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Djibouti: Le massacre méconnu d'Arhiba, un crime de guerre demeuré impuni.


Alwihda Info | Par Huno Djibouti - 12 Décembre 2014



Ce 18 décembre 2014 à Djibouti, rescapés, familles de victimes, militants, sympathisants ou tous djiboutiens épris de justice, commémoreront le 23ème anniversaire de la tuerie méconnue de "Arhiba", du nom de ce quartier populaire de la capitale à majorité Afar, où plus de 59 personnes sans défense avaient été exécutées par les forces spéciales du régime dictatorial. Sur ordre d'Ismaël Omar Guelleh, l'actuel président de Djibouti, ce massacre était en fait une expédition punitive menée contre la population Afar de ce quartier, pour lui faire payer les pertes causées aux forces armées par la rébellion du Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie (FRUD). Rappel des faits historiques : 6H00 du matin, le quartier d’Arhiba est totalement investi et encerclé par les forces armées djiboutiennes coalisées dans une action militaire sans précédent à Djibouti-ville d’environ 400 personnes en armes et équipements de guerre. Alors que l’essentiel des troupes d’assaut est placé en position de tir dans les tranchées, dans les tanks, sur des Jeeps et sur des vedettes, le groupe des policiers Afars sans armes munis de gourdins, est chargé de convaincre leurs frères de sang avec lesquels ils engagent le dialogue. Parallèlement, les « crânes rasés » issus de la mobilisation générale vident tous les civils de leurs cases en cartons et les rassemblent sur le terrain vague. 7H00 : Les premiers lève-tôt d’Arhiba II, sortis de chez eux sont aussitôt embarqués dans des camions mis à la disposition des forces de l’ordre par les entrepreneurs privés qui se trouvent alignés au sud du quartier. Après triage, le groupe ciblé est isolé du reste et une partie est embarquée dans un premier camion. 7h15 : les rafles continuent. Les forces armées tirent de leurs huttes, hommes, femmes et enfants, les regroupent par dizaines en les faisant asseoir parterre, et une fois le nombre suffisant pour contenir un camion, le chauffeur approche du secteur et l’on embarque tout le monde. La cité étant étendue sur 3 à 4 km, une scène identique à celle ci se déroule à plusieurs endroits, couvrant ainsi, tout Arhiba II. 7h30 : Sur un des « points de’ rassemblement » d’Arhiba II, certaines personnes ne se contentant pas de l’explication facile donnée par les hommes en uniforme selon laquelle il ne s’agirait que d’une simple “vérification d’identité”, elles voudraient comprendre et demandent des explications. Ne pouvant supporter plus longtemps cette situation macabre, un policier Afar se détache du rang, dans un dernier élan de solidarité ethnique, déconseille vivement aux futures victimes de se laisser déporter en demandant d’opposer une résistance passive. Pour son geste, il sera sommairement abattu par ses collègues de la FNS au cours de la fusillade. Voyant leur plan dévoilé et devant le refus des civils de monter dans le camion, les forces armées s’apprêtent dès ce moment, à tirer sans sommation sur tout ce qui bouge. Ayant remarqué des mouvements qui contrarient le plan initialement établi, les forces armées qui s’étaient préparées à l ‘éventualité d’une réticence de la part des civils, reçoivent l’ordre d’exécuter sur place leur plan : l’acte d’extermination qu’elles devaient accomplir ailleurs. Elles ouvrent le feu sans sommation sur une foule sans défense (femmes, enfants, vieillards) qui tombe comme des mouches, tués à bout portant. Dès les premières rafales, une panique folle s’empare très logiquement de toute la population d’Arhiba II et aux quatre coins de la cité, loin de contenir, les forces de l’ordre tirent è vue. La chasse à l’Afar commence, un déluge de feu s’abat sur les civils, une course poursuite abominable s’organise. À pied ou en véhicule tout terrain, les forces de l’ordre s’en donnent à cœur joie. « Un safari humain. » FAIT ÉLOQUENT Trois policiers, Kalachnikov aux poings, font irruption dans l’École Primaire Public d’Arhiba dont le Directeur est sommé sous la contrainte par un vif et bref échange de propos, de faire sortir ces classes les élèves (probablement pour les exposer au carnage prévu). Le Directeur de l’École n’a pas manqué, malgré la menace, de leur faire observer qu’il y va de sa responsabilité professionnelle de mettre en sécurité les élèves et qu’il ne peut satisfaire leur dangereuse requête aussi longtemps que les armes ne se seront pas tues à Arhiba. Pendant ce temps, les deux autres policiers s’introduisent dans les classes où ils n’hésitent pas à tirer plusieurs rafales créant une panique généralisée tant parmi les enseignants que parmi les élèves qui fuient à toutes jambes. 