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À N'Djamena, la tontine transforme les femmes au foyer en véritables gestionnaires

À N'Djamena, la tontine s'impose comme une véritable école de gestion financière pour les femmes au foyer, leur offrant autonomie et capacité d'investissement au sein du ménage.

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À N'Djamena, la tontine transforme les femmes au foyer en véritables gestionnaires
Illustration © DR

Par Idriss Abdelkerim

Dans de nombreux foyers de la capitale tchadienne, des femmes sans emploi salarié disposent pourtant d'une activité financière régulière : la tontine. Souvent organisée entre voisines, amies, collègues ou membres d'une même famille, cette pratique permet à un grand nombre d'entre elles de mobiliser des fonds, de faire face aux dépenses du ménage et, parfois, de soutenir leur conjoint.

Pour certaines femmes au foyer, la tontine est devenue une véritable méthode de gestion financière. Une partie de l'argent destiné aux dépenses quotidiennes, communément appelé « massarif », est mise de côté pour participer à une ou plusieurs tontines.

« Si j'ai 10 000 FCFA pour les dépenses de la maison, je peux utiliser 4 000 FCFA pour la nourriture et garder 6 000 FCFA pour ma tontine. Quand mon tour arrive, je récupère une somme importante qui peut m'aider à acheter quelque chose pour la maison », explique, à titre d'exemple, une ménagère.

Au-delà de la simple épargne, la tontine impose une discipline de planification. Une femme engagée dans plusieurs cercles doit arbitrer chaque semaine ou chaque mois ses cotisations tout en garantissant les besoins fondamentaux de son foyer.

À N'Djamena, il n'est donc pas rare de voir des femmes sans emploi formel gérer plusieurs sources d'épargne. Certaines investissent dans l'habillement des enfants, la scolarité, les charges alimentaires ou le financement d'une activité commerciale de petite envergure.

Cette pratique constitue également un levier de résilience pour le couple. Lorsqu'elle touche sa mise, l'épouse peut faire face à une urgence financière. Par exemple, si un mari doit faire face à une dépense imprévue de 100 000 FCFA, l'apport de la tontine permet d'absorber le choc.

Autre cas de figure : une femme qui perçoit 200 000 FCFA peut en allouer la moitié à des marchandises, un quart aux besoins des enfants et épargner le reste.

Même cloîtrées au foyer pour certaines, ces femmes développent ainsi des compétences pointues d'anticipation et de rentabilisation de petites sommes.

Véritable école informelle de gestion financière, la tontine ne se substitue pas à un emploi, mais offre une réelle marge de manœuvre et un poids décisionnel dans l'économie domestique.

Toutefois, le dispositif comporte des écueils. Le cumul de cotisations face à des revenus restreints expose les participantes à une forte pression financière en cas de défaut de paiement.

Derrière l'image traditionnelle de la femme au foyer à N'Djamena se profile ainsi une réalité active : celle d'une gestionnaire d'investissements qui soutient la survie et le développement de son ménage.

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