Le Tchad face à des défis industriels majeurs selon l'IIA 2025

Le Tchad figure parmi les économies les moins industrialisées d'Afrique, selon l'Indice de l'industrialisation en Afrique 2025, affichant un score de 0,4374 en 2024 et une régression sur 15 ans.

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Le Tchad face à des défis industriels majeurs selon l'IIA 2025

Une position préoccupante pour le Tchad dans l'Indice de l'industrialisation en Afrique 2025

Selon l'Indice de l'industrialisation en Afrique 2025 (IIA 2025), publié par la Banque africaine de développement, le Tchad figure parmi les économies les moins industrialisées du continent africain. Classé dans le quintile inférieur, le pays affiche un score global de 0,4374 en 2024, contre 0,4427 en 2010, ce qui représente non seulement un niveau de développement industriel très faible, mais aussi une légère régression sur la période de référence de quinze ans.

Une trajectoire préoccupante

Entre 2010 et 2024, le Tchad n'a pas réussi à améliorer substantiellement sa position relative dans l'indice. Avec un recul de six places dans le classement général sur la période considérée, il fait partie des pays ayant connu l'une des plus importantes régressions, aux côtés de la Libye, du Lesotho et du Botswana.

Cette stagnation est particulièrement visible dans la dimension « Performance », qui mesure la capacité d'un pays à produire et exporter des biens manufacturés. Le Tchad y enregistre l'un des scores les plus faibles de tout le continent, soit 0,1991 en 2024, en léger recul par rapport à 0,2650 en 2010. Cette dimension reflète des lacunes profondes en matière de capacité productive, de sophistication des exportations et de diversification industrielle.

Les trois dimensions à la loupe

L'IIA 2025 évalue les pays selon trois axes complémentaires :

- Performance industrielle : Le talon d'Achille du Tchad. Le pays se classe parmi les derniers du continent sur cet indicateur, témoignant d'une économie encore très peu transformatrice, massivement dépendante des matières premières et exposée aux chocs exogènes, notamment les fluctuations des cours du pétrole.

- Déterminants directs : Incluant l'investissement privé, l'accès au crédit, les stocks d'investissements directs étrangers, le niveau d'éducation et le développement des infrastructures, ces facteurs placent le Tchad dans le quintile intermédiaire inférieur, avec un score de 0,6113 en 2024. Bien que ce résultat soit plus encourageant que pour la performance pure, il reste révélateur de l'insuffisance des capitaux mobilisés et de la faiblesse du capital humain disponible pour soutenir une industrialisation durable.

- Déterminants indirects : Mesurant la stabilité macroéconomique et le climat des affaires, cette dimension est paradoxalement la mieux notée du Tchad avec un score de 0,8044 en 2024. Ce résultat, qui peut surprendre, s'explique en partie par certains indicateurs de gouvernance et de stabilité relative, même si la situation sécuritaire et institutionnelle du pays reste fragile.

 Le Tchad dans son contexte régional

Au niveau de l'Afrique centrale, le Tchad figure parmi les économies les moins bien classées de sa sous-région, loin derrière le Gabon (0,6021), la République du Congo (0,5547), la République démocratique du Congo (0,5987) et le Cameroun (0,5547). L'Afrique centrale affiche dans son ensemble un score moyen de 0,5163 en 2024, soit un niveau significativement supérieur à celui du Tchad, soulignant le retard structurel de ce dernier au sein même de sa région.

 Les obstacles structurels à l'industrialisation

Plusieurs facteurs expliquent les difficultés persistantes du Tchad à s'engager dans une trajectoire d'industrialisation solide :

- Enclavement géographique : Qui renchérit considérablement les coûts du commerce et limite l'accès aux marchés régionaux et internationaux.
- Fragilité politique et sécuritaire** : Qui décourage les investissements productifs étrangers et locaux.
- Faiblesse des infrastructures** : De transport, d'énergie et de télécommunications, indispensables à tout développement industriel.
- Dépendance excessive aux exportations de pétrole brut** : Qui concentre la richesse nationale sur un seul secteur extractif, sans transformation locale de valeur ajoutée.
- Déficits en capital humain** : Liés à des systèmes d'éducation et de formation professionnelle insuffisamment adaptés aux besoins industriels.

 Les perspectives et recommandations

Le rapport IIA 2025 rappelle que pour des pays comme le Tchad, la priorité devrait être d'agir simultanément sur les trois dimensions de l'indice afin d'obtenir une amélioration sensible du score global. En particulier, l'intégration dans les chaînes de valeur régionales, facilitée par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), pourrait offrir une opportunité de repositionnement. Le Tchad pourrait notamment tirer parti de la valorisation de ses ressources agricoles et minières à travers des filières de transformation locales, plutôt que de continuer à exporter des matières premières brutes.

Le développement de corridors économiques régionaux, le renforcement des zones économiques spéciales et l'amélioration du climat des affaires constituent autant de leviers que le rapport identifie comme prioritaires pour des économies dans cette situation.

Avec un score de 0,4374 et une place dans le quintile inférieur du classement africain, le Tchad illustre les défis immenses que représente l'industrialisation pour les pays enclavés, fragiles et fortement dépendants des ressources naturelles. Le rapport IIA 2025 rappelle que la décennie à venir sera décisive : les choix politiques, les investissements consentis et la coopération régionale engagée aujourd'hui détermineront si ces économies parviennent à enclencher une véritable transformation structurelle.