7h45 : Un hélicoptère de l’armée française survole les lieux du massacre, panique cette fois coté tueurs, par la crainte des caméras que les Français n’ont certainement pas manqué de sortir pour un tel flagrant délit. Au premier passage, les tireurs cessent la fusillade, certains ont le ridicule réflexe de se cacher derrière les maisons, mais continuent à pourchasser les rescapés dès que le Puma s’éloigne. Au second passage, les “chasseurs” décident de se retirer et maquillent le chiffre réel du carnage en s’empressant d’entasser dans deux camions un maximum de cadavres. Combien de morts ? Impossible à dire avec précision, les témoins oculaires les plus optimistes chiffrent à 50 cette cargaison funeste. Le convoi se dirige vers la ville, les hommes en uniforme quittent enfin Arhiba. 8H00 : Les habitants d‘Einguela constatent que le terrain vague des Salines qui s’étend au Nord d’Arhiba est lui aussi quadrillé par les hommes de la FNS, à la hauteur du chantier saoudien jusqu’aux Théâtres des Salines. Toutes les routes menant à Einguela sont bloquées par les agents de la circulation et ni piétons ni véhicules ne passent. Certains observateurs constatent qu’un long convoi de véhicules militaires qui assure l’encadrement, se dirige vers le secteur bouclé. BILAN DU MASSACRE 33 corps abandonnés sur le terrain vague, 7 personnes décédées à l’hôpital Peltier le lendemain des suites de leurs blessures, 7 corps retrouvés le 19 en mer à marée basse, 12 corps que les forces de l’ordre ont emportés, Soit un total de 59 morts dont 47 ont été enterrés. LISTE DES PERSONNES DISPARUES LE 18.12.1991 1. HAMAD IBRAHIM SAID 2. YASSO KATHE ALI 3. ALI IBRAHIM MOURRA 4. NIBALLEH ADEN MOHAMED 5. DAOUD MOHAMED ALT 6. ABDALLAH HANAD OMAR 7. SAID HAMADOU GAAS LISTE DES PERSONNES TUÉES LORS DU MASSACRE D'ARHIBA Corps découverts sur place 1. ALI ADAM AHMED 2. AHMED MOUMINE BAGUILA 3. HABILE MOUMINE BAGUÏLA 4. GANIBO IBRAHIM YASSO 5. ALI MOHAMED WEO 6. ADAM DIHIBO MOUSSA 7. MOHAMED ALI OMAR 8. ALI ALELOU ASSOWE 9. BERO DAOUD ANGADE 1O.OMAR MOHANED KABADE 11.ABDALLAH YAYO IBRAHTM 12.HASSAN ALI ABOUBAKER 13.MALIK ALI MAHAMED 14.HASSAN ABDOU ABOUBAKER 15.ALI ABDALLAH GOURATE 16.SABOLI ABDALLAH GAAS 17.ALI KABIR MANDEITOU 18.NOUMANE MOHAMED ABDALLAH 19.ALI SATD MOHAMED 20.MAHAMED MOUSSA WAAYE 21.ALI HOUSSEIN HARSSOU 22.ALI CHEIKO HAMAS 23.ADAM CHEIKO HAMAD 24.MOHAMED ALI HOUSSEIN 25.HASSAN FILADERO HASSAN 26.IDRISS LALE ALI 27.MOHAMED OSMAN IBRO 28.OSMAN MOHANED IBRO 29.SAADA AHMED 3O.ALI ARERO ALI 31.MISERA BOUCHRA CHOUMA 32.SALIHA MOHAMED ALT 33.ALI ADAM ALI Personnes retrouvées à marée basse 34.HOUSSEIN IBRAHIM MOHAMED 35.KILO YASSIN ALI 36.MAHAMEISSE DINBIHISSE ALI 37.ALI HAMAD DOULA 38.HERE ALI YASSO 39,FOSSEYA MOHAMED OSMAN 40.HASNA SAID MOHAMED Personnes retrouvées à l’hôpital Peltier 41 OSMAN YOUSSOUF 42.HASSAN HAMID 43 ABDOULKADER MOHAMED ISSA 44.ARISSO ONDE ARISSO 45.MOHAMED MOUSSA MOHAMED 46.MOHANED ALI AHMED 47.MOHAMED HOUMED MOHAMED N.B. Les impacts de balles relevés sur les blessés nous autorisent à penser qu’il y avait plusieurs groupes de tireurs et que nombreuses étaient les personnes en train de fuir lorsqu’elles ont été atteintes par les projectiles. Ainsi, 50 % des survivants sont atteints au dos, 30% de face et 20 % de côté. De plus, il a pu être dénombré environ 300 blessés dont 70 seulement furent admis à Peltier, une dizaine à l’hôpital militaire français alors que les autres ont été soignés par leurs propres familles de peur de représailles éventuelles. Liste non exhaustive des principaux artisans de ce crime : Hassan Gouled Aptidon (président), Ismaël Omar Guelleh (IOG), Lieutenant-Colonel Yacin Yabeh (Chef de la police), Lieutenant Colonel Zakaria Cheik Ibrahim (chef de corps du CCO), Elmi Abaneh (Commandant de la force navale), Colonel Hoch Robleh Idleh (chef de corps de la Gendarmerie nationale), Hassan Saïd (sous-directeur du SDS et adjoint direct d'IOG), Commandant Mahdi Cheik Moussa (Chef de l’Escadron présidentiel). Source : ARDHD Association pour le Respect des Droits de l'Homme



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