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# Tchad - RCA : général Miskine, l'histoire d'un ancien commandant de la garde présidentielle devenu gênant
- URL: https://www.alwihdainfo.com/tchad-rca-general-miskine-lhistoire-dun-ancien-commandant-de-la-garde-presidentielle-devenu-genant/
- Published: 2026-09-02T21:13:46.000Z
- Updated: 2026-09-02T21:13:46.000Z
- Description: Le procès d’Abdoulaye Miskine ravive les événements de 2001-2002 en RCA. Sa défense affirme qu’il agissait alors comme chef de la garde présidentielle sous Patassé, conteste les preuves et réclame un nouveau procès où chaque partie pourrait présenter ses témoins.
- Author: Alwihda Info
- Tags: Tchad, Afrique

Le procès d’Abdoulaye Miskine -de son vrai nom Koumtamadji Martin- ouvert à N’Djamena devant la chambre criminelle, ravive une séquence particulièrement trouble de l’histoire politique et militaire de la République centrafricaine. Présenté ces dernières années principalement comme le fondateur du Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC), l’homme comparaît pourtant, pour une partie essentielle des faits débattus actuellement, à propos d’une période antérieure durant laquelle il agissait au sein de l’appareil sécuritaire de l’État centrafricain.

Une distinction que sa défense considère comme fondamentale. Selon elle, une confusion persistante tend à mélanger les accusations liées à son passage à la tête de la garde présidentielle sous Ange-Félix Patassé et son parcours ultérieur de chef rebelle.

Les éléments chronologiques fournis renvoient en réalité aux événements de **2001-2002**, et non les années qui ont suivies. À cette époque, Abdoulaye Miskine aurait été désigné par le président Ange-Félix Patassé pour diriger une unité chargée de la sécurité présidentielle et participer à la lutte contre les forces rebelles de François Bozizé, qui deviendra quelques années plus tard président de la République centrafricaine.

### Avant le FDPC, un homme de la sécurité présidentielle

C’est autour de cette période que se concentre une grande partie de la bataille judiciaire actuelle.

Selon la version développée par la défense, Abdoulaye Miskine n’agissait alors ni comme chef du FDPC ni comme commandant d’une rébellion contre l’État. Il aurait au contraire dirigé des éléments relevant du dispositif de sécurité du pouvoir en place et engagés aux côtés des Forces armées centrafricaines.

La défense insiste donc sur une distinction : **les faits aujourd’hui débattus ne seraient pas liés à la période durant laquelle Miskine était à la tête du FDPC**, mais à des opérations conduites lorsqu’il travaillait pour le régime de Patassé.

Le déploiement de ses hommes aurait notamment concerné la région de Kabo. Selon les éléments avancés par son entourage, la rébellion y était déjà installée depuis environ trois mois lorsque les forces placées sous son commandement ont été envoyées sur place sur instruction présidentielle.

Cette chronologie est essentielle pour la défense, qui estime qu’elle doit permettre de déterminer quelles forces occupaient les zones concernées au moment des exactions dénoncées et à qui celles-ci peuvent réellement être imputées.

Abdoulaye Miskine aurait lui-même résumé sa position en ces termes à l’époque : « J’étais à la tête d’hommes disciplinés, des forces spéciales présidentielles. Nous qui étions les forces légales, faisons des exactions ? Et les rebelles rien ? C’est incompréhensible. »

### Des réfugiés de Maro voudraient témoigner

Autre élément susceptible de prendre une place importante dans la suite de l’affaire : des réfugiés centrafricains installés au camp de Maro, au Tchad, à environ 25 kilomètres de la frontière centrafricaine, souhaiteraient être entendus.

Selon des sources proches du dossier, plusieurs d’entre eux auraient fui la région de Kabo et voudraient témoigner sur les circonstances de l’époque, les différents groupes armés présents dans la zone ainsi que sur le comportement des hommes placés sous l’autorité d’Abdoulaye Miskine.

Certains entendraient également témoigner de ce qu’ils présentent comme des actions positives de ses hommes et identifier les véritables auteurs d’exactions commises dans la région.

À ce stade, ces témoignages n’ont toutefois pas été examinés par la juridiction et leur contenu devra, s’ils sont admis, être confronté aux déclarations des parties civiles et aux autres éléments du dossier.

Pour l’entourage de Miskine, le principe devrait être simple : permettre à chacune des parties de produire ses propres témoins.

« Chacun apporte ses témoins, les plaignants et le général Miskine. Et qu’on le laisse expliquer le problème au fond, même s’il s’agit de lui donner trois jours de parole pour éclaircir les choses », confie une source à Alwihda Info.

### « On doit le laisser s’exprimer »

Cette volonté d’aller au fond des événements est également au cœur des critiques formulées par la défense depuis l’ouverture du procès.

