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Tchad : voulons-nous vraiment un pays nouveau avec des comportements anciens ?

Le développement du Tchad ne dépend pas seulement des infrastructures et des dirigeants. Il exige une transformation profonde des mentalités et de nos comportements citoyens au quotidien.

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Tchad : voulons-nous vraiment un pays nouveau avec des comportements anciens ?

Par Barra Lutter

Nous voulons un pays moderne, des institutions fortes, des villes propres, une administration efficace et une jeunesse pleine d’avenir. Mais sommes-nous prêts à changer les comportements qui nous empêchent d’avancer ? Cette question mérite d’être posée sans détour. Car le développement d’un pays ne repose pas uniquement sur les décisions des dirigeants. Il dépend aussi des habitudes de ceux qui le composent.

Le paradoxe d’une société qui réclame le changement

Nous dénonçons les routes dégradées, l’insalubrité, les coupures d’électricité, les difficultés d’accès à l’eau, le chômage ou encore les lenteurs administratives. Ces critiques sont souvent légitimes. Pourtant, dans le même temps, certains comportements contribuent à entretenir les problèmes que nous dénonçons.

Nous voulons des villes propres, mais nous jetons encore des déchets dans les rues. Nous réclamons des routes sûres, mais certains conducteurs refusent de respecter les règles de circulation. Nous exigeons une administration performante, tout en acceptant parfois les retards, le favoritisme ou les petits arrangements. Nous voulons le changement, mais sans toujours accepter de changer nous-mêmes.

Le développement commence par les comportements

Il est évidemment du devoir de l’État de construire des infrastructures, d’améliorer les services publics et de faire respecter la loi. Mais aucune politique publique ne peut être durable si elle ne s’accompagne pas d’une véritable transformation des mentalités.

Une ville ne devient pas propre uniquement parce qu’une mairie recrute des agents d’assainissement. Elle le devient lorsque ses habitants comprennent que la rue n’est pas une poubelle.

Une administration ne devient pas efficace uniquement parce qu’un nouveau responsable est nommé. Elle le devient lorsque chaque agent considère son travail comme une responsabilité envers le citoyen. Un pays ne devient pas juste uniquement parce qu’il possède des lois. Il devient juste lorsque chacun accepte de respecter ces lois, y compris lorsqu’elles ne servent pas ses intérêts personnels.

Le changement ne doit pas toujours venir d’en haut

Nous avons pris l’habitude d’attendre du sommet de l’État la solution à presque tous nos problèmes. Cette attente est compréhensible dans un pays où les pouvoirs publics jouent un rôle central. Mais elle ne doit pas devenir une excuse pour renoncer à notre propre responsabilité.

Le citoyen a également un rôle à jouer. Respecter les biens publics, protéger son environnement, refuser la corruption, respecter son voisin, préserver les espaces communs, travailler honnêtement, tenir ses engagements : ces gestes paraissent ordinaires. Pourtant, répétés chaque jour par des millions de personnes, ils peuvent transformer profondément une société. Le véritable changement commence souvent loin des projecteurs.

Une bataille culturelle

Construire un pays nouveau nécessite donc plus que des investissements. Il faut mener une bataille contre certaines habitudes profondément installées : le favoritisme, l’impunité, l’incivisme, la recherche permanente de raccourcis et cette tendance à considérer que les règles sont faites pour les autres.

Il faut également apprendre à valoriser le mérite, le travail, la ponctualité, la responsabilité et le respect du bien commun. L’école a un rôle majeur dans cette transformation. La famille aussi. Les médias, les associations, les autorités traditionnelles et religieuses peuvent également contribuer à transmettre une nouvelle culture citoyenne.

 Le pays que nous voulons dépend de nous

Nous ne pouvons pas réclamer des institutions modernes tout en conservant des réflexes anciens. Nous ne pouvons pas demander une société plus juste tout en tolérant l’injustice lorsqu’elle nous profite. Nous ne pouvons pas vouloir des dirigeants responsables sans exiger de nous-mêmes cette même responsabilité.

Le pays nouveau que nous appelons de nos vœux ne naîtra pas uniquement d’un programme politique ou d’un grand projet national. Il naîtra aussi de milliers de petits changements quotidiens.

Le véritable défi n’est donc pas seulement de construire un pays nouveau. C’est de devenir nous-mêmes les citoyens capables de le faire vivre.

Car une nation ne change durablement que lorsque ses infrastructures évoluent, mais surtout lorsque les mentalités suivent. Nous voulons un pays nouveau. Il est peut-être temps d’accepter que les anciens comportements ne peuvent plus être le carburant de notre avenir.

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