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Logement : à N’Djamena, le loyer met les jeunes ménages à genoux

À N’Djamena, trouver un logement décent pèse lourdement sur le budget des jeunes ménages. Entre loyers élevés, charges et éloignement, se loger est devenu une épreuve financière.

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Logement : à N’Djamena, le loyer met les jeunes ménages à genoux

Par Barra Lutter

Trouver un logement décent sans sacrifier une grande partie de ses revenus est devenu un véritable défi dans la capitale tchadienne. Pour un appartement de deux chambres, les loyers oscillent désormais, selon les quartiers et le niveau de confort, entre 50 000 et 100 000 francs CFA par mois. Une fourchette qui peut sembler abordable sur le papier, mais qui devient lourde lorsque s’y ajoutent la caution, l’avance, l’eau, l’électricité et les frais de transport. Pour les jeunes ménages, se loger est progressivement devenu une épreuve financière.

Deux chambres, plusieurs mois de salaire

Dans plusieurs quartiers de la capitale, le même scénario se répète. Les jeunes couples visitent plusieurs maisons avant de trouver un logement correspondant à leur budget. Une habitation de deux chambres peut se négocier autour de 60 000 francs CFA, mais les logements mieux situés ou mieux équipés peuvent atteindre 100 000, voire 150 000 francs CFA mensuels.

Pour un jeune salarié, la question ne se limite pourtant pas au montant du loyer. Il faut souvent réunir plusieurs mois d'avance, payer une caution et prendre en charge les dépenses liées à l'installation.

Un logement à 100 000 francs CFA peut ainsi représenter une charge considérable pour un ménage dont les revenus mensuels sont modestes. Une fois le loyer payé, il faut encore financer l'alimentation, le transport, l'électricité, l'eau, les soins et parfois la scolarité des enfants. Le logement devient alors le premier poste qui étouffe le budget familial.

La périphérie comme dernier refuge

Face aux prix pratiqués dans certains quartiers, les jeunes ménages sont contraints de s'éloigner du centre-ville. La périphérie apparaît comme une solution moins coûteuse, mais elle a son propre prix : distance, routes difficiles, transport plus cher et accès parfois limité aux services essentiels.

Le calcul est vite fait. Payer son logement moins cher mais dépenser davantage pour se rendre au travail peut finalement annuler une partie des économies réalisées sur le loyer.

À N’Djamena, le problème du logement est donc indissociable de celui de l'aménagement urbain. Une politique qui construit des maisons sans penser aux routes, aux transports, à l'eau, à l'électricité et à l'assainissement risque simplement de déplacer le problème.

L'Afrique cherche des solutions

D'autres pays africains ont commencé à expérimenter des politiques différentes. Au Rwanda, les autorités ont cherché à associer État, banques et promoteurs privés afin d'augmenter l'offre de logements abordables et de faciliter l'accès au financement.

Le Maroc, de son côté, a développé des mécanismes d'aide destinés à faciliter l'accession des ménages à la propriété, notamment pour les catégories qui rencontrent des difficultés à accéder au marché immobilier classique.

Ces expériences montrent qu'une politique du logement ne consiste pas seulement à construire des immeubles. Il faut également agir sur le foncier, le crédit, les infrastructures et le pouvoir d'achat.

Et si le Tchad aidait d'abord les jeunes ménages ?

À N’Djamena, une politique ambitieuse pourrait commencer par la création de zones d'habitat viabilisées, avec des parcelles accessibles et des équipements de base. L'État pourrait également mettre en place des mécanismes de garantie permettant aux jeunes travailleurs d'obtenir plus facilement des crédits immobiliers.

Des partenariats avec les promoteurs privés pourraient favoriser la construction de logements à loyers modérés. Pourquoi ne pas également expérimenter un système de location-accession permettant à un ménage de devenir progressivement propriétaire de son logement ?

Car avec des loyers allant de 50 000 à 100 000 francs CFA pour deux chambres, la marge de manœuvre des jeunes ménages se réduit dangereusement.

Le logement n'est pas seulement constitué de quatre murs et d'un toit. C'est le point de départ d'une vie familiale, d'une stabilité professionnelle et d'un avenir pour les enfants. À N’Djamena, la vraie question n'est donc plus seulement « où habiter ? », mais « combien faut-il sacrifier pour pouvoir habiter ? ».

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