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INTERVIEW

Centrafrique : « La paix n’est pas un mot, c’est un comportement »


- 18 Mai 2014 modifié le 18 Mai 2014 - 13:09

Salomon Kotro est ancien député centrafricain, premier questeur de l’Assemblé et rapporteur de la commission Lois et Affaires Administratives. Il est aujourd’hui président de l’Association Oubangui-Chari Pour le Vivre Ensemble (AOCVE), il œuvre pour la reconstruction et le rétablissement de son pays. Entretien.


Propos recueillis par Lydie Nzengou

Salomon Kotro.
Salomon Kotro.
Vous avez été député de Satéma dans le centre-sud de la RCA, quelles ont été vos contraintes dans l’exercice de vos fonctions ?
 
En tant que député, je n’ai pas rencontré des contraintes dans l’exercice de mes fonctions car une fois élu, je devenais député de la Nation conformément à la constitution de l’époque. Alors le fonctionnement de mon travail de député est régi par la loi, d’abord la Constitution, ensuite la loi organique et enfin par le règlement intérieur qui encadre mes activités parlementaires.
 
Quelles sont les relations entre vous, l’élu et les citoyens de Satéma, les électeurs?
 
Nos relations sont au beau fixe, la preuve, même si mon mandat ait été écourté pour des causes que vous connaissez tous, je reçois régulièrement les appels venant de mes électeurs et même de Satéma. Cela prouve que j’avais un bon projet pour cette population, surtout la jeunesse. En effet, j’avais soumis un projet auprès du ministère de l’éducation qui avait été retenu dans le budget de l’Etat de 2012 et voté par l’Assemblée nationale pour la construction d’un collège à Satéma. Les travaux devaient démarrer au mois de janvier 2013 et malheureusement la Séléka a déclenché la rébellion. C’était le vœu de la population et cela ne pouvait que créer un climat de confiance avec les électeurs.  
 
Selon vous que devons-nous améliorer en RCA dans l’axe parlement, élus et électeurs ?
 
Je pense qu’il faut améliorer et reformer le système parlementaire centrafricain car beaucoup de choses sont à revoir. D’abord le niveau d’études des parlementaires, car pour être élu il faut au minimum le niveau terminal ou le bac. C’est très important car très souvent dans les commissions, l’interprétation des textes pose problème pour certains. C’est assez gênant car c’est pourtant dans les commissions que les projets de loi ou propositions de loi sont travaillés, amandés et ensuite débattus en plénière. Il serait aussi souhaitable que chaque parlementaire ait un cabinet, c’est-à-dire un assistant parlementaire pour l’aider dans l’exercice de ses fonctions. S’agissant des électeurs, c’est autre chose car il y a toujours un malentendu entre le député et ses électeurs en RCA. Ceux-ci pensent que c’est le député qui doit tout faire, comme les ponts, les écoles, les routes, etc. Pourtant le rôle du député est défini dans la Constitution. Il consiste à voter les lois et contrôler l’action du gouvernement. Il faudrait dans l’avenir sensibiliser les électeurs dans ce sens, à savoir que le député n’est autre chose que l’interface entre le gouvernement et le peuple.  
 
Que pensez-vous du Conseil National de Transition (CNT) ?
 
Le CNT est issu de la prise de pouvoir de la Séléka afin de jouer le rôle de Parlement pour qu’ainsi le chef d’Etat de Transition ne puisse pas gouverner par ordonnance. Mais ce qui m’intrigue c’est le nombre pléthorique de ses membres, 135, c’est trop alors qu’en temps normal il y a 105 députés. A mon humble avis, il aurait juste fallu mettre en place une chambre consultative ou représentative de 55 membres à qui le gouvernement pouvait soumettre les projets de lois, au lieu de coopter les copains par-ci par-là pour augmenter les dépenses de l’Etat dans les conditions que nous connaissons, où le pays n’a pas les moyens ne serait-ce que pour faire face à ses obligations régaliennes.
 
Vous êtes membres d’une organisation regroupant les Centrafricains et les Tchadiens, parlez-nous en ?
 
Le 2 février 2014 est née à Paris une association dénommée Oubangui-Chari pour le Vivre Ensemble (AOCVE). Cette organisation regroupe en son sein, les Centrafricains et Tchadiens de la diaspora vivant en France pour donner un autre son de cloche à ce qui se passe en Centrafrique, surtout de montrer un symbole de fraternité entre les deux peuples qui ont toujours vécu en harmonie et partagé une diversité culturelle d’une grande richesse par le brassage multiculturel et ethnique. Comme vous le savez, la RCA traverse une crise sans précédent de son histoire, marquée par les exactions, les destructions sans répit depuis plus d’un an.
 
