ANALYSE

Centrafrique : La raison a foutu le camp de mon pays


Alwihda Info | Par Alain LAMESSI - 7 Décembre 2013



Une homme qui vient de décéder dans le principal hôpital de Bangui, après avoir été victime d'une attaque à la machette. Crédit photo : Tristan Redman
La raison a foutu le camp de mon pays. L’humanité a déserté le cœur de certains de ses fils. La civilisation a pris ses jambes au cou. La tradition de la solidarité africaine chère à nos anciens dans les villages est à jamais évanouie. Le respect de la vie humaine a disparu. La folie s’est érigée en maîtresse absolue. La sauvagerie brille de tous ses éclats. Les viles et bestiales passions ont pris le dessus. On dirait la horde de l’enfer en action. Pendant que les autres peuples s’organisent pour aller faire du tourisme sur la très lointaine planète mars, nous sommes encore à nous découper à la machette comme à l’âge de bronze.

Qui a dit que l’intelligence, c’est ce qui fait la différence entre l’homme et l’animal ? J’ai beau la chercher, je ne la retrouve nulle part dans mon pays. Sommes-nous devenus des animaux ? Pourtant les animaux ne tuent jamais les individus de leur propre espèce. Les animaux tuent les individus d’autres espèces pour se nourrir, pour survivre. L’éthologie nous apprend que dans une bataille de chiens, lorsque l’un des deux est vaincu, celui-ci adopte une attitude de soumission en baissant les oreilles et en mettant la queue entre les deux pattes postérieures. Voyant cela, le vainqueur ne touche plus le vaincu et il s’en va. La bataille est finie. Définitivement finie.

La raison a foutu le camp de mon pays. Des êtres humains ivres de haine, de rancune et de vengeance en sont venus à éventrer des femmes enceintes. Comme si cela n’était pas suffisant, ils ont fièrement égorgé des enfants innocents, comme on égorge des poulets. Ils ont coupé les bras et les doigts de ces « pauvres anges », créatures de Dieu. Et l’horreur le disputant à l’horreur, ils ont froidement abattu des hommes, des femmes et des enfants sans arme, nus comme des verres de terre, réfugiés dans un lieu saint comme la mosquée. D’autres encore ont uriné et déféqué dans les églises, le Corps de Jésus-Christ. Quel sacrilège ! Guidés par la folie meurtrière, ces mangeurs de chair humaine et buveurs de sang ont poursuivi leurs gibiers et assassiné des personnes sans défense dans le lieu, symbole de souffrance et de faiblesse humaines, qu’est l’hôpital.

La raison a foutu le camp de mon pays. Ô barbarie, quand tu tiens un homme dans ta main puissance, plus rien au monde ne le retient. Ils ont brûlé des villages entiers, détruit toutes les archives, pillé tous les biens qu’ils ont découverts au grand jour et détruit ce qui a de la valeur. Ils ont violé mères, grand-mères, filles, petites filles, tantes, cousines, nièces, toutes les femmes. Ils les ont violées devant des maris impuissants. Comble d’humiliation ! Ils les

ont violées devant des enfants martyrs qui ne doivent pas voir la nudité de leur mère. Comble de malédiction !

La raison a foutu le camp de mon pays. Les héros de notre cauchemar, essoufflés de leurs forfaits, enivrés de leurs crimes et fiers de leurs goujateries, pavanent crânement dans des places publiques, bombant la poitrine et bandant les muscles tels des matadors dans les films d’horreur. En prime nous devons nous en accommoder et pire applaudir ces tigres en papiers ou autres macistes en carton.

Alain Lamessi.
C’est vrai, la raison a foutu le camp de mon pays depuis belle lurette. Que dire de ces jeunes et moins jeunes qui applaudissent à tout rompre et encouragent à gorge déployée le carnage dont est victime leur propre peuple, la barbarie qui s’abat avec férocité sur leurs propres frères et sœurs ? Lorsqu’un aveugle ose conduire un véhicule, la mort devient inévitable au bout de chemin. Alors ne soyons plus étonnés que nous sommes aujourd’hui tombés bien plus bas que le fond du trou qu’ils ont eux-mêmes creusé avec leurs dents rougis par notre sang. Ils veulent le pouvoir qu’ils ont déjà exercé pendant dix ans, sans laisser le moindre héritage à la postérité. Ils veulent garder le pouvoir qu’ils exercent aujourd’hui en devenant la honte universelle à cause de leur perversité intrinsèque. Refusons catégoriquement de prendre part à ce jeu macabre de poker-menteur : Ni Séléka, ni Antibalaka. Entre la peste et le choléra, aucun choix n’est possible.

Ils proclament l’Islam de la bouche et déclarent du bout des lèvres qu’ils sont des chrétiens. Est-ce bien de l’Islam fondé par le Prophète Mohammed (Paix soit avec Lui !) qui prône la tolérance dont ils parlent ? Ou est-ce du Christianisme de Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, né de la vierge Marie, mort et ressuscité le troisième jour, assis à la droite de Dieu le Père et qui reviendra à la fin des temps pour juger les vivants et les morts qui prêche l’Amour et le Pardon ? Ces anges de la mort puent le mensonge. Ils n’ont jamais rien compris ni au message du Prophète, ni à l’évangile du Christ. Leur haleine, à terrasser un éléphant, pue la haine et la vengeance. Il se dégage d’eux cette forte odeur de putréfaction qui leur colle à la peau et leur sort des narines. Sur leur âme damnée se voit à l’œil nu la tâche indélébile du sang des innocents que même toute l’eau du fleuve Oubangui ne saurait nettoyer. Leurs actes crient plus que leurs paroles et trahissent à jamais leur véritable nature d’agents du diable. Ils sont les bras armés de leur maître Satan. Leur place est déjà réservée en enfer où ils pourront cramer, comme ils veulent, dans l’étang de feu jusqu’à la fin des temps.

Ô Dieu, Tu as dit dans ta Sainte Parole d’aimer nos ennemis et de bénir ceux qui nous maltraitent. C’est bien là une injonction difficile à réaliser sur le plan humain. Comme c’est ta volonté, nous voulons l’accomplir sans discuter. Mais remplis-nous de ton Esprit-saint pour supporter l’insupportable ! Nous te demandons une faveur. Oui une seule faveur. Accorde-nous la sagesse et le discernement pour ne pas être complices de tous ces agents du diable qui se déguisent aujourd’hui en anges de lumière. Donne-nous le courage et la force d’être toujours du côté du peuple centrafricain opprimé, brimé, martyrisé, assassiné qui souffre dans son âme et dans sa chair, quelle que soit son ethnie, sa région et sa religion. Donne-nous d’être la voix de ceux qui souffrent en silence parce qu’ils n’ont même plus la force de pleurer. Donne-nous surtout de nous aimer les uns, les autres.

Que Dieu bénisse la République centrafricaine.

Alain LAMESSI

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