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AFRIQUE

DJIBOUTI : Mesures exceptionnelles de sécurité pour deux mois. Pourquoi et à quelles fins ?


Alwihda Info | Par Huno Djibouti - 27 Novembre 2015 modifié le 27 Novembre 2015 - 23:30

Je me refuse de reconnaître à la nouvelle "menace terroriste" la faculté d’engendrer une dénaturation des principes de droits humains. La lutte contre le terrorisme ne doit pas porter atteinte aux droits de l'homme et aux libertés, au détriment des citoyens


DJIBOUTI : Mesures exceptionnelles de sécurité pour deux mois. Pourquoi et à quelles fins ?
Suite à l'état d’urgence, proclamé en France le soir des attentats meurtriers du 13 novembre à Paris et Saint-Denis (130 morts et plus de 350 blessés). Le gouvernement djiboutien a approuvé mardi 24 novembre 2015 en conseil des ministres un "projet de décret" portant sur la mise place des mesures exceptionnelles de sécurité. Selon un communiqué publié à l'issue de ce conseil, "cette décision vise à assurer la protection des biens et des personnes dans une situation de risques terroristes pesant sur l'ensemble de la communauté internationale". Ces mesures exceptionnelles de sécurité "seront applicables sur l'ensemble du territoire de Djibouti y compris dans les eaux territoriales et l'espace aérien, et ce durant 2 mois". Pour mémoire, Djibouti qui abrite plusieurs bases militaires étrangères (France, État-Unis, Japon, Italie...) dans le cadre de la lutte internationale contre le terrorisme et la piraterie maritime a été frappé le 24 mai 2014 par un attentat qui a visé le restaurant "La Chaumière", fréquenté par les ressortissants occidentaux. Cet attentat qui a coûté la vie à une personne et blessé une dizaine d'autres pour la plupart des militaires européens a été revendiqué par le groupe terroriste somalien Al Shebab. Totalement conscient de la nécessité de promouvoir les valeurs humaines et morales de tolérance et de rejet de toutes formes de terrorisme, quelles qu’en soient les motivations, ces menaces ou actes de terrorisme appellent des réponses à la mesure du danger qu’ils représentent. Je comprends donc qu’il y ait une obligation de la part du régime djiboutien de donner un signal fort de sécurité, principalement aux ressortissants étrangers. Conformément aux principales sources conventionnelles du droit international des droits de l’Homme, ainsi que des législations nationales : il est impératif que l'hypocrite régime, habitué à s'accaparer les vertus à louage, et à les rejetées, prennent sincèrement toutes les mesures légales pour prévenir et combattre toutes menaces, si telles sont ses réelles motivations". Mais j'en doute ! Au risque d'être présenté comme un empêcheur de tourner en rond par mes détracteurs (ainsi soit-il !) : 1- je dénonce des mesures anti-terroristes peu scrupuleuses des droits de l’Homme et affirme que celles-ci sont totalement détournées de leurs objectifs initiaux afin de réprimer et réduire au silence toute mobilisation, d'une opposition revigorée depuis le meeting du 20 novembre 2015 qui mobilisa (n'en déplaise à certains) près de 100 000 militants et sympathisants de l’Union pour le Salut national (USN). 2 - Ne pouvant éradiquer la rébellion armé FRUD, c'est en toute discrétion que le régime se réprimera (encore une fois) les populations civiles sans défense du Nord, déjà victime de blocus économique et sanitaire depuis 3 décennies. Pour des raisons politiciennes inavouées ... ces mesures "providentielles" pour le régime, constituent une atteinte aux droits à la liberté, à la sécurité, à la liberté de mouvement, à la vie privée et aux libertés d'association et d'expression. Inévitablement, celles-ci amplifieront dangereusement la nature et l'étendue des pouvoirs d'impunité d'un régime déjà hostile au remède indispensable pour la santé de notre jeune nation : l'alternance démocratique. Or, dans ce contexte de la lutte "anti-terroriste", qui normalement doit pleinement être compatible avec les principes des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, il me paraît essentiel de rappeler aux djiboutiens à savoir relever la tête à un moment donné de leur histoire. Ce moment est arrivé, il est là. C’est maintenant ! Rien ne doit vous faire sortir de cet "Etat de droit" et vous priver de vos libertés. Les conditions de mise en œuvre de ces "mesures" ne sauraient entraver la démocratie sociale, l’exercice de la citoyenneté et le débat public. Certainement pas à cinq mois de l'élection présidentielle, a fortiori par un pseudo "projet de décret" (embryonnaire et illégal) qui est, dans la hiérarchie des normes, placé en dessous de la Constitution, des lois organiques et des lois ordinaires. Pour ce énième calcul électoraliste nauséabond, je tiens à rappeler au régime dictatorial : l'Article 3 du protocole à la Convention de l’OUA sur la Prévention et la Lutte contre le Terrorisme, ratifié le 07/12/2011 par la république de Djibouti : "Sans préjudice des dispositions de l’Article premier de la présente Convention, la lutte menée par les peuples en conformité avec les principes du droit international, pour la libération ou leur auto-détermination, y compris la lutte armée contre le colonialisme, l’occupation, l’agression et la domination par des forces étrangères, ne sont pas considérés comme des actes terroristes" ; ainsi que l'Article 21 de ce même protocole : "Aucune disposition de la présente Convention ne peut être interprétée comme dérogatoire aux principes généraux du droit international humanitaire et en particulier à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples". Je me refuse de reconnaître à la nouvelle "menace terroriste" la faculté d’engendrer une dénaturation des principes de droits humains. La lutte contre le terrorisme ne doit pas porter atteinte aux droits de l'homme et aux libertés, au détriment des citoyens. Le cas de la jeune Bilane Said Ibrahim, militante du Mouvement des Jeunes de l'opposition (MJO), arrêtée le 7 Août 2015, sous les motifs fallacieux d'appartenance au groupe terroriste d'Alshabaab (à cause de son voile), nous rappelle à quel point le régime est de mauvaise foi. La misère sociale, le mécontentement et l'injustice de plus de 70% de la population (la jeunesse) ne peuvent être ignorés. La paix réclame les efforts de chacuns. Dans cette poudrière de l'est africain, qui peut prédire quelle étincelle pourrait mettre le feu aux poudres ? Le peuple djiboutien ne cherche qu'à se libérer des fardeaux de la misère ; de l'ignorance ; de l'injustice et de l'oppression. Il aspire à plus de liberté politique et civil. Or, depuis le hold-up électoral aux législatives de février 2013 et de l'accord-cadre mort-né du 30 décembre 2014, la société civile djiboutienne n'a cessé de tirer la sonnette d'alarme vers une communauté internationale aphone et atone. Les puissances qui ont des intérêts à Djibouti, particulièrement la France, les États-Unis et l'Europe doivent immédiatement agir et aider les Djiboutiens, tant qu'il en est encore temps, temps que se présente l'occasion d'exercer des pressions légitimes sur le régime de Guelleh, pour que son intransigeance se change en raison. J'en appelle également au Rapporteur spécial sur la promotion et la protection des droits de l’Homme et des libertés fondamentales dans la lutte contre le terrorisme et aux organisations de défense des droits humains à travers le monde afin de mettre sous surveillance, les autorités de la république de Djibouti.


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