Tchad : valoriser le karité, le sésame et la gomme arabique

Le Tchad possède des ressources naturelles prometteuses comme le karité, le sésame et la gomme arabique, mais peine à les transformer localement, limitant ainsi la création de valeur et d'emplois.

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Tchad : valoriser le karité, le sésame et la gomme arabique

Par Barra Lutter

Le Tchad regorge de ressources naturelles capables de soutenir sa diversification économique. La gomme arabique, le sésame et le karité figurent parmi les filières les plus prometteuses. Pourtant, malgré une demande mondiale en forte croissance, ces produits continuent d’être exportés majoritairement à l’état brut, avec une faible transformation locale.

Conséquence : le pays crée peu de valeur ajoutée, perd des milliers d’emplois potentiels et importe des produits finis issus de ses propres matières premières.

Des filières au potentiel considérable

L’économie tchadienne reste fortement dépendante du pétrole et de l’élevage. Pourtant, d’autres richesses pourraient contribuer à diversifier les revenus du pays. Le Tchad est le deuxième producteur mondial de gomme arabique et l’un des principaux producteurs africains de sésame. Ces deux produits sont recherchés sur les marchés internationaux. La gomme arabique entre dans la fabrication de boissons gazeuses, de médicaments, de confiseries et de nombreux produits cosmétiques. Le sésame, quant à lui, est utilisé dans l’industrie alimentaire, la fabrication d’huile et les produits de boulangerie. Le karité, encore peu valorisé au Tchad, représente lui aussi une opportunité économique importante.

Dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, cette filière génère des milliers d’emplois, notamment pour les femmes engagées dans la collecte et la transformation des noix.

Selon les données de la Banque mondiale, le Tchad a exporté en 2019 près de 36 800 tonnes de sésame, pour une valeur d’environ 26 millions de dollars, ainsi qu’environ 21 270 tonnes de gomme arabique, représentant plus de 16 millions de dollars. Ces chiffres confirment le poids stratégique de ces filières dans les exportations non pétrolières.

 Exporter les matières premières, importer la valeur ajoutée

Le véritable paradoxe apparaît après la récolte. La majorité de la gomme arabique quitte le pays sans transformation industrielle. Le même constat s’applique au sésame, exporté principalement sous forme de graines. Quant au karité, il reste largement sous-exploité, faute d’unités modernes de transformation. Une fois transformées à l’étranger, ces matières premières reviennent parfois sur le marché africain sous forme d’huiles alimentaires, de cosmétiques, de chocolats, de compléments alimentaires ou de produits pharmaceutiques.

Autrement dit, le Tchad exporte la matière première à faible valeur ajoutée et importe des produits finis beaucoup plus chers. Cette situation ne constitue pas seulement un manque à gagner commercial. Elle représente également une perte d’opportunités industrielles. Chaque usine qui n’existe pas signifie moins d’emplois pour les jeunes, moins de revenus pour les producteurs et moins de recettes fiscales pour l’État.

Pourquoi ces filières peinent-elles à décoller ?

Plusieurs facteurs expliquent ce retard. Le premier reste le déficit d’industrialisation. Les unités de transformation sont encore peu nombreuses et disposent souvent d’équipements limités. Le second concerne le financement. Les petites entreprises et les coopératives agricoles rencontrent des difficultés pour accéder au crédit nécessaire à l’achat de machines modernes ou au développement de leurs activités. Les infrastructures constituent également un frein. Les coûts de transport demeurent élevés, tandis que l’accès à une électricité stable reste un défi pour les industriels.

À cela s’ajoute un problème d’organisation des filières. Les producteurs sont souvent dispersés et peu structurés en coopératives capables de négocier de meilleurs prix ou de répondre aux exigences des marchés internationaux. Enfin, les normes de qualité, de certification et de traçabilité restent insuffisamment développées, limitant l’accès à certains marchés à forte valeur ajoutée.

Transformer localement pour créer davantage de richesse

Les spécialistes de l’économie agricole estiment que l’avenir de ces filières passe par la transformation locale. Produire de l’huile de sésame, du beurre de karité ou des ingrédients industriels à base de gomme arabique permettrait d’augmenter considérablement la valeur des exportations tout en créant des emplois dans les zones rurales.

Une telle stratégie favoriserait également l’émergence de petites et moyennes industries, renforcerait les revenus des producteurs et réduirait la dépendance aux fluctuations des cours des matières premières. Le développement de centres de transformation, l’amélioration de l’accès au financement, la formation des coopératives et une politique industrielle ciblée figurent parmi les leviers les plus souvent recommandés.

Le potentiel existe. Les marchés internationaux sont demandeurs. Les ressources naturelles sont disponibles. La véritable question n’est donc plus de savoir si le karité, le sésame et la gomme arabique peuvent contribuer au développement du Tchad. Elle est de comprendre pourquoi le pays continue d’exporter des matières premières alors qu’il pourrait exporter davantage de produits transformés.

Dans un contexte où la diversification économique devient une priorité nationale, ces trois filières pourraient constituer l’un des moteurs d’une croissance plus inclusive. À condition que les richesses produites dans les champs ne continuent pas de créer l’essentiel de leur valeur ailleurs.