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# Urgence sanitaire au Tchad : comprendre les défis de l’espérance de vie à 55 ans
- URL: https://www.alwihdainfo.com/urgence-sanitaire-au-tchad-comprendre-les-defis-de-lesperance-de-vie-a-55-ans/
- Published: 2026-10-23T10:40:22.000Z
- Updated: 2026-10-23T10:40:22.000Z
- Description: Au Tchad, l’espérance de vie est estimée à 55,1 ans. Au-delà des statistiques, cette réalité met en lumière les défis cruciaux de la mortalité infantile, des soins et de l’environnement.
- Author: Alwihda Info
- Tags: Afrique

**Par Barra Lutter**

Au Tchad, l’espérance de vie est estimée à 55,1 ans. Mais combien de personnes meurent chaque jour dans le pays ? Derrière cette question se cachent les réalités de la mortalité infantile, des maladies évitables, de l’accès aux soins et de la dégradation de l’environnement. Car vivre plus longtemps ne dépend pas seulement des progrès de la médecine : cela dépend aussi de l’eau que l’on boit, de l’air que l’on respire et des conditions dans lesquelles on grandit.

Chaque jour, des centaines de vies perdues

La question mérite d’être posée, mais les chiffres doivent être interprétés avec prudence. Avec une population estimée à 21 millions d’habitants en 2025, le Tchad compte probablement plusieurs centaines de décés par jour. À titre d’illustration, un taux brut de mortalité de 10 décès pour 1 000 habitants correspondrait à environ 575 décès quotidiens. Ce calcul est une estimation conditionnelle, et non un décompte officiel des décès enregistrés.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) souligne d’ailleurs que les données tchadiennes d’état civil sur les décès ne sont pas suffisamment fiables pour établir un décompte exhaustif. Les estimations des causes de mortalité doivent donc être considérées avec précaution.

Derrière cette réalité, une interrogation demeure : combien de ces décès pourraient être évités grâce à de meilleurs soins, à une alimentation suffisante, à l’accès à l’eau potable et à un environnement plus sain ?

Le paludisme, les infections et les maladies évitables

Les données de l’OMS pour 2023 placent les infections respiratoires basses au premier rang des causes de décès au Tchad, avec un taux estimé de 110,6 décès pour 100 000 habitants. Viennent ensuite le paludisme, avec 82,7 décès, puis les maladies diarrhéiques, avec 73,7 décès pour 100 000 habitants. Les complications liées à la prématurité, les accidents vasculaires cérébraux et les accidents de la route figurent également parmi les principales causes de mortalité.

Ces chiffres ne sont pas de simples statistiques. Ils renvoient aux difficultés d’accès aux structures sanitaires, au diagnostic tardif, au coût des traitements et aux inégalités entre les villes et les zones rurales.

La mortalité des enfants illustre particulièrement ces défis. En 2024, le taux de mortalité des moins de cinq ans était estimé à 81,5 décès pour 1 000 naissances vivantes au Tchad. Au Rwanda, il était de 27,9 pour 1 000\. Cet écart montre l’ampleur du chemin qui reste à parcourir pour protéger les plus jeunes.

L’environnement, un facteur de mortalité trop souvent oublié

La santé ne se joue pas uniquement dans les hôpitaux. Elle commence au domicile, dans les quartiers, à proximité des marchés et jusque dans les points d’eau.

À N’Djaména, comme dans d’autres villes africaines, les déchets abandonnés, les eaux stagnantes, la poussière et les fumées issues de la combustion de bois ou de charbon peuvent aggraver les risques sanitaires. Les eaux contaminées favorisent les maladies diarrhéiques, tandis que les eaux stagnantes créent des conditions propices à la prolifération des moustiques vecteurs du paludisme.

À l’échelle mondiale, l’OMS estime que la pollution de l’air ambiant et celle de l’air domestique étaient associées à environ 6,7 millions de décès prématurés en 2021\. La pollution domestique, notamment liée aux combustibles utilisés pour cuisiner, représentait à elle seule environ 2,9 millions de décès cette année-là.

Ces données mondiales ne doivent pas être présentées comme des chiffres propres au Tchad. Elles rappellent néanmoins que l’environnement constitue un déterminant majeur de la santé.

Le Rwanda, un exemple de progrès possible

En Afrique, certains pays montrent qu’une amélioration durable de la santé publique est possible. Au Rwanda, l’espérance de vie en bonne santé atteignait 60 ans en 2023, contre 52,8 ans au Tchad, selon l’OMS. À l’échelle du continent, l’espérance de vie en bonne santé est passée de 46,4 ans en 2000 à 56,2 ans en 2023.

Cette progression continentale démontre que les indicateurs sanitaires peuvent évoluer. Elle ne s’explique toutefois pas par une seule politique : les soins de santé primaires, la vaccination, la prévention, l’accès à l’eau potable et l’éducation sanitaire comptent parmi les leviers essentiels.

Pour le Tchad, l’enjeu est donc de renforcer les centres de santé, de rapprocher les soins des populations rurales, d’améliorer l’assainissement et de développer des solutions de cuisson moins polluantes.

Vivre plus longtemps, une responsabilité collective

Une espérance de vie de 55,1 ans ne signifie pas que chaque Tchadien mourra à cet âge. Il s’agit d’un indicateur statistique calculé à partir des conditions de mortalité observées.

Mais cet indicateur pose une question politique et sociale fondamentale : comment offrir à chaque citoyen la possibilité de vivre plus longtemps et en meilleure santé ?

L’espérance de vie ne dépend pas uniquement des médecins et des médicaments. Elle dépend aussi de la qualité de l’eau, de l’air, du logement, de l’alimentation et de la salubrité des quartiers. Améliorer l’environnement, c’est aussi prévenir des maladies et protéger des vies.

Au Tchad, le combat pour la longévité commence donc bien avant l’entrée à l’hôpital : il commence dans chaque foyer, chaque école et chaque rue.