N'Djamena : Le déversement des eaux usées sur la voie publique, un fléau pour l'hygiène et la santé
À N'Djamena, le rejet anarchique des eaux usées sur la voie publique menace l'hygiène et la santé, créant des nuisances et des risques sanitaires majeurs dans plusieurs quartiers.
Par Temandang Gontran
À N'Djamena, le rejet anarchique des eaux de toilette sur la voie publique est devenu le quotidien de nombreux quartiers. Ce comportement incivique, en plus de salir le passage, crée une pollution environnementale et un risque sanitaire majeur.
Un tour dans certains quartiers de la capitale, notamment dans les 7e et 8e arrondissements, suffit pour se rendre à l'évidence. Des tuyaux de drainage, discrètement installés à partir des douches et profitant d'une pente inclinée, évacuent directement les eaux sales vers l'extérieur. Pour masquer ces installations de fortune et échapper aux regards, certains propriétaires n'hésitent pas à les recouvrir de vieilles tôles ou de planches.
Odeurs nauséabondes et prolifération de moustiques
Ce manque d'assainissement engendre des nuisances insupportables pour les riverains et les passants. Ces eaux stagnantes dégagent une odeur âcre et étouffante, tout en devenant de véritables nids à moustiques, augmentant ainsi les risques de paludisme et d'autres maladies hydriques.
Parfois, certains habitants tentent de curer ces rigoles improvisées en pleine journée. Une initiative qui, loin de régler le problème, déplace la pollution et indispose davantage le voisinage à cause des émanations.
« Il faut qu'une solution soit trouvée concernant ces individus qui, par leurs eaux usées, gênent le passage et polluent notre quotidien », se lamente Eliazer, un habitant excédé.
Ces comportements inciviques freinent considérablement les efforts de la municipalité en matière d'hygiène urbaine. Face à cette situation qui perdure, un appel à la prise de conscience collective et à une intervention plus stricte des autorités communales s'avère indispensable pour redonner à ces quartiers un cadre de vie sain.
Des chiffres inquiétants
Seulement 10 à 17 % de la population a accès à un assainissement de base. Près de 68 % pratiquent la défécation à l’air libre (ou équivalent via rejets sauvages). le coût économique estimé est d'environ 156 millions USD par an en pertes de productivité, soins et mortalité liées aux maladies hydriques.
À N’Djamena, la ville a explosé démographiquement (de ~531 000 habitants en 1993 à plus de 1,2 million aujourd’hui). Les quartiers périphériques (notamment 7e et 8e arrondissements) ont été urbanisés sans réseaux d’assainissement adéquats. Beaucoup de ménages évacuent les eaux usées via tuyaux improvisés vers la rue.
À titre d'exemple, le Projet Eau & Assainissement à N’Djamena (PEAN, soutenu par AFD/UE) a bénéficié à 20 000 habitants des 7e et 8e arrondissements via des latrines familiales (914 construites), bornes fontaines et drainage. Mais l’impact reste limité face à la croissance urbaine. Des chantiers de drainage abandonnés (ex. à Zafaye, 8e) se transforment en bassins insalubres.
D'intenses efforts communaux
Ce comportement n’est pas seulement individuel : il résulte d’un déficit structurel massif. La ville manque de réseaux collectifs d’assainissement (presque inexistants), de stations d’épuration fonctionnelles et de collecte efficace des eaux usées. La croissance rapide et l’exode rural aggravent tout. Pourtant, des textes existent (arrêtés municipaux obligeant latrines et interdisant rejets sauvages), mais ils sont peu appliqués faute de sensibilisation, de sanctions et de moyens. Les efforts de la municipalité (curages, forums sur l’assainissement en 2025) sont positifs mais insuffisants sans une vraie prise de conscience collective et des investissements massifs.