Afrique subsaharienne : les défis d'une croissance économique en berne
L'Afrique subsaharienne fait face à un ralentissement économique préoccupant, marqué par des défis structurels et conjoncturels. Des réformes ambitieuses sont nécessaires pour transformer cette reprise fragile en croissance durable et inclusive.
Par Barra Lutter
Après une série de chocs mondiaux, notamment la pandémie, les tensions géopolitiques et l'inflation importée, l'Afrique subsaharienne avait amorcé une timide reprise économique. Cependant, cet élan semble aujourd'hui perdre de sa vigueur. Les dernières prévisions de croissance pour 2026, revues à la baisse par rapport aux projections d'octobre 2025, traduisent un ralentissement préoccupant qui met en lumière les fragilités persistantes du continent.
Plusieurs facteurs conjoncturels expliquent cet essoufflement. Les répercussions du conflit au Moyen-Orient continuent d'alimenter l'instabilité des marchés énergétiques et des chaînes d'approvisionnement, accentuant les pressions inflationnistes.
À cela s'ajoute le poids croissant du service de la dette, qui absorbe une part importante des ressources publiques, limitant ainsi les marges de manœuvre des États. Dans ce contexte contraint, les gouvernements peinent à investir dans les secteurs productifs et sociaux, freinant la dynamique de croissance.
Cependant, au-delà de ces facteurs externes, le rapport met en évidence une réalité plus profonde : le problème de la croissance en Afrique subsaharienne est avant tout structurel. La faiblesse des investissements, tant publics que privés, constitue un frein majeur. Elle se traduit par un déficit d'infrastructures, un accès limité à l'énergie et des systèmes productifs peu compétitifs. À cela s'ajoute un niveau de productivité globalement faible, en particulier dans les secteurs clés comme l'agriculture et l'industrie, qui restent peu modernisés.
La question de l'emploi est également centrale. Malgré une population jeune et en forte croissance, les économies africaines ne parviennent pas à générer suffisamment d'emplois décents. Le secteur informel domine largement, offrant des opportunités souvent précaires et peu rémunératrices. Ce décalage entre la croissance démographique et la capacité d'absorption du marché du travail constitue une source de tensions sociales et un obstacle au développement inclusif.
Face à ces défis, le retour en grâce des politiques industrielles apparaît comme une piste de solution. De nombreux pays cherchent à diversifier leurs économies et à réduire leur dépendance aux matières premières. Toutefois, les expériences passées invitent à la prudence. Plusieurs initiatives industrielles ont échoué en raison de capacités de mise en œuvre limitées, d'un manque de coordination institutionnelle et de contraintes budgétaires importantes. Ces échecs ont parfois laissé des infrastructures inachevées et des projets peu viables.
C'est pourquoi le rapport insiste sur la nécessité d'une approche pragmatique et adaptée aux réalités locales. Plutôt que de reproduire des modèles importés, il s'agit de construire des politiques publiques en phase avec les capacités réelles des États. L'approche dite « écosystémique » propose d'aligner les instruments de politique économique : formation, financement, infrastructures et réglementation afin de créer un environnement favorable à l'investissement et à l'innovation.
Cette stratégie suppose également une meilleure gouvernance et un renforcement des institutions. Sans une administration efficace et transparente, les politiques les mieux conçues risquent de rester lettre morte. De même, la mobilisation des ressources domestiques apparaît essentielle pour réduire la dépendance à l'endettement extérieur et financer durablement le développement.
L'Afrique subsaharienne se trouve à un tournant. La reprise économique, bien que réelle, reste fragile et insuffisante pour répondre aux aspirations d'une population en pleine expansion. Pour transformer cette reprise en croissance durable et inclusive, les pays devront s'attaquer aux racines structurelles de leurs difficultés. Cela passe par des réformes ambitieuses, mais réalistes, capables de stimuler la productivité, d'encourager l'investissement et de créer des emplois en nombre suffisant. Faute de quoi, les espoirs de transformation économique risquent de s'éroder, laissant place à une croissance lente et inégalement répartie.