Croissance 2026 : pourquoi la BAD et le FMI ne sont pas d'accord sur le Tchad
Pour les investisseurs et partenaires au développement, l'écart entre 1,7 % et 3,5 % de croissance pour 2025 n'est pas un détail — il peut influencer des décisions de financement ou d'allocation de ressources.
Quand deux des institutions les plus écoutées en matière de prévisions économiques pour l'Afrique livrent des chiffres aussi éloignés sur un même pays, la question mérite d'être posée. Selon la Note Trimestrielle Économique de l'INSEED pour le quatrième trimestre 2025, la Banque Africaine de Développement (BAD) table sur une croissance du PIB réel tchadien de 3,5 % en 2025 et 3,8 % en 2026. Le Fonds Monétaire International (FMI), dans son rapport d'avril 2025 sur les Perspectives Économiques Régionales pour l'Afrique Subsaharienne, est beaucoup plus prudent : 1,7 % pour 2025 et 3,2 % pour 2026.
Pour 2025, l'écart est considérable : la BAD prévoit une croissance deux fois plus élevée que celle anticipée par le FMI. Pour 2026, les deux institutions se rapprochent, mais un écart de 0,6 point subsiste. Comment expliquer un tel décalage entre deux organismes qui analysent pourtant la même économie ?
Des lectures différentes du même contexte
Le document de l'INSEED ne détaille pas explicitement les hypothèses sous-jacentes de chaque institution, mais il permet d'identifier plusieurs facteurs qui peuvent justifier ces divergences.
Le premier concerne le secteur pétrolier. La note souligne que la production pétrolière du Tchad pourrait baisser à la suite d'une faible reprise des investissements étrangers, pourtant nécessaires compte tenu du vieillissement des champs pétroliers, dans un contexte marqué par le rachat des actifs d'ExxonMobil par l'État tchadien. Si le FMI intègre de façon plus marquée ce risque de déclin de la production pétrolière dans son modèle, cela pourrait expliquer une partie de son pessimisme relatif pour 2025.
Le deuxième facteur est la reprise agricole. La BAD semble accorder un poids important au rebond du secteur agricole après les inondations de 2024, qui avaient pesé sur la croissance de cette année-là (le PIB réel n'avait progressé que de 3,2 % en 2024, contre 4,9 % l'année précédente). Si cette reprise se confirme pleinement dans les hypothèses de la BAD, elle pourrait expliquer une bonne partie de l'écart avec le FMI pour 2025.
Le troisième facteur tient aux risques exogènes évoqués par la note : les tarifs douaniers de 13 % imposés par les autorités américaines aux exportations tchadiennes, l'intensification possible des conflits régionaux (Soudan, Libye, Boko Haram), et la multiplication des chocs climatiques. Ces éléments de risque, présentés comme des facteurs susceptibles de peser négativement sur les performances macroéconomiques, sont probablement pondérés différemment selon l'institution et le moment où chaque prévision a été établie.
Une convergence progressive vers 2026
Ce qui frappe, c'est que l'écart entre les deux institutions se resserre nettement pour 2026 : de près de 1,8 point en 2025, il tombe à 0,6 point. Cela peut s'interpréter de deux manières. Soit les deux institutions s'accordent de plus en plus sur une trajectoire de moyen terme assez similaire — autour de 3 à 4 % — une fois les effets ponctuels de 2025 (bonne ou mauvaise récolte, ajustements pétroliers) digérés. Soit, plus simplement, l'incertitude diminue mécaniquement à mesure que l'horizon de prévision se rapproche et que davantage de données réelles sont disponibles pour caler les modèles.