Les femmes du commerce informel : piliers méconnus de l'économie tchadienne
Au Tchad, les femmes du commerce informel soutiennent l'économie locale malgré des défis majeurs, tels que l'absence de soutien institutionnel et l'accès limité au crédit.
Par Katchibé MapagnDans les rues de N'Djamena et dans plusieurs villes du Tchad, des milliers de femmes vivent au rythme du petit commerce informel. Vente de légumes, de fruits, de repas, de pagnes ou de produits divers : ce secteur constitue pour beaucoup d'entre elles la principale source de revenus et un véritable moyen de survie.
Selon plusieurs estimations locales, une grande partie des femmes actives dans les zones urbaines évoluent dans l'économie informelle. Elles ne disposent pas toujours d'un statut officiel, mais leur présence est visible partout : marchés, abords des routes, quartiers populaires ou devant les concessions.
Pour ces femmes, le petit commerce est souvent la seule alternative face au chômage et à la précarité. Beaucoup ont commencé cette activité après un divorce, le décès du conjoint ou faute d'opportunités professionnelles.
« Je vends des légumes au marché pour nourrir mes enfants. Parfois je gagne un peu, parfois rien du tout », confie Amina, commerçante rencontrée au marché de Dembé.
Mais cette activité reste fragile et dépend fortement des conditions économiques du moment. Les femmes du secteur informel font face à de nombreux obstacles. Parmi les plus fréquents figurent des taxes jugées élevées ou multiples, parfois prélevées par différents acteurs, ce qui réduit considérablement leurs bénéfices.
À cela s'ajoutent des problèmes de sécurité vols, agressions, conflits dans les marchés, ainsi qu'une concurrence rude. La multiplication des vendeuses proposant des produits similaires entraîne mécaniquement une baisse des revenus.
L'un des principaux défis reste l'accès au financement. Très peu de femmes commerçantes peuvent obtenir des crédits bancaires, faute de garanties ou de formalisation de leurs activités. Elles se tournent donc vers des systèmes informels d'épargne ou d'entraide communautaire pour développer leurs petites activités.
Malgré leur rôle important dans l'économie locale, ces activités restent peu structurées et rarement reconnues officiellement. L'économie informelle représente pourtant une part essentielle de la survie de nombreuses familles.
Les autorités évoquent régulièrement des programmes d'encadrement et de formalisation, mais sur le terrain, beaucoup de commerçantes disent ne pas encore en ressentir les effets.
Entre résilience et précarité, les femmes du commerce informel jouent un rôle clé dans l'économie urbaine au Tchad. Leur activité fait vivre des milliers de familles, mais reste confrontée à de nombreux défis : manque de soutien institutionnel, difficultés d'accès au crédit et absence de protection sociale.