REACTION

Tchad: 'Le ralliement de Mansour est un non-événement'


Alwihda Info | Par - ҖЭBIЯ - - 15 Aout 2008


Je me souviens en 1989, j’avais décidé de rallier le pouvoir de Hissein Habré que j’avais combattu durant 7 années. J’en avais tout simplement « ras le bol » de ces chefs de guerre, très peu éclairés et qui n’étaient pas à la hauteur de leurs responsabilités. Le ralliement dans la même période du CDR de Achekh Ibn Oumar venait de sonner le glas de ce GUNT en déliquescence. Ceux qui sont fatigués s’en vont, ceux qui veulent mourir pour le Tchad resteront et ensemble continuons le combat.


NE JETONS PAS VITE LA PIERRE A MANSOUR ABBAS

Le ralliement de Mansour Abbas est pour moi un non événement car chacun de nous est libre de ses engagements et libre de mettre fin à son exil et à ses choix politiques.

Je me souviens en 1989, j’avais décidé de rallier le pouvoir de Hissein Habré que j’avais combattu durant 7 années.

Au moment où je m’apprêtais à prendre mon avion pour Ndjamena, j’avais rencontré Valery Gottingar à l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique où il travaillait. Il était offusqué que je puisse brutalement rentrer au Tchad et mettre fin à mes engagements dans la lutte armée. J’étais à l’époque Président de l’Union Socialiste Tchadienne que j’avais crée avec Abderaman Djasnabaille, Annour Bouniamine, Abia Mall et tant d’autres.

J’ai répondu à Valéry Gottingar que l’oppression de l’exil était devenue plus forte que celle de Hissein Habré avec qui j’étais de plus en plus d’accord sur la « question nationale ». Le GUNT qui symbolisait notre lutte pour un Tchad meilleur n’était en fait qu’un géant sans tête traversé par des courants tribalo-régionalistes, et se trouve à plusieurs années lumières de mes convictions les plus profondes, celles pour lesquelles je sacrifie ma jeunesse.

J’en avais tout simplement « ras le bol » de ces chefs de guerre, très peu éclairés et qui n’étaient pas à la hauteur de leurs responsabilités. Le ralliement dans la même période du CDR de Achekh Ibn Oumar venait de sonner le glas de ce GUNT en déliquescence.

Plus tard, en 1993 nous devenons, Valery et moi, des amis et main dans la main nous menons campagne à la Conférence Nationale Souveraine pour l’élection de Fidel Moungar . Nous sommes devenus des alliés. Comme quoi en politique il faut toujours relativiser et laisser le temps faire les choses.

Je ne jette jamais la pierre à ceux qui honnêtement décident de partir et de choisir une autre voie. Je combats de la manière la plus ferme ceux qui volent le matériel militaire de la résistance nationale ou les maigres ressources de nos mouvements et vont rallier l’ennemi. Ceux là méritent selon les lois militaires la peine la plus lourde prévue par nos textes. Ceux là sont des traites et doivent êtres considérés comme tels.

Je connais bien Mansour Abbas, j’ai eu à le côtoyer quand il était agent d’Air Afrique et moi un jeune ministre des Transports. J’avais intervenu pour lui auprès de Billecard PDG de la compagnie car j’estimais qu’il méritait plus que le rôle qu’il jouait dans la compagnie multinationale.

A ma grande surprise les responsables d’Air Afrique, qui habituellement rejettent ces genres d’interventions, ont estimé que ma démarche était fondée car Mansour était un haut cadre compétent et dynamique et méritait plus. Surtout que la représentation du Tchad au niveau des cadres était faible. Quelque temps après il obtient une promotion, non pas du à mon intervention mais à ses immenses qualités et à son intelligence.

Affirmer qu’il s’est vendu pour 8000 euros est une insulte pour cet homme qui vaut son pesant d’or. Beaucoup de mouvements donneraient 10 fois plus pour le voir dans leurs rangs.

