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INTERNATIONAL

Diplomatie internationale : l'IPPDR forme la relève, l'Afrique attentive


Alwihda Info | Par Olivier Noudjalbaye Dedingar, Expert-consultant international, Ambassadeur Mondial de la Paix et journaliste indépendant. - 7 Avril 2026


Dans un monde où la diplomatie est de plus en plus mise à l'épreuve par la guerre, la fragmentation économique et la méfiance géopolitique croissante, la question n'est plus de savoir si le leadership mondial doit évoluer, mais s'il peut évoluer suffisamment vite.


Les participants à la master-class posent avec le Dr Andrise Bass (au centre), fondateur et directeur exécutif de l'IPPDR, tenant leurs certificats au siège des Nations Unies à New York. Photo : IPPDR
Les participants à la master-class posent avec le Dr Andrise Bass (au centre), fondateur et directeur exécutif de l'IPPDR, tenant leurs certificats au siège des Nations Unies à New York. Photo : IPPDR
À la mi-mars, dans un cadre de formation structuré et de haut niveau à Manhattan, un petit groupe de participants, aux profils stratégiques variés, s'est penché sur une problématique.

En effet, du 17 au 19 mars, l'Institut de recherche sur les politiques publiques et la diplomatie (IPPDR) a organisé sa formation de praticiens internationaux de la paix et d'ambassadeurs mondiaux de la paix, réunissant des professionnels de tous les continents pour une immersion totale dans la diplomatie moderne, la résolution des conflits et la gouvernance.

À première vue, il s'agissait d'un programme de formation. En réalité, c'était une démarche bien plus délibérée : une simulation contrôlée du système mondial lui-même.

Un monde sous tension et une formation adaptée
Le lancement de ce programme n'est pas fortuit. Il intervient à un moment où les systèmes mondiaux subissent des pressions manifestes. Les routes énergétiques sont de plus en plus politisées. Les conflits, actifs ou latents, redessinent les alliances. Les chocs économiques se propagent rapidement et intensément au-delà des frontières. Pour de nombreux pays africains, ces pressions ne sont pas abstraites ; elles se traduisent par la volatilité des prix des carburants, l'insécurité alimentaire et une montée des tensions politiques.

L'architecture de la paix, longtemps fondée sur la coopération multilatérale et la confiance institutionnelle, est mise à l'épreuve. La réponse de l'IPPDR repose sur une thèse claire : le système mondial n'a pas seulement besoin de meilleures politiques. Il a besoin de meilleurs praticiens. Des praticiens qui savent négocier sous pression, qui maîtrisent les rouages formels et informels de la diplomatie et qui savent passer de la théorie à la pratique, sans perdre de vue la stratégie. C'est cette lacune que cette formation vise à combler.

Jour 1 : Repenser la diplomatie comme stratégie
Le programme s'est ouvert sur une journée entière consacrée aux affaires internationales et à la diplomatie, animée par le directeur exécutif de l'IPPDR, S.E. l'ambassadeur Dr Andrise Bass. Ce choix d'approche était délibéré. Les participants ont été informés que la diplomatie n'est pas une simple formalité, mais une stratégie d'influence structurée. Dépassant le cadre théorique, la session a examiné les mécanismes de l'art de gouverner.

Les discussions ont porté principalement sur la projection de puissance sans escalade, la gestion des asymétries de rapport de force dans les négociations et le rôle du récit dans l'obtention des résultats diplomatiques. Pour les participants africains et des pays du Sud, cette approche est particulièrement significative. Elle remet en question un déséquilibre persistant dans la diplomatie mondiale, où de nombreux acteurs s'engagent sans maîtriser pleinement le récit, ni les conditions de cet engagement. L'accent a donc été mis sur la reconquête de ce pouvoir d'action.

