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Engrais au Tchad : ces milliards qui pourraient dynamiser l’économie nationale

Le Tchad dépend lourdement des importations d'engrais malgré un secteur agricole stratégique. En développant une filière locale, le pays espère stimuler son économie et créer des emplois.

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Engrais au Tchad : ces milliards qui pourraient dynamiser l’économie nationale

Par Idriss Abdelkerim

Au Tchad, l’agriculture représente un secteur stratégique de l’économie nationale. Selon les données disponibles, elle contribue à environ 23 % du PIB, tandis qu’une estimation récente situe sa part à 32,2 % pour l’année 2024. Ces écarts s’expliquent par les méthodes et les années de référence retenues.

Mais derrière ce potentiel agricole se cache une dépendance marquée aux intrants, notamment aux engrais. Une part importante des fertilisants utilisés par les producteurs tchadiens est importée, ce qui entraîne une fuite de capitaux vers les pays fournisseurs au lieu de stimuler l’économie nationale.

Une faible consommation d’engrais

Le paradoxe est saisissant. Alors que l’agriculture pèse lourd dans l’économie tchadienne, la consommation d’engrais reste minime. Selon les chiffres présentés en 2025 par le ministère de la Production et de l’Industrialisation agricole, elle atteignait à peine 2,5 kg par hectare.

Pourtant, le plan Tchad Connexion 2030 ambitionne de porter cette consommation à environ 18 kg par hectare, tablant sur un volume d’environ 18 000 tonnes par an. Cela représente une multiplication par 7,2, soit une hausse théorique de 620 % par rapport au niveau de 2025, illustrant l’ampleur du marché potentiel.

Pourquoi continuer à importer ce que le Tchad peut produire ?

L'importation permet de répondre rapidement aux besoins des agriculteurs en cas de déficit de la production locale. Toutefois, à long terme, une dépendance excessive fragilise la balance commerciale.

Lorsqu’un engrais est acheté à l’étranger, l’essentiel de la valeur ajoutée profite à l’extérieur. À l’inverse, une usine implantée sur le territoire permettrait de retenir des richesses locales : salaires, logistique, transformation, commerce, fiscalité et bénéfices des entreprises. C’est précisément dans cette optique que le gouvernement envisage la construction d’une unité de production et de mélange d’engrais, ainsi que d’infrastructures dédiées aux produits phytosanitaires.

 De l’engrais à la création d’emplois

La production locale pourrait structurer un véritable écosystème industriel. Une usine d’engrais mobilise une chaîne variée d'acteurs : ouvriers, techniciens, ingénieurs, transporteurs, commerçants, fournisseurs et services financiers.

Le projet ILSA, lancé en mai 2026 pour un montant de 2,9 milliards de FCFA, illustre cette volonté. Il prévoit la création de 150 micro-entreprises spécialisées dans les fertilisants biologiques, l’accompagnement de 3 000 ménages et la restauration de 1 000 hectares de terres dégradées.

 L’argent économisé pour financer le développement

L’enjeu dépasse le coût du sac d’engrais. En produisant localement, les ressources allouées aux importations resteraient dans le circuit économique national.

Une partie des revenus générés alimenterait les recettes fiscales, soutenant indirectement le financement d’infrastructures clés : routes rurales, réseaux d'irrigation, électrification, centres de stockage, écoles et structures de santé.

L’objectif affiché est d’enclencher un cercle vertueux : produire localement, créer des emplois, stimuler la production agricole, intensifier la transformation et diversifier les recettes publiques.

 Augmenter les rendements pour accroître les revenus

Le programme Tchad Connexion 2030 vise à faire passer le rendement agricole de 0,78 tonne par hectare en 2023 à 1,6 tonne par hectare, soit une hausse d’environ 105 %. L'ambition est de doubler la production globale pour atteindre l'autosuffisance alimentaire et stimuler les exportations.

Pour y parvenir, l’engrais ne constitue qu'un levier parmi d'autres. Le Tchad doit également investir dans l’irrigation, la diffusion de semences améliorées, la mécanisation et l'accès au financement.

Le défi : passer d'une économie de consommation à une économie de production

Transformer les dépenses agricoles en investissements productifs demeure le grand défi du pays. Le Tchad dispose déjà d’initiatives concrètes : en mars 2026, le gouvernement a officialisé son projet d’unité locale de production, complété par les études de faisabilité du cadre ProAGRI.

Pour N’Djamena, la question n’est plus seulement d’acquérir des engrais, mais de savoir quelle richesse le pays peut générer en les fabricant lui-même.

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