Rentrée scolaire à N'Djamena : le poids insoutenable des dépenses et le piège de la débrouille
À N'Djamena, la flambée des coûts de la rentrée scolaire asphyxie les familles. Entre frais exorbitants et retards de salaires, nombre d'enfants se retrouvent contraints de travailler pour financer leur scolarité.
Par Katchibé Mapagne
À quelques semaines de la rentrée, la même angoisse étreint les familles de Diguel, Walia, Amtoukoui, Gassi, Abena, Farcha, Koundoul et Chagoua.
D’après nos relevés effectués cette semaine au Marché Central et au marché de Dembé, le coût moyen de la scolarité pour un seul enfant a explosé.
Dans le secteur public, alors que les frais d'inscription et de cotisation APE fixés par la FENAPET oscillent théoriquement entre 1 500 et 6 000 FCFA selon le milieu et le cycle, la réalité du terrain est tout autre. Les familles rapportent débourser entre 2 500 et 7 500 FCFA à cause de frais annexes et de cotisations exceptionnelles. À cela s’ajoutent 25 000 à 45 000 FCFA de fournitures complètes (cahiers, stylos, sac) et 8 000 à 15 000 FCFA pour l’uniforme kaki et les chaussures de l'élève. Le strict minimum requis s'élève ainsi rapidement à plusieurs dizaines de milliers de francs.
Pour une école privée, la facture double, voire triple : il faut compter 75 000, 90 000 ou jusqu'à 200 000 FCFA rien que pour l’inscription, hors fournitures. Pour un foyer comptant trois enfants, la rentrée peut donc engloutir l’intégralité d’un salaire moyen de fonctionnaire.
Pour beaucoup, la responsabilité financière reste traditionnellement assignée au père. Le Code des personnes et de la famille au Tchad est pourtant clair : l’entretien des enfants incombe aux deux parents, bien que la loi accorde une priorité au père.
Sur le terrain, la gestion des revenus du ménage demeure toutefois problématique.
« Normalement, le salaire d’août devrait servir à préparer la rentrée des enfants », confie Aché, habitante de Diguel. « Mais certains parents, surtout des hommes, dépensent tout dans les sorties, les boissons ou les mariages, et à la fin, ils disent qu'il n'y a pas d'argent pour l'école. Il faut anticiper dès juin. »
Un point de vue que nuance Moussa, chauffeur de taxi-clando et père de quatre enfants : « On nous accuse, mais tout a augmenté. L’État lui-même paie parfois le salaire d’août en septembre. Comment peut-on préparer la rentrée à temps ? On fait ce qu’on peut. »
Quand les enfants financent leur propre scolarité
Lorsque les parents ne peuvent plus assumer leurs obligations, ce sont parfois les enfants qui prennent le relais. C’est l’autre visage douloureux de la rentrée à N’Djamena.
Dans les rues, aux ronds-points de Dembé ou aux feux de Goudji, ils sont de plus en plus nombreux, âgés de 13 à 15 ans, une cuvette en plastique ou un plateau sur la tête, à proposer de l'eau glacée, des arachides, des beignets ou des mouchoirs.
Rencontré au rond-point Hamama, Idriss, 14 ans, en classe de 5e, vend des sachets d’eau depuis juillet : « Chaque semaine, je dois donner 3 000 francs à ma mère pour ma réinscription. Si je ne vends pas, je ne rentre pas à l’école. Le soir, j’ai mal à la tête à cause du soleil, mais je n’ai pas le choix. »
Cette pratique, si elle témoigne d'un grand courage, flirte dangereusement avec le travail des enfants et expose ces adolescents au décrochage scolaire, aux accidents de la circulation ainsi qu'à l’exploitation.
La structure des foyers a elle aussi profondément évolué. Avec la multiplication des séparations, des divorces et des décès, les familles monoparentales se multiplient.
« Depuis mon divorce, je suis seule. Je fais une tontine de 5 000 francs par mois depuis le mois d’avril pour ne pas être prise au dépourvu », témoigne Fatimé, vendeuse de légumes à Amtoukoui et mère de deux filles. « Je ne compte plus sur personne. Si j’attends leur père, mes filles resteront à la maison. »
Au-delà du débat sur l'attribution des charges financières, tous les parents interrogés s’accordent sur un point : la rentrée scolaire ne doit plus être gérée dans l’urgence. Elle doit devenir une priorité budgétaire nationale et familiale, planifiée et partagée selon les moyens de chacun.
Car derrière la facture, c’est l’avenir de la jeunesse qui se joue. Et à N’Djamena, il se paie parfois au prix fort, sous un soleil de plomb, avec un plateau sur la tête.