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Assurance au Tchad : le défi de la confiance et de la culture du risque

Au Tchad, le marché de l'assurance fait face à un paradoxe : malgré des risques omniprésents, la culture de la prévoyance peine à s'imposer auprès d'une population aux revenus modestes et méfiante.

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Assurance au Tchad : le défi de la confiance et de la culture du risque

Par Barra Lutter

Dans l’économie tchadienne, l’assurance reste un marché paradoxal. Alors que les risques sont omniprésents — accidents de la circulation, incendies, maladies, catastrophes naturelles, pertes de biens ou décès —, la culture de l’assurance peine encore à s’imposer dans les habitudes des populations. À l’exception de quelques contrats obligatoires ou liés aux activités professionnelles, une grande partie des Tchadiens continue de considérer l’assurance comme une dépense inutile plutôt que comme un investissement contre l’imprévu.

Le secteur existe pourtant depuis plusieurs décennies et compte plusieurs compagnies qui proposent une diversité de produits : assurance automobile, santé, habitation, voyage, vie, responsabilité civile ou encore produits destinés aux entreprises. Mais entre l’offre disponible et la demande réelle, le fossé demeure important.

Une culture de l'assurance encore faible

Le premier défi du secteur reste la méconnaissance. Pour de nombreux citoyens, souscrire une assurance signifie payer régulièrement une somme d’argent sans être certain d’en bénéficier un jour. Cette perception nourrit une méfiance persistante. Beaucoup préfèrent compter sur l’épargne familiale, la solidarité communautaire ou l’aide des proches lorsqu’un accident ou un problème survient.

Dans une société où les revenus restent souvent modestes et irréguliers, l’assurance arrive rarement en tête des priorités. La nourriture, le logement, la scolarité, la santé et le transport absorbent déjà une grande partie du budget des ménages. Penser à assurer sa maison, sa santé ou ses biens devient alors un luxe pour beaucoup.

Cette situation explique pourquoi l’assurance automobile obligatoire reste l’un des segments les plus visibles du marché. Pourtant, même dans ce domaine, le respect de l'obligation n'est pas systématique. Certains conducteurs circulent sans couverture valable ou ne renouvellent leur police qu'à l'occasion d'un contrôle administratif.

Le problème de la confiance

Au-delà du pouvoir d'achat, la question de la confiance constitue un obstacle majeur. L'assurance repose sur une promesse : celle d'être indemnisé lorsqu'un risque survient. Mais lorsque les procédures de remboursement sont jugées longues, complexes ou insuffisamment comprises, cette confiance s'effrite.

De nombreux clients potentiels ne connaissent pas réellement les conditions des contrats qu'ils signent. Les exclusions, les délais et les modalités de déclaration des sinistres sont parfois mal expliqués. Résultat : certains assurés découvrent trop tard que leur situation n'est pas couverte comme ils l'imaginaient. Pour gagner de nouveaux clients, les compagnies d'assurance devront donc faire plus que vendre des contrats. Elles devront investir dans la pédagogie, la transparence et la proximité avec les populations.

Un marché dominé par les obligations

Le marché tchadien de l'assurance repose encore largement sur les contrats imposés par la réglementation ou exigés dans certaines activités économiques. Les entreprises, les administrations, les parcs automobiles et certains projets constituent ainsi la majeure partie de la clientèle.

À l'inverse, l'assurance individuelle volontaire reste peu développée. L'assurance-vie, l'assurance habitation ou certaines formules de santé peinent à conquérir le grand public.

Pourtant, les besoins sont réels. Dans une capitale comme N'Djamena, où les accidents de la circulation sont fréquents et où les inondations peuvent détruire des biens en quelques heures, la protection contre les risques devrait constituer un marché considérable. Le paradoxe est bien là : les risques augmentent, mais le réflexe de s'assurer ne progresse pas au même rythme.

Le numérique peut-il changer la donne ?

L'avenir du secteur pourrait passer par la digitalisation. Avec la progression de la téléphonie mobile et des services financiers numériques, les compagnies d'assurance disposent d'une opportunité inédite pour toucher une clientèle jusque-là éloignée des agences traditionnelles.

Des micro-assurances accessibles via le téléphone, assorties de cotisations modestes adaptées aux revenus informels, pourraient contribuer à démocratiser le secteur. L'objectif serait de proposer des produits simples, transparents et accessibles.

L'assurance pourrait ainsi sortir des bureaux des grandes entreprises pour entrer dans le quotidien des commerçants, des agriculteurs, des conducteurs de moto-taxis et des travailleurs du secteur informel. Mais cette transformation nécessitera aussi un cadre réglementaire renforcé, une meilleure protection des consommateurs et un véritable travail de sensibilisation.

 Un marché à conquérir

Le secteur de l'assurance au Tchad ne manque probablement pas de clients ; il manque surtout d'une relation durable avec eux. Entre faible pouvoir d'achat, méconnaissance des produits et déficit de confiance, les obstacles restent nombreux.

Pourtant, dans une économie exposée aux chocs climatiques, sanitaires et économiques, l'assurance pourrait devenir un véritable outil de stabilité financière pour les familles et les entreprises. Le défi des compagnies n'est donc plus seulement de vendre des polices d'assurance. Il est de convaincre les Tchadiens qu'une assurance ne sert pas à dépenser davantage, mais à éviter de tout perdre lorsque surgit l'imprévu.

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