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AFRIQUE

RCA : L'extorsion contre la vie sauve, pratique quotidienne des Anti-Balaka envers les musulmans


Alwihda Info | Par Amnesty International - 1 Août 2015 modifié le 1 Août 2015 - 16:36


Amnesty International

Des miliciens Anti-Balaka en Centrafrique. photo non datée. Crédits : Sources
Des miliciens Anti-Balaka en Centrafrique. photo non datée. Crédits : Sources
Début 2014, alors que le nettoyage ethnique se poursuivait avec violence, quelques musulmans à la recherche de sécurité se sont regroupés dans des enclaves protégées par les forces internationales de maintien de la paix, dont la plupart existent encore. Actuellement plus de 30 000 musulmans vivent dans sept enclaves situées dans l’ouest de la République centrafricaine (PK5 à Bangui, Boda, Yaloke, Carnot, Berberati, Bouar et Dekoa), où les forces internationales de maintien de la paix continuent à les protéger.

À l’extérieur de Bangui, où l’on trouve de très nombreuses troupes de maintien de la paix, et des villes où stationnent ces troupes, dans l’ouest de la République centrafricaine les musulmans ne sont que peu ou pas protégés des milices anti-balaka et des autres forces dites d’autodéfense. Si les musulmans peuvent rester dans leurs villes et villages, c’est parce que la communauté locale et plus particulièrement les milices armées le leur permettent. 

Certains musulmans avec lesquels Amnesty International s’est entretenue ont dit qu’ils étaient « protégés » par les milices anti-balaka locales ; en fait, certains ont payé des sommes considérables pour obtenir cette protection. D’autres avaient des parents chrétiens –cousins ou belle-famille – qui faisaient pression en leur nom sur des membres des groupes armés.

Presque tous les musulmans avec lesquels Amnesty International s’est entretenue avaient fui dans la brousse dès les premières attaques des anti-balaka sur leurs villages. Certains avaient passé quelques jours dans la brousse avant de rentrer chez eux ; d’autres y avaient passé des semaines ou des mois.

« Toute ma famille s’est enfuie dès que les premiers anti-balaka sont arrivés », se souvient Moussa J., de Guen, dont le père était un musulman converti et la mère une chrétienne. « Nous avons passé deux semaines dans la brousse, puis nous avons été capturés et pris en otage par les anti-balaka. Ensuite, mon cousin a négocié notre libération et nous avons pu rentrer chez nous. Nous avons payé 50 000 francs CFA pour ne pas être tués. » La milice anti-balaka qui est venue à Guen en février 2014 avait déjà massacré plus de 70 musulmans en quelques jours.

En dépit de leur libération, Moussa J. et sa famille continuent à recevoir des menaces de mort et à être harcelés. « Nous devions payer sans arrêt les anti-balaka. Et un jour il ne nous est plus resté d’argent. Comme les chrétiens de ma famille m’aimaient beaucoup, ils ont continué à négocier avec les anti-balaka pour me sauver. »

L’intensité des violences dans l’ouest de la République centrafricaine a culminé en mars 2014 et au cours des 12 derniers mois, la sécurité s’est peu à peu améliorée. Mais les musulmans qui ont pris le risque de rester dans cette région demeurent extrêmement vulnérables. Quelques-uns ont été tués et beaucoup ont dû fuir, encore tout récemment.

« Les anti-balaka ont tué mon mari », a déclaré Fatima A., dont l’époux a été tué à Gadzi (préfecture de Mambéré Kadeï) le 12 février 2015. Quelques mois plus tôt, vers octobre 2014, son frère avait été tué par le même groupe.

Cinq combattants anti-balaka se sont présentés à la porte de Fatima à quatre heures du matin, la nuit où ils ont tué son mari, un boulanger considéré comme le chef de la communauté haoussa de Gadzi. Ils ont tiré sur son mari devant elle et ont laissé son corps. Sa famille l’a enterré aux abords de la concession familiale. Comme il n’y a pas de police à Gadzi, il n’y a jamais eu d’enquête sur ce meurtre. 

Les anti-balaka qui ont tué le mari de Fatima ont également tenté de tuer le mari de sa sœur, Adama A., âgé de 64 ans, qui vivait avec la famille à Gadzi. Il a réussi à s’enfuir la nuit où son beau-frère a été tué, mais il a dû se cacher à l’intérieur de la propriété familiale pendant deux semaines, jusqu’à ce que les troupes de la MINUSCA passent dans le village et l’emmènent ailleurs. Quand Amnesty International s’est entretenue avec Fatima, en mai, elle- même et d’autres membres de sa famille se demandaient encore s’ils devaient fuir ou non. Ils avaient décidé de rester à Gadzi jusqu’aux récoltes, mais d’envoyer leurs enfants dans l’enclave musulmane de Carnot.

Les éleveurs peulhs de la région ont été confrontés à des problèmes spécifiques, car ils ont perdu leurs animaux et, dans certains cas, ils ont été piégés dans des villages isolés. Amnesty International s’est entretenue avec cinq éleveurs peuhls qui ont été secourus par les soldats de la MINUSCA des petits villages des préfectures d’Ombella-M’Poko et Mambéré-Kadeï et conduits dans l’enclave musulmane de Yaloke en avril et mai 2015. Tous avaient traversé de grands dangers et des épreuves considérables, notamment pendant les premiers mois de 2014, et aucun d’eux n’avait la liberté de sortir des villages où ils vivaient. Cependant, il était clair que les relations des éleveurs avec les communautés majoritaires et les milices anti-balaka étaient très différentes d’un village à l’autre. Certains avaient essentiellement été pris en otage et terriblement maltraités, d’autres avaient le sentiment d’avoir été protégés par les gens qui étaient leurs amis. 



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