Tchad : un défi électrique et routier à quatre ans de 2030
À quatre ans de 2030, le Tchad se confronte à des défis majeurs en matière d'accès à l'électricité et de développement routier, malgré des ambitions affichées dans le plan Tchad Connexion 2030.
Par Barra Lutter
Le 11 août 1960, le Tchad accédait à l’indépendance. Soixante-six ans plus tard, le pays dispose de ressources pétrolières, d’un réseau routier en expansion et d’une nouvelle ambition baptisée Tchad Connexion 2030. Cependant, les chiffres révèlent une réalité moins flatteuse : l’accès à l’électricité reste faible et le bitumage du réseau routier demeure largement insuffisant. À quatre ans de l’échéance de 2030, le défi reste immense.
L’électricité, le grand retard du développement
C’est probablement l’un des indicateurs les plus révélateurs du chemin parcouru depuis 1960. Le taux d’accès national à l’électricité était estimé à seulement 12 % en 2022, année de référence retenue dans le cadre du plan Tchad Connexion 2030. L’objectif fixé pour 2030 est d’atteindre 60 % au niveau national et 90 % en milieu urbain.
Autrement dit, à peine un Tchadien sur huit bénéficiait officiellement de l’électricité en 2022. Derrière cette statistique se cache une réalité quotidienne : groupes électrogènes, délestages, coûts élevés de production et millions de citoyens encore dépendants du bois ou d'autres sources traditionnelles d'énergie. Le gouvernement ambitionne de mobiliser environ 1,1 milliard de dollars pour accélérer l'accès à l'électricité d'ici 2030.
Le pari est considérable. Car l'électricité n'est pas seulement une question de confort domestique. Sans énergie fiable, pas d'industries compétitives, pas de chaînes de froid efficaces, pas de transformation agricole à grande échelle et difficilement une véritable économie numérique.
Des routes encore trop peu nombreuses
Le même paradoxe apparaît dans les transports. Le Tchad possède un immense territoire de 1 284 000 kilomètres carrés (km²). C'est le cinquième plus grand pays du continent africain, mais son réseau routier reste largement dominé par les pistes et les routes non revêtues. Une étude de la Banque africaine de développement estime le réseau routier national à environ 40 000 km. Sur les 4 897 km de routes bitumées programmées, environ 2 678 km étaient réalisés au moment de l'étude selon la Banque africaine de développement (BAD).
Les chiffres récents montrent cependant une accélération. En 2025, les autorités faisaient état de 200 km de routes bitumées et de 1 657 km de routes en terre aménagées, avec l'ambition de construire ou réhabiliter environ 7 000 km de routes à l'horizon 2029. Le problème n'est donc plus seulement de construire. Il faut entretenir. Une route stratégique mal entretenue peut rapidement redevenir un obstacle au commerce, à la mobilité des personnes et à l'intégration économique.
C'est précisément là que se joue l'ambition du nouveau plan national. Tchad Connexion 2030 annonce une enveloppe globale de l'ordre de 30,3 milliards de dollars et plusieurs centaines de projets destinés à transformer les infrastructures, l'énergie, l'agriculture, l'industrie, l'eau et le numérique. Le portail officiel du programme recense actuellement 14 programmes actifs sur 18.
Sur l'électricité, la cible est claire : passer de 12 % en 2022 à 60 % en 2030, avec 90 % en zone urbaine. Sur l'eau potable, le plan vise une couverture de 100 % contre 65 % en 2022. Dans l'éducation, l'objectif affiché est de faire passer le taux de scolarisation primaire de 43 % à 80 %.
Sur le numérique, l'ambition est également forte : le taux de pénétration d'Internet, qui était de 13,2 % début 2025 doit atteindre 30 % à l'horizon 2030.
2030 : rendez-vous ou nouvelle promesse ?
Le calendrier est désormais serré. Quatre années seulement séparent le Tchad de l'échéance de 2030. Pour tenir ses engagements, le pays devra accélérer simultanément le financement, la construction, la maintenance et la gouvernance des projets.
Le défi est d'autant plus important que les infrastructures ne peuvent être pensées séparément. Une route sans électricité reste limitée dans son impact économique. Une centrale sans réseau de distribution ne suffit pas. Une zone industrielle sans routes, eau et télécommunications ne peut attirer durablement les investisseurs.
Le Tchad dispose pourtant d'un avantage : ses ressources pétrolières et minières, sa position géographique au cœur du continent et une population jeune. Encore faut-il transformer ces atouts en investissements productifs.
Le véritable bilan se fera sur le terrain
Soixante-six ans après l'indépendance, la question n'est finalement pas de savoir combien de projets ont été annoncés, mais combien fonctionnent réellement. Combien de villages nouvellement électrifiés ? Combien de kilomètres de routes sont effectivement bitumées et entretenues ? Combien d'entreprises créées ? Combien d'emplois générés ? Combien de familles disposent enfin d'une eau potable et d'une énergie fiable ?
Tchad Connexion 2030 offre une feuille de route ambitieuse. Mais 2030 ne sera pas jugé sur ses chiffres de présentation. Il le sera sur la transformation concrète du quotidien des Tchadiens.
Après soixante-six ans d'indépendance, le pays n'a plus le luxe de repousser ses grands chantiers. La véritable modernisation commencera lorsque l'électricité cessera d'être un privilège, lorsque les routes relieront durablement les provinces et lorsque les milliards mobilisés se transformeront en infrastructures visibles. C'est à cette condition que le Tchad de 2030 pourra dépasser le stade de la promesse pour devenir une réalité.