Marchés en détresse à N’Djamena : l'insalubrité, un péril ignoré par ceux qui l'alimentent
Les marchés de Ndjamena deviennent impraticables et insalubres avec la saison des pluies, soulevant des questions sur la responsabilité individuelle et municipale face à cette crise sanitaire.
Par Temandang Gontran
La scène est devenue tristement familière dans les marchés : avec l’arrivée de la saison des pluies, les espaces de vente se transforment en zones boueuses où les déchets ménagers stagnent dans des eaux souillées. Une situation invivable qui soulève une question fondamentale : jusqu’où va la responsabilité individuelle face à la santé publique ?
Un milieu de vie devenu hostile
En cette saison pluvieuse, circuler dans certains marchés du 7e arrondissement de Ndjamena relève du parcours du combattant. Les clients se frayent un chemin difficilement, enjambant des morceaux de planches, des briques ou des amas de déchets pour éviter de poser le pied dans des eaux stagnantes et nauséabondes. L'odeur âcre qui se dégage de ces lieux n'est pas seulement une nuisance olfactive ; elle est le signe d'une menace sanitaire permanente. Les mouches, vecteurs de maladies, font la navette incessante entre ces foyers infectieux et les produits alimentaires exposés à l'air libre.
L’aménagement, une priorité reléguée au second plan
Face à ce constat, une interrogation persiste : pourquoi les commerçants et vendeurs, premiers occupants de ces espaces, ne s'organisent-ils pas pour améliorer leur cadre de travail ? Pourtant, des solutions simples existent. Une mise en commun des ressources, sous forme de cotisations pour l'achat de remblais ou la création de voies de drainage, permettrait de pallier les inondations récurrentes. Pourtant, cet élan de solidarité semble faire défaut. Est-ce là le signe d'un manque de conscience des risques, ou une forme de négligence coupable ? Cette passivité, au regard des enjeux de santé, est difficilement justifiable.
Le mirage de la responsabilité unique de la mairie
Au cœur du problème se trouve également la gestion des ordures. Dans de nombreuses zones, la notion de bac à ordures est inexistante. Chaque vendeur, une fois sa journée terminée, se débarrasse de ses déchets au gré du vent, attendant que, par miracle, la mairie vienne nettoyer derrière lui.
Mais peut-on exiger de la municipalité qu'elle se substitue au civisme individuel ? Si l'autorité locale a sans conteste un rôle majeur dans l'entretien des infrastructures urbaines, elle ne saurait être tenue pour seule responsable de l'indiscipline de ceux qui, au quotidien, salissent leur propre lieu d'activité. Il suffit de faire un tour dans certains quartiers du 7e arrondissement de Ndjamena où se trouvent les marchés pour se rendre à l'évidence.