Cette association a pour objectifs de contribuer à la recherche de la paix, à l’amélioration des conditions de vie des déplacés et refugiés, d’apporter les explications historiques, sociologiques aux deux pays mais, surtout, de préserver la vie humaine et les divers patrimoines. Pour faire cesser les hostilités et ramener la paix, l’AOCVE souhaite la création d’un cadre de réflexion, de dialogue et d’entente afin de conserver et sauvegarder l’amitié et l’harmonie qui ont toujours guidé les deux peuples. Elle prône le vivre ensemble pour la population centrafricaine, car le vivre ensemble est le socle de la vie en société, c’est la justice, la paix, c’est la fraternité.
 
Quelles devraient être les relations de la RCA avec son voisin le Tchad ?
 
Les relations d’amitié, d’entente cordiale, de respect mutuel et de bon voisinage comme cela a toujours été.
 
Quelle analyse faites-vous sur la situation en RCA ?
 
La situation qui prévaut en RCA nous laisse sans voix, c’est lamentable. Cette crise a mis le pays par terre. Depuis le 24 mars 2013, date de la prise de pouvoir de la Séléka et l’incapacité des autorités politiques ayant pris le pouvoir à ramener la paix et la sécurité, un cycle de violence qui se poursuit aujourd’hui a été ouvert. Comment faire ? Les nouvelles autorités de transition doivent rapidement réfléchir à des solutions de sortie de crise, à savoir réunir tous les Centrafricains autour d’une table pour dialoguer afin de trouver la solution acceptable et acceptée par tous pour l’intérêt supérieur de la Nation. Attention, le dialogue n’exclut pas que la justice fasse son travail car il y a eu trop d’impunité dans ce pays.
 
Et les Forces Armées Centrafricaines (FACA) ?
 
La question des FACA mérite d’être traitée avec beaucoup de gravité. Les FACA doivent regagner les casernes et participer à la pacification du pays ensemble avec la MISCA et avec les casques bleus qui seront déployés bientôt, au mois de septembre 2014.
 
Les sanctions des Nations unies sont tombées sur des dirigeants centrafricains, qu’en dites-vous ?
 
Les sanctions décrétées par les Nations Unies concernent trois personnes. Pourtant les responsables du chaos en RCA sont nombreux. Il reste encore beaucoup à accomplir dans ce sens-là.
 
Que pensez-vous des Séléka et des anti-balaka ?
 
A ce que je sache, la Séléka avait été dissoute lorsque Djotodia était encore au pouvoir et donc ceux qui s’agitent aujourd’hui au nom de ce mouvement sont des bandits. Quand aux anti-Balaka qui étaient considérés comme un groupe de résistance et qui continue de semer la terreur au sein de la population, ils doivent arrêter les exactions sur la population civile car la RCA court un danger. La haine engendre la violence et la destruction qui ne profitent à personne.
 
Croyez-vous au processus de dialogue ?
 
Au regard de la situation ou les violences continuent, le dialogue est inévitable pour apaiser les tensions et permettre aux Centrafricains de se rassembler pour sauver l’essentiel qui est notre pays la République Centrafricaine.
 
Quel processus de réconciliation nationale devons-nous adopter ? L’exemple du Rwanda, de l‘Afrique du Sud ou un autre ?
 
La réconciliation nationale est la passerelle vers son ennemi, vers le pardon pour un vivre ensemble. Mais la réconciliation ne doit pas se faire sans la justice, il faut s’inspirer des deux exemples du Rwanda et de l’Afrique du Sud. Mais l’exemple du Rwanda sied bien avec ce que notre pays vit en ce moment.
 
Quel est votre message aux lecteurs d’Opinion Internationale ?
 
Il y a ici lieu de remercier tous les pays qui se sont mobilisés au chevet de la RCA, la communauté internationale, sinon ce pays aurait connu les pires atrocités du 21ème siècle. Ce qu’il faut savoir c’est que la solution de cette crise est d’abord centrafricaine, ce qui nécessite l’implication de toutes les couches de la Nation. La société civile, les associations, les politiques doivent s’investir par l’éducation contre toutes les formes de discrimination. Cette terre nous a été léguée alors vivons en paix, vivons mieux. Comme disait Félix Houphouet Boigny « la paix n’est pas un mot, c’est un comportement ». Je sais que rien n’est encore perdu, c’est notre comportement qui va déterminer la suite, la paix dans notre pays. 
 
Propos recueillis par Lydie Nzengou


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