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ANALYSE

Condamnation des 69 étudiants au Tchad : Un procès politique mal réfléchi


Alwihda Info | Par AZOUDOUM DE BENDO - 5 Mars 2017 modifié le 5 Mars 2017 - 23:33

C’est une provocation, Monsieur ! Comme tel, au lieu de taper une grande colère contre vos enfants, vous auriez dû faire un fair-play en disant simplement « Je vous comprends ». Votre nom serait entré dans l’histoire. Maintenant, en les condamnant pendant un mois, vous choisissez de suspendre les cours pendant un mois aussi.


Des étudiants brandissent des affiches à N'Djamena, en soutient aux condamnés. Alwihda Info/D.W.
Des étudiants brandissent des affiches à N'Djamena, en soutient aux condamnés. Alwihda Info/D.W.
Lors de sa visite avec son homologue sénégalais, Pr Mary Teuw Niane suite au Salon International de l’Etudiant Africain, tenu du 23 au 25 février dernier à N’Djaména, le Ministre de l’enseignement supérieur Mackaye Hassane Taïssso s’est vu hué. Véhicules cassés. Dans la foulée, 71 étudiants sont arrêtés. Et l’on dit que 69 d’entre eux sont condamnés à un mois d’emprisonnement ferme.

C’est un choix dangereux que d’enfermer les étudiants à un mois d’emprisonnement. Et la preuve, c’est qu’à peine le prononcé de verdict tombé, l’on a assisté à une manifestation qui s’est soldée par un mort et 18 blessés le 1er mars dernier. Il faut se garder à l’esprit que les mouvements de colère ne sont point dissuadés dès lors que certains étudiants sont détenus, et des manifestations peuvent advenir à tout moment. Que reproche-t-on à ces étudiants ?

Sur la forme des problèmes

Ces étudiants, d’après le propos du juge, ont fait « outrage à l’autorité de l’Etat » et ont « détruit les biens publics ». S’il vous plait, quelle autorité de l’Etat il y en a dans ce Tchad ? Humiliation, d’accord. Mais, M. Mackaye doit comprendre que quand on est ministre de l’éducation ou de l’enseignement supérieur, on ne devrait tenir à ce que les élèves ou étudiants aient du respect forcément pour soi. D’autant plus que les étudiants sont rouge de colère et fourbissent contre l’une de seize (16) ‘’morsures’’ du gouvernement qui a fait la coupe de leurs bourses. Vous, M. le ministre, vous avez demandé aux étudiants de reprendre le chemin des amphis et leur avez promu le paiement de leurs arriérés de bourses. Jusque-là, vous faites la digression en disant qu’il n’y a pas d’argent. Vous organisez un grand salon qui avale des millions, et c’est à cette occasion que vous venez visiter les étudiants, après que ceux-ci sont écartés dans ce salon. Quand même ! C’est une provocation, Monsieur ! Comme tel, au lieu de taper une grande colère contre vos enfants, vous auriez dû faire un fair-play en disant simplement « Je vous comprends ». Votre nom serait entré dans l’histoire. Maintenant, en les condamnant pendant un mois, vous choisissez de suspendre les cours pendant un mois aussi.

Sur la question du fond (droit)

Voilà présentés précédemment les chefs d’accusations portés contre ces jeunes : outrage à l’autorité de l’Etat et destruction des biens publics. Ces faits sont justement des infractions graves et lourdes à l’égard de nos lois. C’est ainsi que si le ministère public juge que ce sont les étudiants, donc il faut les libérer, cela devrait se faire ainsi.

Cependant, à moins qu’on invente un autre droit au Parquet là-bas. Pour dire que s’il faut les juger, la loi doit s’appliquer dans toutes ses rigueurs. Et, pour ces fautes, la moindre des peines, la lettre du code pénal et on ne peut plus clair, est de six mois, et donc allant jusqu’à six ans. La justice a fait son travail, mais ce n’est pas juste. Et le mal est que leur condamnation peut créer d’autres situations dramatiques. Déjà, une fille diplômée qui n’a rien avoir avec la manifestation et qui se débrouille en vendant des oiselâtes pour subvenir à ses besoins ; les policiers lui ont tiré dessus.

Les étudiants qui ont boycotté la visite de ces ministres sont par milliers. Lorsque la police est descendue, ils ont tous fui. Mais, ceux qu’on vient de condamner, eux, rentraient. Donc, ce ne sont pas nécessairement eux qui soient les auteurs de ces actes. Alors, il faut peut être avoir une peine collective. Autrement, c’est un procès politique qui est dangereux.