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ANALYSE

Chronique : Une histoire d’immigration


Alwihda Info | Par Michel Tagne Foko - 10 Mars 2017 modifié le 10 Mars 2017 - 20:13


On m’a dit : « Michel, s’il te plaît, viens prendre un pot avec nous ». Sans hésitation, j’ai rejoint le groupe. C’était à Schaerbeek, Bruxelles, Belgique. Non loin de la gare du Nord, vers vingt et une heures, dans un lieu où certaines personnes d’origine africaine et autres se regroupent pour refaire le monde autour de quelques bières et des prompts pas de danse.

Entre deux bonnes bières belges, s’introduit le sujet de l’immigration…

Tout a commencé par ce jeune Équato-Guinéen, il a dit : « avez-vous vu les attaques contre les étrangers en Afrique du Sud ? C’est inadmissible ! Chez moi, ce n’est pas comme ça ! » Vient ensuite un Gabonais, il a dit : « C’est horrible, c’est scandaleux ! ». Un Centrafricain a dit : « Mandela n’est pas gentil ». Tout le monde s’est tourné. On lui a dit : « Il est mort, Mandela ». Il a continué en disant : « Je voulais dire Thabo Mbeki ». Quelqu’un a dit : « C’est qui ça ? » Une autre personne a répondu : « C’est le président de l’Afrique du Sud ». Un Camerounais a dit : « tu ne comprends pas le nom ? Il y a que ces gens-là pour s’appeler béquille ». Un Togolais a dit en riant : « En plus on s’étonne qu’il rapatrie les gens ». Un autre a dit : « Ce n’est pas Zuma machin là ? ». « Zuma quoi ? », reprit un Congolais. « Je dis Zuma quelque chose », continua le Togolais. L’Ivoirien dit : « Ah oui, sur internet on dit que c’est Jacob Zuma ». Le Centrafricain reprit la parole, il dit : « il n’est quand même pas gentil »…

Ça parlait. Ça riait. Ça se discutait. Ça s’insurgeait. Ça buvait aussi. Ça s’abreuvait sans limites. Il y avait des professeurs. Il y avait des étudiants. Des docteurs en je-ne-sais-plus-quoi. Des vrais docteurs aussi. Il y avait un mélange fou. Des diplômés aux non-diplômés. Tout le monde avait la parole. Tout le monde s’insurgeait…

Et là, il y a ce Camerounais qui a dit : « Jacob Zuma est fou ». Quelqu’un a dit : « Tu savais qu’il est polygame, le mec ? » Un autre dit : « Oui polygame, il n’est africain que quand il veut la femme. Après, il devient comme européen et rapatrié ». Un Béninois dit : « heureusement que Talon est là pour épargner ce genre d’humiliation à d’autres Africains ». Une personne ressemblante à un Burkinabé dit : « Il faut en finir avec cette histoire de visa entre-africain. » Un Camerounais dit : « Contrairement à certains pays, au Cameroun, tout le monde est le bienvenu »…

Pendant ce temps, assis tranquillement, je buvais mes bières… Eh oui, pour une fois, j’avais décidé de ne pas parler et d’observer les gens. Ça ne servait à rien de militer. Ils étaient tous contents d’être enfin d’accord. Chacun condamnait fermement ces gens en Afrique du Sud qui chassent les étrangers. Ce qui m’intriguait est de voir comment chacun parlait de son pays comme d’un lieu où ce genre de chose n’existe pas. Chacun évitait de mal parler de son pays d’origine. Ils confondaient l’orgueil et la réalité. Ils étaient tous humanistes et les politiques de leurs pays aussi. Le monde semblait tout beau chez eux. J’étais estomaqué par cet abrutissement ou semblant d’ignorance.

Je m’explique :

— Je me suis rendu compte qu’il y avait des Camerounais qui ne savaient pas qu’au Cameroun on rapatrie les sans-papiers. Qu’ils sont arrêtés, placés en cellule, frappés quotidiennement, jusqu’à ce qu’ils trouvent un moyen de rentrer chez eux ! Ce fut le cas d’un Béninois qui me racontait son calvaire camerounais…

— Le visa pour le Ghana est l’un des plus exorbitants en Afrique. Et en plus, les policiers frappent les sans-papiers avant de les rapatrier.

— En Côte d’Ivoire, on rapatrie les sans-papiers, c’est un fait !

— Le Gabon, l’Angola et la Guinée équatoriale sont les champions d’Afrique centrale en matière de rapatriement ! Très souvent, ils entassent les gens dans des bateaux avant de les renvoyer.

— Etc.

Alors, que certains arrêtent de croire qu’il n’y a que chez les Européens que l’on rapatrie les gens. Les Africains aussi sont champions en la matière. L’Afrique du Sud n’est pas l’exception. Après avoir dit cela, je précise quand même, bien sûr, que je suis contre le rapatriement des personnes…