Internet mobile au Tchad : l'urgence de combler la fracture numérique à l'ère de la 5G
Malgré des millions de cartes SIM actives, le Tchad accuse un retard prononcé en matière d'internet mobile, pénalisé par des coûts élevés et des infrastructures insuffisantes qui freinent son développement économique.
Par Barra Lutter
À l’heure où le monde accélère à la vitesse de la 5G, le Tchad avance encore à petits pas dans la révolution numérique. Avec une vitesse moyenne de téléchargement d’environ 20,3 Mb/s au premier trimestre 2025, le pays reste loin derrière les standards africains, sans parler des leaders mondiaux. Ce retard, bien plus qu’un simple indicateur technique, traduit une fracture numérique profonde qui freine le développement économique, éducatif et social.
Car au-delà de la vitesse, c’est toute la question de l’accès qui se pose. Avec un taux de pénétration oscillant entre 13,2 % et 18 % de la population, l’internet reste un privilège réservé à une minorité. Pourtant, le pays compte près de 14,5 millions de connexions mobiles actives. Un paradoxe apparent : beaucoup de cartes SIM, mais peu d’internautes réels, estimés à seulement 2,74 millions. Cela révèle une réalité simple : être connecté au réseau téléphonique ne signifie pas être connecté au monde numérique.
Dans ce contexte, les usages restent limités et souvent concentrés sur les réseaux sociaux, avec une popularité marquée pour TikTok. Mais peut-on bâtir une économie numérique solide sur une consommation essentiellement récréative d’internet ? La réponse est non. Le numérique ne peut devenir un levier de transformation que s’il est accessible, rapide et abordable.
Or, c’est précisément là que le bât blesse. Au Tchad, l’internet est encore perçu comme un luxe. Le coût des données mobiles dépasse souvent 5 % du revenu mensuel pour seulement 2 Go. Una charge trop lourde pour une majorité de la population. À ce prix, se connecter devient un arbitrage, parfois au détriment de besoins essentiels. Cette cherté limite non seulement l’accès, mais aussi l’intensité d’usage : on se connecte moins longtemps, on télécharge moins, on apprend moins.
Pendant ce temps, d’autres pays africains avancent à grande vitesse. Le déploiement de la 4G, voire de la 5G, transforme les économies, favorise l’émergence de startups, facilite l’accès à l’éducation en ligne et modernise les services publics. Le Tchad, lui, risque de rester spectateur de cette mutation s’il ne change pas de cap.
Alors, comment sortir de cette impasse ?
D’abord, il est urgent d’investir massivement dans les infrastructures. Sans réseau fiable et étendu, aucune amélioration durable n’est possible. Cela implique de renforcer la couverture 4G, d’améliorer la qualité du réseau existant et de préparer progressivement l’arrivée de la 5G. Mais ces investissements ne peuvent reposer uniquement sur les opérateurs privés. L’État doit jouer un rôle moteur, en créant un cadre incitatif et stable.
Ensuite, la question du coût doit être au cœur des réformes. Réduire les taxes sur les équipements et les services numériques, encourager la concurrence entre opérateurs et mettre en place des politiques tarifaires sociales pourraient rendre l’internet plus accessible. L’objectif doit être clair : faire de l’internet un bien de première nécessité, et non un produit de luxe.
Par ailleurs, il est essentiel de développer les compétences numériques. L’accès à internet ne suffit pas ; encore faut-il savoir l’utiliser de manière productive. Former les jeunes, intégrer le numérique dans les programmes éducatifs et soutenir l’entrepreneuriat digital sont des leviers indispensables pour transformer l’accès en opportunité.
Enfin, il faut une vision politique forte. Le numérique ne doit plus être considéré comme un secteur secondaire, mais comme un pôle stratégique du développement national. Sans cela, le Tchad continuera de courir derrière un train déjà lancé à grande vitesse.
Le retard numérique n’est pas une fatalité. Mais le temps presse. Car dans un monde où la compétitivité se mesure aussi en mégabits par seconde, rester en bas du classement, c’est prendre le risque de rester en marge de l’histoire.