Grande Foire Agricole du Congo : Vers une agriculture durable et performante
La Grande Foire Agricole du Congo 2026 met l'accent sur l'agriculture durable, essentielle pour réduire la dépendance alimentaire et préserver l'environnement, selon la ministre Arlette Soudan-Nonault.
Par Mvouanzi Jonas
La deuxième édition de la Grande Foire Agricole du Congo (GFAC) a ouvert ses portes le 5 août 2026 à Bambou-Mingali, dans le département de Djoué-Lefini, sous l'autorité du président de la République. Cet événement vise à stimuler la production locale, réduire la dépendance du pays vis-à-vis des importations de denrées alimentaires de base et valoriser le potentiel du monde rural congolais.
À l'issue de la cérémonie d'ouverture, Denis Sassou-N'Guesso a visité les différents stands installés sur le site de 10 hectares. La visite a débuté par le stand des coopératives de manioc et de maïs et s'est achevée aux pavillons de l'élevage, de la pêche et de la pisciculture.
Les unités de transformation de fruits, de farine et de cosettes ont également accueilli le Chef de l'État, ainsi que les stands des quinze départements du Congo, chacun présentant des produits agricoles du terroir. Denis Sassou-N'Guesso s'est longuement entretenu avec les exposants au cours de sa visite.
Certaines structures administratives, telles que le ministère de l'Environnement, du Développement durable et du Bassin du Congo, ont également exposé à Bambou-Mingali.
Au pavillon du ministère de l'Environnement, la ministre Arlette Soudan-Nonault a défendu une conviction devenue centrale dans les politiques publiques : il n'existe plus d'agriculture performante sans agriculture durable.
« Nous sommes condamnés à travailler ensemble », a-t-elle résumé. Cette formule traduit une réalité incontournable : produire davantage ne suffit plus ; il faut aussi préserver les sols, protéger les ressources en eau, sauvegarder la biodiversité et anticiper les effets d'un climat de plus en plus imprévisible.
Pour la ministre, l'agriculture ne peut plus être pensée comme un secteur isolé. Chaque décision agricole influence directement les équilibres environnementaux. L'utilisation incontrôlée d'engrais chimiques appauvrit les terres ; les pesticides menacent la qualité des aliments et des eaux ; l'extension anarchique des exploitations fragilise les espaces forestiers et accélère l'érosion de la biodiversité.
Le ministère entend faire de cette foire un espace de pédagogie autant que de promotion économique. Son pavillon présente les principaux instruments de gouvernance environnementale : Contribution Déterminée au niveau National (CDN), stratégie nationale de réduction des risques de catastrophes, loi sur la gestion durable de l'environnement et cadre d'orientation du développement durable.
Derrière ces textes techniques se dessine une ambition plus vaste : accompagner la transition vers une agriculture capable de nourrir la population sans compromettre les ressources des générations futures.
Le changement climatique constitue désormais le fil conducteur de cette réflexion. Les calendriers agricoles traditionnels sont bouleversés par des pluies irrégulières, des épisodes de sécheresse plus fréquents et des phénomènes météorologiques extrêmes qui fragilisent les rendements. Dans ce contexte, les agriculteurs sont appelés à adapter leurs pratiques, à sélectionner des semences plus résilientes et à intégrer les recommandations issues des études d'impact environnemental et social avant tout projet de grande envergure.
La ministre insiste également sur l'approche dite « Une seule santé », qui relie l'état des écosystèmes à celui des populations. La destruction des habitats naturels et l'exploitation incontrôlée de la faune sauvage augmentent les risques de zoonoses, ces maladies transmissibles de l'animal à l'homme. Une agriculture mal encadrée devient ainsi une question non seulement économique, mais aussi sanitaire.
Le ministère rappelle que ses compétences dépassent largement la seule protection des forêts. Elles couvrent également la gestion des ressources halieutiques, des bassins de reproduction, de l'eau, des terres, de la faune et des infrastructures durables. Autant de domaines qui convergent vers une même exigence : produire sans détruire.
Au-delà des exploitants agricoles, le message s'adresse aux jeunes entrepreneurs, aux pisciculteurs, aux éleveurs, aux investisseurs, aux partenaires techniques et financiers ainsi qu'aux collectivités locales. Tous sont invités à intégrer la durabilité dans leurs projets afin que les financements agricoles deviennent aussi des investissements pour le climat.
La ministre plaide enfin pour une meilleure structuration des filières. Les difficultés de conservation des produits, les pertes post-récolte, l'absence de circuits commerciaux efficaces ou encore les problèmes de stockage demeurent des obstacles majeurs à la compétitivité de l'agriculture congolaise. La GFAC doit ainsi devenir un lieu d'écoute où producteurs, consommateurs et pouvoirs publics construisent ensemble des solutions concrètes.