Tchad : le parcours inspirant du jeune Ernest, menuisier qui façonne son destin

Un jeune diplômé en ingénierie agricole au Tchad se réinvente en menuisier, surmontant les défis de l'énergie et des matières premières, tout en formant la prochaine génération d'artisans.

Partager
Tchad : le parcours inspirant du jeune Ernest, menuisier qui façonne son destin

Par Temandang Gontran

Face à un marché de l'emploi saturé, ce diplômé en ingénierie des travaux agricoles a choisi de troquer ses cahiers pour les outils de menuiserie. Aujourd'hui à la tête de son propre atelier, baptisé "Le Réveil", il incarne une jeunesse audacieuse qui refuse la fatalité du chômage.

C’est l'histoire d'une trajectoire bousculée, mais magistralement réorientée. Diplômé en 2013 de l'Institut Agronomique de Sarh en tant qu’ingénieur des travaux agricoles, rien ne prédestinait ce jeune homme à devenir le moteur d'un atelier de menuiserie. Pourtant, après plus d'un an de recherches infructueuses et face à la dure réalité du chômage, une idée commence à germer : pourquoi ne pas créer son propre emploi et conquérir sa liberté ?

C’est ainsi qu'en 2014, armé de courage et encouragé par son entourage, il se lance dans l'artisanat. Les débuts sont modestes, faits de bric et de broc : une scie à main, un marteau, les outils rudimentaires que tout le monde connaît. Mais l'homme a de la ressource. Il observe, s'exerce et, avec l'avènement d'Internet, s'auto-forme pour perfectionner sa technique. Au fil des ans, les retours positifs des clients renforcent sa confiance. Ses bénéfices réinvestis lui permettent d'acquérir de petites machines, réduisant son temps de travail et augmentant sa rentabilité.

Un savoir-faire diversifié

Aujourd'hui, l'atelier "Le Réveil" tourne à plein régime. On y fabrique une grande variété d'articles essentiels au quotidien : des lits, des armoires, des meubles de cuisine, ainsi que des portes. Au-delà du mobilier, le jeune entrepreneur a étendu ses compétences à la charpenterie et à la pose de plafonds.

Mais sa plus grande fierté réside sans doute dans la transmission de son savoir. Plusieurs jeunes sont passés par son école. L'un d'eux a d'ailleurs déjà ouvert son propre atelier dans le quartier de Walia. Actuellement, d’autres apprentis s'activent à ses côtés, certains maîtrisant déjà les rouages du métier, tandis que d'autres poursuivent leur apprentissage avec l'espoir de s'insérer, eux aussi, dans la vie active.

Les défis du quotidien : électricité et fluctuation des prix

Le quotidien d'un chef d'entreprise au Tchad est cependant loin d'être un long fleuve tranquille. Le premier obstacle majeur reste l'accès à l'énergie. "Nous sommes dans un pays où l'accès à l'électricité n'est pas donné à tout le monde. À cela s'ajoutent les coupures intempestives qui créent des charges supplémentaires", confie-t-il.

Pour maintenir la production, l'utilisation d'un groupe électrogène est devenue indispensable, ce qui fait grimper en flèche les coûts liés au carburant et à l'entretien.

L'autre défi crucial concerne l'approvisionnement en matières premières. Le prix du bois subit de fortes fluctuations à la hausse. Une situation délicate à gérer face aux clients : "Un client qui a déjà réalisé un ouvrage chez toi à un certain montant ne comprend pas toujours que le prix augmente la fois suivante. Il peut te prendre pour une personne malhonnête alors que c’est le marché qui a changé. Il faut constamment réajuster nos prix pour s'en sortir."

Un appel à la jeunesse : « L'école ouvre l'esprit, mais le bureau n'est pas la seule issue »

Fort de son expérience, le fondateur du Réveil porte un regard lucide sur le système éducatif et l'emploi. Pour lui, si l'école est une porte essentielle qui ouvre l'esprit pour affronter la vie, elle ne doit pas enfermer les diplômés dans l'illusion que le travail de bureau est l'unique voie de secours.

Son ambition future ? Si les moyens le lui permettent, il rêve de fonder un véritable centre de formation professionnelle en menuiserie. Un lieu dédié aux jeunes, diplômés ou non, pour leur apprendre un métier en deux ou trois ans et leur offrir une véritable insertion sociale.

En attendant, il lance un message vibrant à ses pairs : « Le Tchad est un pays encore en construction. On peut très bien s'en sortir en apprenant la maçonnerie, la plomberie, la tôlerie ou la menuiserie. Il faut oublier l'idée d'attendre forcément un emploi dans son domaine de formation. Si l'accès à l'emploi est difficile, formez-vous auprès des artisans du quartier. Il y a des gens de bonne foi prêts à vous accepter. En deux ou trois ans, vous pouvez acquérir un métier et vous insérer dignement dans la vie active. »

Une leçon de résilience et d'optimisme qui montre que l'avenir s'écrit parfois à la force des poignets.