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INTERVIEW

Tchad : "Des individus sont plus puissants que l'Etat", Mahamat Zene Cherif


Alwihda Info | Par - 16 Avril 2017 modifié le 16 Avril 2017 - 15:35

Le coordinateur national du CAMOJET (Collectif des Associations et Mouvements de Jeunes du Tchad), Mahamat Zene Chérif, dans un entretien accordé à Alwihda Info, se dit particulièrement indigné du massacre des prisonniers en voie de transfèrement à la prison de Koro Toro.


Tchad : "Des individus sont plus puissants que l'Etat", Mahamat Zene Cherif, coordonateur du CAMOJET.
Tchad : "Des individus sont plus puissants que l'Etat", Mahamat Zene Cherif, coordonateur du CAMOJET.
Mahamat Zene Chérif plaide en faveur du désarmement de tous les citoyens pour permettre de renouer avec la sécurité et la quiétude.

Alwihda Info : Les derniers évènements meurtriers confortent-ils l'hypothèse qu'il y a des individus plus puissants que l'Etat ?

Mahamat Zene Cherif : Merci beaucoup à Alwihda Info de nous donner l'opportunité de nous exprimer sur la situation sécuritaire qui prévaut actuellement au pays. Avant d’aborder la question, je vous remercie pour le travail impeccable que le site Alwihda Info fait parce que vous faites un travail du terrain. Vous êtes parmi la rare presse en ligne qui a des reporters sur le terrain et qui fait tout pour informer les compatriotes Tchadiens, de l’intérieur comme de l’extérieur de manière instantanée, de tous les événements, et de manière objective sur toutes les situations auxquelles nous faisons face. Pour cela, je vous tire chapeau. Je vous encourage dans votre noble métier avec tous les risques auxquels vous faites face de manière quotidienne.

Par rapport à la situation qui a prévalu, il y a de cela quelques jours à la sortie de N'Djamena, je pense que c'est une situation vraiment tragique qui ne devrait pas se produire dans un État prétendant être de droit, au 21 siècle.

Cette situation prouve qu'il y a des individus qui sont plus puissants que l'Etat, et que l'autorité de l'État est bafouée. Nous, les citoyens, allons implorer Dieu pour qu'il nous protège, parce qu'il n’y a pas une autorité politique ou judiciaire censé protéger la population.

La preuve en est que des assaillants viennent attaquer un convoi de détenus, sous la protection des forces de défense et de sécurité, et ils parviennent, par leur puissance de feu, à neutraliser les forces de l'ordre pour exécuter sommairement des prisonniers.

D'où provient cette fâcheuse tendance croissante à légitimer la vengeance privée ?

Non seulement, ça nous indigne, ça nous touche mais ça nous amène à nous interroger, est-ce-que nous sommes dans un Etat de droit dès lors que la mort d’une seule personne peut donner l'occasion à certains de se venger en tuant plus de dix personnes.

Est-ce que nous sommes dans un état de droit ? C’est la question que je me pose, et que tous les citoyens devraient se poser.

Nous pensions auparavant que nous étions sous la protection d’un Etat, or cela prouve au contraire que nous sommes à la merci des gangsters, des personnes qui ont une attitude inhumaine et qui peuvent nous tuer à tout moment, violer nos sœurs et se venger sur nous. Et il n'y a personne qui nous protège.

Au-delà de mon indignation personnelle et celle des autres Tchadiens, je pense que cette situation devrait nous interroger sur l'existence de l'État en tant que puissance publique. Je pense que beaucoup ont décrié l'insécurité. Beaucoup d'associations des droits de l'homme ont interpellé l'État sur la situation des droits de l'homme depuis des années. Mais malheureusement, rien ne change.

Pourtant, l'Etat déploie d'énormes moyens pour assurer l'ordre public...

L'État, en tant qu'État responsable, doit être conscient de ce qui se passe. Pourquoi aujourd'hui, les gens n’arrivent pas à compromettre la sécurité des autorités ? Le convoi présidentiel ou bien celui du premier ministre, personne n'ose les attaquer. Personne n'ose s'en prendre aux généraux qui sont là. Pourquoi les citoyens ordinaires sont tués ?

Autrement dit, l'État peut protéger certains et ne peut pas protéger les autres. Dans ce cas, la seule chose que nous demandons à l'État : soit il désarme tous les citoyens pour que nous sachions tous qu'il n’y a pas des gens armés en dehors de l'État ou des forces de l'ordre habilitées à être armées ; soit l'Etat autorise le port des armes à tous les citoyens comme aux États-Unis et dans d'autres pays, pour que chacun puisse se défendre au moment où l’État a failli à sa mission régalienne d'assurer la sécurité des biens et des personnes.

Autoriser le port d'armes risquerait de créer l'anarchie, mesurez-vous les conséquences ?

Il faut que nous, nous trouvions des moyens pour nous défendre. Avant l'existence de l'État même, chacun se protégeait à sa manière, avant la colonisation. Aujourd'hui, si d'autres ont le privilège de garder les armes et nous autres n'avons rien, cela veut dire que pour ceux qui sont armés, l'État n'arrive pas à les désarmer, et ont un droit de vie et de mort sur nous.

L'Etat a l'obligation de s'assumer vraiment pour préserver sa crédibilité et sa légitimité qui dépend de ses actions, pour faire prévaloir le traitement équitable de citoyens. Donc, l'État a l'obligation de désarmer tout le monde pour que nous vivions dans la sécurité.

Vaut mieux privilégier le désarmement total...mais par qui doit-il commencer ?

Ce n’est pas le rang de général ou d'officier qui doit conférer l'autorisation de détention d'armes de guerre en dehors de son cadre de travail. Ce n’est pas le fait d'être un officier ou bien le fils d'un officier qui doit permettre de prendre une arme et se présenter à l’école, puis prendre des filles en otage pour les violer. Ce n’est pas le fait d'être un officier bien placé dans l'armée qui doit permettre d’aller venger la mort de ses frères dans le cadre de son travail.

L'Etat doit désarmer ceux-là et sanctionner sévèrement, non seulement ceux qui se servent de ces armes pour tuer, mais aussi ceux qui ont autorisé ces ports d'armes pour tuer des personnes.

Qui peut réellement impulser ce changement et ces actions souhaitées ?

Je pense que cela se situe au plus haut niveau de l'État. C'est un problème qui devrait être pris au sérieux, au-delà d’un procureur ou d’un ministre. Je pense que le président de la République devrait agir pour donner un gage de confiance au citoyen, tout en rassurant la population que les forces de l'ordre protègent tous les citoyens.

Djimet Wiche Wahili
Journaliste, directeur de publication du Tabloïd Alwihda Actualités. En savoir plus sur cet auteur

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