Le Tchad, élève modèle de la CEMAC malgré la tempête mondiale
Le Tchad, en comparaison, semble avoir entamé — ou être en train d'entamer — un mouvement de diversification qui, sans être achevé, lui permet d'amortir partiellement les chocs liés à la baisse des prix du pétrole.
Dans un contexte économique mondial marqué par des tensions commerciales, des incertitudes géopolitiques et une volatilité persistante des cours des matières premières, la zone CEMAC affiche, au quatrième trimestre 2025, une résilience que peu auraient anticipée il y a quelques années. Le Fonds Monétaire International a même révisé à la hausse ses prévisions de croissance pour la région, l'estimant désormais à 2,8 % pour l'année 2025. Mais derrière cette moyenne régionale se cache une réalité bien plus contrastée, et le Tchad y occupe une place qui mérite d'être soulignée.
Un classement régional qui surprend
Selon la Note Trimestrielle Économique de l'INSEED, les performances de croissance pour 2025 varient considérablement d'un pays à l'autre au sein de la CEMAC. Le Cameroun arrive en tête avec 3,8 %, suivi de près par le Tchad à 3,3 %. Le Gabon, lui, ne dépasse pas 1,9 %, tandis que la Guinée équatoriale traverse une véritable contraction de son PIB réel, estimée à -1,6 %.
Ce classement a quelque chose de contre-intuitif. La Guinée équatoriale et le Gabon sont historiquement des économies pétrolières plus établies, avec des niveaux de revenu par habitant supérieurs à ceux du Tchad. Pourtant, ce sont elles qui souffrent le plus dans le contexte actuel, tandis que le Tchad — pays confronté à une instabilité sécuritaire régionale considérable, à l'afflux massif de réfugiés soudanais et à une production pétrolière vieillissante — parvient à se maintenir dans le haut du tableau.
Les leviers d'une performance tchadienne
Plusieurs éléments de la note permettent de comprendre cette relative bonne tenue de l'économie tchadienne. D'abord, la diversification du tissu productif semble porter ses fruits : au quatrième trimestre 2025, la production industrielle tchadienne affiche une hausse globale de 7,3 %, portée notamment par une croissance de 17 % de l'industrie manufacturière et de 6,5 % des industries extractives hors pétrole. Cette dynamique contraste avec le ralentissement observé dans l'industrie pétrolière (-16,4 %) et dans la production d'eau, d'électricité et de gaz (-21,6 %), suggérant qu'une partie de l'économie tchadienne commence à se développer indépendamment de la rente pétrolière traditionnelle.
Ensuite, le secteur agricole est identifié comme un moteur clé de la croissance pour 2025, après une année 2024 pénalisée par des inondations qui avaient fait chuter la croissance globale à 3,2 % (contre 4,9 % l'année précédente). La reprise agricole anticipée pour 2025 explique en partie l'optimisme relatif des prévisions de croissance, tout en contribuant à faire baisser les pressions inflationnistes — l'inflation pourrait passer de 5,7 % en 2025 à 3,9 % en 2026 selon les projections citées dans la note.
Enfin, la situation des finances publiques s'est légèrement améliorée : le déficit budgétaire s'est réduit à 1,2 % du PIB en 2024, contre 1,8 % en 2023, malgré des pressions importantes liées à la défense, à la sécurité et à l'accueil des réfugiés. Cette maîtrise relative des dépenses courantes, dans un contexte aussi difficile, témoigne d'une certaine discipline budgétaire qui contribue probablement à la confiance des institutions internationales envers la trajectoire tchadienne.