Réseaux sociaux au Tchad : quand TikTok, WhatsApp et Facebook deviennent le terrain des rumeurs et des insultes
Au Tchad, TikTok, WhatsApp et Facebook s'imposent dans le quotidien mais véhiculent leur lot de rumeurs et d'insultes, éclipsant le formidable potentiel économique des plateformes.
À N'Djamena comme dans plusieurs villes du Tchad, les réseaux sociaux occupent désormais une place centrale dans la vie quotidienne. TikTok, WhatsApp et Facebook sont devenus de véritables vecteurs de communication, d’information et de divertissement. Mais derrière cette révolution numérique se cache une autre réalité : la multiplication des fausses informations, des insultes, des diffamations et des messages susceptibles de provoquer des tensions au sein de la société.
Une simple publication peut aujourd’hui faire le tour de la capitale en quelques minutes. « Monsieur X est mort », « Madame Z est devenue ministre », « telle personnalité a été arrêtée »… Des informations parfois totalement infondées sont partagées dans des groupes WhatsApp ou publiées sur Facebook et TikTok sans aucune vérification préalable.
Le phénomène est particulièrement préoccupant chez certains jeunes qui utilisent l’anonymat ou de faux comptes pour insulter, humilier ou attaquer d’autres personnes. Derrière un écran, certains se sentent libres de tenir des propos qu’ils n’oseraient probablement pas prononcer en face à face.
Plus grave encore, certaines publications instrumentalisent les appartenances communautaires, ethniques ou régionales. Une vidéo sortie de son contexte, une fausse accusation ou un commentaire provocateur peut rapidement alimenter la méfiance et créer des tensions.
Quand les réseaux sociaux deviennent un levier économique ailleurs
Pourtant, les réseaux sociaux ne sont pas néfastes en soi. Dans plusieurs pays, ils constituent de véritables outils économiques. Des entrepreneurs y présentent leurs produits, font de la publicité, développent leurs entreprises, vendent en ligne et organisent la livraison directement au domicile des clients.
Des jeunes utilisent également ces plateformes pour développer leurs talents, apprendre de nouveaux métiers, créer du contenu, trouver des clients et générer des revenus.
Au Tchad, cette utilisation économique existe, mais elle reste largement sous-exploitée. Sur certaines plateformes, notamment TikTok, une partie des contenus les plus visibles se résume parfois à des démonstrations de superficialité, des soirées, des provocations, des insultes ou des querelles stériles entre internautes.
Et si nous changions notre façon d'utiliser Internet ?
Le véritable défi n’est donc pas de condamner les réseaux sociaux, mais d’apprendre à mieux les utiliser. Pourquoi ne pas transformer TikTok en vitrine pour nos artisans ? Pourquoi ne pas utiliser Facebook pour vendre les produits fabriqués au Tchad ? Pourquoi ne pas faire de WhatsApp un outil pour structurer les petits commerces, promouvoir les restaurants, les couturiers, les agriculteurs, les artistes et les entrepreneurs ?
Internet peut être le miroir de nos travers, mais il peut aussi devenir un moteur pour notre économie.
Le Tchad dispose d’une jeunesse nombreuse et connectée. Cette dernière a la capacité de faire des réseaux sociaux un espace de créativité, de formation, de commerce et de promotion de la culture nationale.
La question mérite d’être posée : allons-nous continuer à utiliser Internet pour propager des rumeurs et nous invectiver derrière nos écrans, ou allons-nous enfin en faire un véritable outil de développement ?
Car si une publication peut détruire une réputation en quelques secondes, une bonne idée, elle aussi, peut changer une vie.