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# Tchad : souveraineté alimentaire, le défi du riz local face aux importations
- URL: https://www.alwihdainfo.com/tchad-souverainete-alimentaire-le-defi-du-riz-local-face-aux-importations/
- Published: 2026-08-26T10:00:00.000Z
- Updated: 2026-08-26T10:00:00.000Z
- Description: Malgré un fort potentiel agricole, le Tchad continue de dépendre massivement du riz importé. Structurer la filière locale permettrait pourtant de soutenir le pouvoir d'achat et l'économie nationale.
- Author: Alwihda Info
- Tags: Tchad

**Par Idriss Abdelkerim**

Dans plusieurs provinces du Tchad, le riz fait partie des cultures pratiquées par les producteurs. Communément appelé « riz de Laï », le riz local témoigne du potentiel agricole du pays. Dans certaines zones proches des cours d’eau et des espaces humides, cette culture peut même prospérer dans des conditions où l’exploitation et le suivi restent limités.

À N'Djamena comme dans d’autres localités, le constat soulève une question centrale : comment un pays disposant de terres arables et de ressources en eau importantes continue-t-il à dépendre massivement du riz importé ?

Le problème ne se limite pas à la production. Il englobe également la transformation, la qualité, la commercialisation et, par-dessus tout, les habitudes de consommation. Une part importante des consommateurs tchadiens privilégie le riz importé, souvent perçu comme plus propre, plus homogène et plus facile à préparer que le produit local.

Des prix qui interpellent les ménages

Sur les marchés de N'Djamena, plusieurs variétés de riz importé affichent des tarifs élevés. À titre indicatif, selon les prix relevés auprès de commerçants :  
\- Riz La Lune : 25 kg à 11 500 FCFA (soit environ 460 FCFA/kg)  
\- Riz La Lune : 50 kg à 22 500 FCFA (soit environ 450 FCFA/kg)  
\- Riz Mémé cassé : 25 kg à 22 500 FCFA (soit 900 FCFA/kg)  
\- Riz Mémé cassé : 50 kg à 45 000 FCFA (soit également 900 FCFA/kg)

À l'inverse, si une politique nationale structurée permettait de produire, de transformer et de commercialiser un riz tchadien à 5 000 FCFA le sac de 25 kg et à 10 000 celui de 50 kg, l'impact sur le pouvoir d'achat serait immédiat.

Pour un sac de 25 kg, l'économie pour le consommateur atteindrait :  
\- 6 500 FCFA (soit environ 56,5 %) par rapport au riz La Lune ;  
\- 17 500 FCFA (soit environ 77,8 %) par rapport au riz Mémé cassé.

Pour un sac de 50 kg :  
\- 12 500 FCFA (soit environ 55,6 %) par rapport au riz La Lune ;  
\- 35 000 FCFA (soit environ 77,8 %) par rapport au riz Mémé cassé.

Ces écarts démontrent qu'une filière locale compétitive allégerait considérablement le budget des ménages.

Produire, transformer et vendre « made in Chad »

Le véritable défi pour le Tchad ne réside pas seulement dans la culture du riz. Il faut impérativement le transformer, le conditionner, le contrôler rigoureusement et le commercialiser sous une marque nationale.

L'État pourrait ainsi encourager l'émergence d'une entreprise publique ou d'un partenariat public-privé spécialisé dans la filière rizicole. Cette structure aurait pour mission d'acheter la production locale, d'assurer sa transformation industrielle, de l'emballer dans des formats adaptés et de la distribuer sur l'ensemble du territoire. Une telle dynamique générerait de nombreux emplois, tant pour les agriculteurs que pour les transporteurs, techniciens, ouvriers, commerçants et experts de l'agroalimentaire.

De l'argent qui sort du pays

Les importations alimentaires entraînent une fuite importante de devises. Si le chiffre de 55 milliards de FCFA par mois, parfois évoqué dans le débat public, doit être pris avec précaution et confronté aux statistiques officielles du commerce extérieur, il illustre l'ampleur de la dépendance.

À titre d'hypothèse, si un tel montant était effectivement consacré mensuellement à ces importations, cela représenterait 660 milliards de FCFA par an, soulignant l'urgence de stimuler la production nationale.

Cependant, la prudence s'impose : abaisser les coûts ne se traduit pas mécaniquement par un gain net équivalent pour l'économie nationale. Cette plus-value dépend de facteurs clés tels que les rendements réels, le coût des intrants, l'irrigation, la logistique et la distribution.

Le riz comme moteur de développement

Pour ériger le riz au rang de pilier économique, le Tchad doit dépasser la simple distribution de semences. Les investissements doivent cibler l'irrigation, la mécanisation, les engrais, les infrastructures de stockage, les rizeries modernes et le désenclavement des zones rurales.

Les institutions de formation et les universités ont également un rôle stratégique à jouer en formant la prochaine génération d'agronomes, d'ingénieurs et d'économistes.

Consommer tchadien pour soutenir l'économie

L'avenir de la filière repose aussi sur l'adhésion des consommateurs. En garantissant un riz local irréprochable en termes de qualité et de prix, le pays pourra ancrer de nouvelles habitudes. Le « riz de Laï » a le potentiel de devenir bien plus qu'une denrée : le symbole tangible de la souveraineté alimentaire du Tchad.

![Illustration](https://storage.ghost.io/c/c3/f0/c3f09db4-2ccd-4dca-90bb-45836ef771ee/content/images/2026/08/riz1.jpg)