Selon plusieurs sources proches de l’accusé, Abdoulaye Miskine chercherait à reprendre précisément la chronologie des événements, expliquer la chaîne de commandement et détailler le contexte militaire dans lequel ses hommes avaient été déployés.

Mais sa défense estime qu’il ne disposerait pas toujours de suffisamment de latitude pour développer ses explications.

« On doit le laisser s’exprimer pour qu’il puisse dire la vérité. C’est comme si certains ne veulent pas qu’il dise la vérité », murmure une source proche du dossier.

Ces accusations sont celles de la défense et de l’entourage du prévenu. Il appartient à la cour de déterminer les conditions dans lesquelles les débats doivent se poursuivre et les éléments pertinents à retenir.

### Le 5 novembre 2002, une décoration puis l’exil

La fin de la collaboration entre Abdoulaye Miskine et le pouvoir de Bangui constitue un autre épisode central de son parcours. Alors qu’il se trouvait encore sur le terrain, Ange-Félix Patassé l'a appelé le **4 novembre 2002** pour lui demander de revenir à Bangui.

Le lendemain, le **5 novembre**, Abdoulaye Miskine a été reçu à la présidence et décoré du mérite centrafricain. Mais cette reconnaissance officielle a immédiatement été suivie de son départ du pays. En effet, un avion spécialement affrété par l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi l’attendait à Bangui afin de l’évacuer vers Tripoli.

Miskine a quitté directement la présidence après sa décoration, sans même retourner à son domicile. Ses deux épouses et ses enfants ont également été conduits jusqu’à l’appareil pour quitter la République centrafricaine.

**À l'origine de cette exfiltration, des pressions de l'ancien président tchadien Idriss Deby Itno qui voyait d'un mauvais oeil la présence du commandant de la garde présidentielle centrafricaine, à la tête des forces spéciales, à quelques kilomètres de la frontière avec le Tchad. Et des soupçons de vouloir mener une contre-rébellion contre le Tchad. C'est ce qui a abouti à un accord, sous l'égide de Kadhafi, visant à écarter le général Abdoulaye Miskine de la Centrafrique.**

### Pourquoi n’a-t-il pas été arrêté plus tôt ?

C’est l’une des questions les plus insistantes formulées dans l’entourage du général.

Après son départ de Bangui, Abdoulaye Miskine a vécu plusieurs années hors de République centrafricaine, dans plusieurs pays. Ses proches s’interrogent donc sur l’absence, selon eux, d’une procédure internationale ayant conduit plus tôt à son arrestation.

Ils posent notamment la question d’une éventuelle saisine d’Interpol : si des plaintes existaient déjà contre lui et si les accusations étaient suffisamment établies, pourquoi n’aurait-il pas été interpellé durant les années qui ont suivi ?

La défense souhaite que cette chronologie soit examinée au procès et que soient précisées les dates exactes des plaintes, des procédures engagées et des actes judiciaires susceptibles d’avoir été pris à son encontre.

### Une médiation avec N’Djamena qui se termine par une arrestation

Le parcours d’Abdoulaye Miskine prend finalement un tournant en 2019.

Selon son entourage, il aurait été approché par un colonel -devenu par la suite général- dans le cadre de discussions présentées comme une médiation impliquant N’Djamena. Il sera finalement arrêté par les services spéciaux puis incarcéré au Tchad avec trois de ses compagnons.

Depuis, les quatre hommes sont détenus dans l’attente d’un jugement.

Cette arrestation constitue pour ses proches un autre point d’interrogation. Ils souhaitent que soient précisément clarifiées les circonstances de son arrivée, les engagements qui auraient éventuellement été pris dans le cadre des discussions et les fondements juridiques de son arrestation.

### Des accusations particulièrement lourdes

Devant la chambre criminelle de N’Djamena, Abdoulaye Miskine et ses trois coaccusés font face à de lourdes accusations, notamment de création d’un mouvement insurrectionnel, assassinat, viol, torture et séquestration.

Les parties civiles ont commencé à être entendues après plusieurs renvois dus à leur absence.

Certaines sont venues de la zone frontalière entre le Tchad et la République centrafricaine.

Mahamat Diga Dimbaye, coordinateur national des Associations de la société civile, affirme que des victimes accusent Abdoulaye Miskine de viols, de tueries, de tortures et de disparitions forcées. Il estime même que certains faits pourraient relever, selon lui, de crimes contre l’humanité.

Ces accusations sont fermement contestées par la défense.

### « Le dossier est vide », estime la défense

Maître Mogna Kebmeterd, l’un des avocats de la défense, considère que les premières journées d’audience n’ont pas permis de produire des éléments suffisamment solides contre les accusés.

Il pointe notamment ce qu’il présente comme des incohérences dans les témoignages des parties civiles, ainsi que l’absence de nouvelles pièces déterminantes versées au dossier.

La défense affirme également que certaines personnes entendues n’auraient pas présenté de pièce d’identité à la barre.