C’est un garçon sérieux et honnête et les responsables politiques de la rébellion doivent se demander pourquoi les meilleurs de leurs cadres politiques quittent le navire et vont rejoindre le dictateur.

Au lieu de jeter la pierre aux autres nous devons au contraire réfléchir sur nos propres insuffisances et nos errements et le peu de perspectives que nous offrons aux tchadiens par notre difficulté à nous entendre et en ce sens je salue l’initiative du président Adoum yacoub de chercher à initier le dialogue entre les forces de la résistance nationale, même si son initiative ne reçoit pour l’instant que très peu d’échos ; elle a au moins le privilège d’exister. Il ne dit pas « rassembler vous autour de moi »mais posons les problèmes et trouvons des solutions.

Pour ma part, je pense que l’Alliance Nationale est un excellent cade d’unité des mouvements armés de l’est du Tchad et je souscris totalement à l’initiative des nos cadre qui se sont récemment réunis et exprimés leur vision de l’unité par la voix de Ali Gadaye, porte parole de l’Alliance.

Cependant personne n’a le monopole de l’intelligence et de la vérité et il ne faut pas fermer la porte à d’autres initiatives s’ils elles sont sincères et peuvent apporter d’autres solutions.

Nous devons sortir de ce carcan dans lequel volontairement nous nous sommes enfermés depuis un moment. J’aurais pu me taire et faire semblant de dire, avec la langue de bois qui caractérise les hommes politiques, que tout va bien dans le meilleur des mondes alors que tout va de travers avec et c’est bien dommage un potentiel militaire extrêmement important qu’aucun mouvement armé dans le passé n’a pu disposer.

L’ensemble du potentiel militaire de tous les mouvements armés mis bout à bout dépasse de loin celui de l’armée nationale et nous avons des combattants de la liberté motivés avec un moral qui personnellement m’a toujours impressionné.

Alors le ralliement de Mansour est infinitésimal par rapport à la réalité de notre lutte. Mahamat Nour Abdelkerim a rallié avec plus de 150 véhicules lourdement armé ; Le groupe de Toufa at Ali Aghbach avec une douzaine de véhicules et récemment Aldjinedi avec une quarantaine de véhicules sans oublier les traitres qui fuient pour aller monnayer le matériel volé et régler leur sort personnel et sans oublier ceux qui à la frontière ont quitté le RFC et ont été mis par Deby dans la salle d’attente. Es ce que pour autant nous avons renoncé à la lutte ?

Les ralliements ne mettront jamais fin à notre lutte qui est celle de notre peuple. Le combat pour la liberté et les droits de notre peuple ne finira jamais. Il y aura toujours des personnes nouvelles qui viendront grossir les rangs de ceux qui luttent et qui donnent le meilleur d’eux-mêmes.

Le reste est anecdotique. Le sort personnel des uns et des autres ne représente rien eu égard à la dimension de notre combat et au poids de nos responsabilités.

Oui nos responsabilités envers notre peuple et sa jeunesse doivent nous inciter à l’unité et au renoncement des ambitions personnelles ou tribales.

Nous devons irrémédiablement assumer notre destin jusqu’à son ultime conséquence.

Beaucoup de jeunes et de moins jeune s’engagent dans la lutte armée en pensant que cela est simple. Ils pensent qu’il faut faire trois petits tours et devenir un homme politique en oubliant que le chemin est long, très long ; La lutte pour chasser Deby n’est qu’une étape ! Le vrai combat est celui qui nous attend après la victoire qui est celui du développement et de l’instauration de la justice pour tous dans un pays où le premier reflexe est tribal et régional. La notion du Tchad pour tous est à construire dans notre mémoire collectif.

Ceux qui sont fatigués s’en vont, ceux qui veulent mourir pour le Tchad resteront et ensemble continuons le combat.

Dans la même rubrique :