmentent ou diminuent ?

La mise en place d’agents assermentés chargés de l’enregistrement des inhumations dans les principaux cimetières pourrait contribuer à redresser la situation. Avant l’enterrement, les informations relatives au défunt seraient vérifiées et consignées : identité, âge, sexe, lieu et cause présumée du décès, sur la base des documents disponibles.

Ces données seraient ensuite centralisées par les mairies et transmises aux services sanitaires, dans le strict respect de la confidentialité et de la dignité des familles.

Une collaboration étroite entre le ministère de la Santé, les communes, les hôpitaux et les services de sécurité permettrait d'établir périodiquement un bilan national incontestable de la mortalité.

Si les statistiques révèlent une forte mortalité due aux accidents de la circulation, les autorités pourront renforcer la sécurité routière. Si une épidémie ou une maladie émerge comme une cause majeure de décès, les moyens de dépistage et de traitement seront ajustés en conséquence.

L’objectif n’est donc pas simplement de compter les morts, mais de comprendre les causes de ces disparitions afin de mieux protéger les vivants. Aujourd’hui, chaque tombe anonyme représente une vie perdue sans laisser de trace statistique. Demain, les informations recueillies autour de ces décès permettront de sauver des vies.

Le Tchad a urgemment besoin d’un système moderne, fiable et coordonné d’enregistrement des décès et des inhumations. Car un pays qui ignore la cause de la mort de ses citoyens s'avère incapable de bâtir des politiques publiques pleinement efficaces pour préserver l'avenir.

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