Deuxième jour : La sécurité humaine au cœur des préoccupations
Si la première journée était consacrée à la politique étrangère, la seconde s'est concentrée sur la sécurité humaine, avec une session dédiée à la traite des êtres humains, animée par M. Richard Stephien, agent spécial superviseur au sein du département des Enquêtes de sécurité intérieure (HSI). Le choix de ce sujet témoigne d'une évolution plus large de la réflexion sur la sécurité mondiale. Les menaces ne se limitent plus aux frontières des États, ni aux zones de conflit traditionnelles. Elles sont désormais ancrées dans les systèmes sociaux, les réseaux numériques et les économies transnationales.

Les participants ont étudié les mécanismes des réseaux de traite des êtres humains, les cadres juridiques de réponse et les stratégies de prévention. Plus important encore, ils ont analysé les lacunes politiques qui permettent à ces systèmes de perdurer. Pour les pays africains, où la traite des êtres humains se conjugue aux migrations, à la vulnérabilité économique et aux difficultés de gouvernance, cette question n'est pas marginale ; elle est essentielle à la stabilité nationale et régionale. Plus tard dans la journée, les participants ont quitté la salle de classe pour se rendre dans un cadre diplomatique, au restaurant des délégués du siège des Nations Unies, où se sont déroulées les cérémonies de remise des diplômes.

Troisième jour : Une simulation réaliste
La dernière journée de la formation a abordé sa phase la plus pratique et intensive : la prévention des conflits, la négociation et la consolidation de la paix. La structure est passée de l'enseignement théorique à la simulation. Les participants se sont vu attribuer des rôles au sein d'un scénario géopolitique à forts enjeux, centré sur les tensions entre les États-Unis et l'Iran, et plus particulièrement sur le détroit d'Ormuz et la sécurité énergétique mondiale. Ce scénario a des conséquences bien réelles.

Environ 20 % de l'approvisionnement mondial en pétrole transite par ce corridor, ce qui signifie que toute perturbation aurait des répercussions immédiates sur les économies, notamment dans les régions dépendantes de l'énergie comme l'Afrique. Dans le cadre de la simulation, les participants ont dû gérer des intérêts divergents :
-Préoccupations sécuritaires contre survie économique ;
-Souveraineté contre supervision internationale ;
-Méfiance historique contre coopération future.  Il n'en est pas résulté une solution toute faite, mais un véritable processus.

Les délégués ont débattu des sanctions, de la politique nucléaire, des enjeux humanitaires et de la sécurité maritime. Ils ont négocié sous pression, géré des discours contradictoires et œuvré à la construction d'un consensus dans un climat de méfiance généralisée. Ceci reflète la réalité de la diplomatie moderne et met en lumière une lacune cruciale : la plupart des dirigeants ne reçoivent aucune formation spécifique, contrairement aux praticiens de la paix et aux ambassadeurs mondiaux de la paix de l'IPPD, pour intervenir dans de telles conditions.

La dimension africaine : un enjeu plus important qu'il n'y paraît
Parmi les 16 participants figuraient des représentants du Sénégal, du Ghana, de la Côte d'Ivoire, du Bénin et du Tchad, aux côtés de leurs homologues des États-Unis, d'Haïti, d'Argentine, d'Ukraine, de Russie, de Trinité-et-Tobago, de Jamaïque, du Guyana et d'autres pays. Leurs parcours professionnels étaient tout aussi variés, allant de conseillers gouvernementaux et juristes à des chefs religieux, des personnalités publiques et d'anciens diplomates. Pour l'Afrique, cette diversité n'est pas fortuite. Elle reflète la nature multidimensionnelle de la gouvernance sur le continent, où les acteurs politiques, sociaux et culturels interagissent souvent pour façonner les résultats.

Mais l'importance la plus profonde réside dans l'ouverture qu'elle offre. Les participants africains n'apprennent pas seulement des cadres de référence, ils s'engagent dans un contexte mondial, tissent des réseaux et comprennent mieux comment les décisions sont prises au plus haut niveau. En diplomatie, la proximité compte. La participation aussi. Dans bien des cas, l'Afrique a été sous-représentée dans les deux domaines. Des programmes comme celui-ci commencent à faire évoluer cette dynamique.