« Lorsque l’accusation n’a pas les arguments solides pour soutenir cette accusation, le ministère public ne peut que renvoyer le dossier pour creuser et chercher d’autres arguments », a estimé Maître Mogna.

Les avocats des parties civiles rejettent cette lecture.

Maître Ahmad Abderahman rappelle de son côté que les victimes attendent depuis plusieurs années que la justice se prononce et qu’elles puissent obtenir réparation.

### Les conditions d’identification en question

Un autre point particulièrement contesté concerne l’identification des quatre accusés.

Selon la défense, certains plaignants entendus au cours de l’instruction en 2021 n’auraient alors reconnu aucun des quatre hommes.

Elle demande donc que soit expliqué comment certaines identifications ont pu intervenir par la suite.

Les avocats contestent également des reconnaissances qui auraient, selon eux, été effectuées à partir d’éléments extérieurs à l’audience ou de descriptions vestimentaires.

Pour la défense, l’identification des auteurs est pourtant déterminante dans des dossiers portant sur des faits anciens et sur des zones qui étaient alors occupées successivement ou simultanément par plusieurs groupes armés.

### 39 plaintes, mais seulement une partie examinée

La défense relève également des interrogations sur le nombre de plaintes.

Selon les éléments présentés au cours des débats, **39 plaintes** auraient été déposées, mais seulement une partie des plaignants aurait effectivement comparu devant la cour.

Les avocats de Miskine réclament donc que chaque accusation puisse être examinée contradictoirement et que les personnes concernées soient entendues dans des conditions permettant aux accusés de répondre précisément.

Ils réclament aussi la remise en liberté des trois coaccusés, considérant que leur implication personnelle dans plusieurs des événements historiques évoqués n’aurait pas été démontrée.

### La compétence du tribunal tchadien également contestée

La procédure soulève enfin une question juridique majeure : celle de la compétence des juridictions tchadiennes.

Une grande partie des faits reprochés aurait été commise en République centrafricaine.

La défense soutient donc que la juridiction doit préciser sur quelle base elle peut juger au Tchad des crimes présumés commis à l’étranger, particulièrement lorsqu’il s’agit d’événements impliquant les forces régulières et les institutions d’un autre État.

Les avocats évoquent également l’existence d’enquêtes internationales antérieures sur certains événements.

### Un procès interrompu après un malaise du procureur

La dernière audience a été marquée par une interruption inattendue.

Après des échanges tendus dans la salle, le procureur de la République a été victime d’un malaise, conduisant à l’interruption des débats et au renvoi de l’audience.

La défense y voit une nouvelle étape dans un procès déjà marqué par plusieurs reports. Elle estime qu’avant les réquisitions du ministère public, toutes les zones d’ombre doivent pouvoir être éclaircies.

Abdoulaye Miskine a également évoqué devant la cour son état de santé. Il affirme que celui-ci s’est considérablement dégradé depuis son incarcération et qu’il souffrirait désormais de plusieurs pathologies, notamment de problèmes rénaux.

### Vers une demande de reprise du procès à zéro

Face aux nombreuses contestations, certaines sources proches d’Abdoulaye Miskine vont désormais plus loin et demandent que le procès actuel soit annulé afin qu’une nouvelle procédure soit engagée depuis le début.

L’objectif, selon elles, serait de permettre un débat plus large et contradictoire : entendre l’ensemble des plaignants, permettre à la défense de produire ses propres témoins, faire venir les réfugiés centrafricains susceptibles de témoigner sur les événements de Kabo et surtout permettre à Abdoulaye Miskine d’exposer longuement sa version.

Cette demande n’a, à ce stade, aucune conséquence automatique sur la procédure en cours et relève de la position exprimée par son entourage.

### Le procès d’un homme, mais aussi celui d’une époque

Au-delà du sort personnel d’Abdoulaye Miskine, le dossier ramène le Tchad et la République centrafricaine à une période où les frontières entre armée régulière, garde présidentielle, forces étrangères et mouvements rebelles étaient particulièrement mouvantes.

C’est précisément ce contexte que la défense veut replacer au centre du procès.

Pour les victimes et leurs avocats, l’ancien statut officiel de Miskine ne saurait toutefois suffire à écarter les accusations : ils demandent à la justice d’établir les responsabilités et de réparer des souffrances restées, selon eux, sans réponse pendant plus de deux décennies.

Pour la défense, au contraire, condamner aujourd’hui un ancien responsable de la garde présidentielle sans déterminer précisément qui contrôlait les différentes zones, quelles unités étaient présentes et sous quels ordres elles agissaient reviendrait à juger une période complexe sans en reconstituer toute l’histoire.

C’est là que réside désormais l’enjeu central du procès : **déterminer si Abdoulaye Miskine doit répondre personnellement des exactions alléguées ou si certaines accusations lui ont été attribuées, des années plus tard, en raison de son rôle devenu politiquement encombrant dans l’histoire mouvementée de la République centrafricaine.**