De la « paix négative » à la stabilité structurelle
L’un des concepts centraux abordés lors de cette formation est la distinction entre paix négative et paix positive. La paix négative désigne l’absence de violence. La paix positive, quant à elle, reflète la présence de la justice, de l’inclusion et d’institutions fonctionnelles. Cette distinction a des implications profondes pour l’Afrique.

De nombreux pays du continent ont atteint une stabilité relative, mais des problèmes structurels sous-jacents persistent : exclusion politique, systèmes juridiques fragiles et répartition inégale des ressources. Il ne s’agit pas de crises immédiates, mais de risques à long terme. Le cadre de l’IPPDR encourage les participants à identifier ces lacunes structurelles et à élaborer des réponses politiques. Grâce à ses modules d’innovation politique, les participants recensent les faiblesses en matière de sécurité, de justice et d’inclusion, et proposent des réformes à la fois réalistes et applicables à grande échelle.

Jeunesse, pouvoir et avenir de la diplomatie
Une autre dimension essentielle de cette formation réside dans son accent mis sur la jeunesse et le leadership inclusif. S'appuyant sur des cadres internationaux tels que les résolutions 1325 et 2250 du Conseil de sécurité des Nations Unies, le programme positionne les jeunes et les femmes non pas comme bénéficiaires de la paix, mais comme artisans de celle-ci.

Pour l'Afrique, il ne s'agit pas d'une simple théorie. Avec l'une des populations les plus jeunes au monde, la stabilité et la croissance du continent dépendront fortement de sa capacité à intégrer efficacement les jeunes dans la gouvernance et les processus décisionnels. Les programmes de formation qui dotent les jeunes leaders de compétences diplomatiques et politiques ne sont pas de simples initiatives éducatives ; ce sont des investissements stratégiques.

En résumé
Dans une salle new-yorkaise, un groupe soigneusement sélectionné a participé à des simulations à enjeux élevés, des négociations rigoureuses et des exercices stratégiques complexes, reflétant les pressions de la diplomatie réelle. En apparence, il s'agissait d'une formation.

En réalité, c'était une répétition contrôlée de la complexité, un entraînement délibéré au jugement, à la retenue et à la clarté stratégique. Cette préparation nous prépare à un ordre mondial en pleine mutation, où la diplomatie n'est plus linéaire, la gouvernance est de plus en plus contestée et la marge d'erreur s'est considérablement réduite. Pour l'Afrique, les implications sont claires.

L'avenir du leadership ne se forge plus uniquement dans les bureaux présidentiels ou lors de sommets de haut niveau. Il se construit dans des environnements rigoureux et exigeants, où les idées sont mises à l'épreuve, les hypothèses remises en question et les compétences développées de manière ciblée.

Les artisans de la prochaine phase de croissance du continent n'émergeront pas simplement par leur position ou leur rhétorique, mais grâce à une préparation minutieuse, par des individus qui ont intégré la complexité mondiale et développé les compétences nécessaires pour la gérer avec précision, crédibilité et détermination.

Au siège de l'Institut de recherche sur les politiques publiques et la diplomatie (IPPDR) à New York, de hauts représentants africains, dont le fondateur, S.E. Dr Andrise Bass, et M. Richard Stephien, du service des enquêtes de sécurité intérieure (HSI), posent aux côtés de drapeaux internationaux. Photo : IPPDR
Au siège de l'Institut de recherche sur les politiques publiques et la diplomatie (IPPDR) à New York, de hauts représentants africains, dont le fondateur, S.E. Dr Andrise Bass, et M. Richard Stephien, du service des enquêtes de sécurité intérieure (HSI), posent aux côtés de drapeaux internationaux. Photo : IPPDR


Les participants à la master-class posent avec le Dr Andrise Bass (au centre), fondateur et directeur exécutif de l'IPPDR, et leurs certificats au siège de l'Institut à New York. Photo : IPPDR
Les participants à la master-class posent avec le Dr Andrise Bass (au centre), fondateur et directeur exécutif de l'IPPDR, et leurs certificats au siège de l'Institut à New York. Photo : IPPDR



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