Résilience au marché d'Abena : le quotidien d'un vendeur de volaille
Rencontre avec Narbé Béranger, délégué des vendeurs de volaille au marché d'Abena, qui partage les défis climatiques et économiques de son métier essentiel à l'économie locale.
Par Temandang Gontran
Dans l'effervescence du marché d'Abena, dans le 7e arrondissement de Ndjamena le commerce de volaille fait vivre de nombreuses familles. Rencontre avec Monsieur Narbé Béranger, dit « Doug », délégué des vendeurs de poulets, qui nous confie les réalités, les défis et les espoirs d'un métier au cœur de l'économie locale.
Il est une voix bien connue au marché d'Abena. Monsieur Narbé Béranger, que tout le monde appelle affectueusement « Doug », y officie en tant que délégué des vendeurs de volaille. Pour lui, ce commerce est bien plus qu'une simple activité : c'est un pilier de subsistance qui lui permet de nourrir sa famille, de payer son loyer et d'assurer la scolarité de ses enfants.
Face aux caprices du climat et du calendrier
Le quotidien d'un vendeur de poulets n'est pas de tout repos, et le premier défi est souvent climatique. Paradoxalement, c'est la période de transition allant de février à mars marquée par des vagues de fraîcheur qui s'avère la plus redoutable pour l'activité. Durant ces mois, la mortalité au sein du cheptel de volailles grimpe en flèche. « En ce moment, nous sommes en pleine chaleur, mais c'est encore mieux géré par rapport à la période de fraîcheur », explique le délégué, soulignant la résilience dont doivent faire preuve les commerçants face aux pertes.
Au-delà du climat, le portefeuille des clients dicte le rythme des affaires. Doug confie que le milieu du mois, entre le 15 et le 16, correspond à la période la plus critique : « C'est difficile pour nous quand il n'y a pas de marché. » En revanche, l'horizon s'éclaircit dès le 21 ou le 24 du mois, à l'approche des salaires, où l'activité reprend son envol.
Une grille tarifaire flexible et une entente cordiale
Sur les étals, les prix s'adaptent à toutes les bourses et à la taille de la volaille : les poulets de taille moyenne se négocient entre 3 000, 3 200 et 3 500 FCFA ; les gros poulets commencent à 4 000 FCFA et peuvent atteindre 5 000 FCFA pour les plus belles pièces.
Malgré les fluctuations économiques, Doug se réjouit de la relation de confiance qu'il entretient avec sa clientèle. « On se comprend avec les clients, il n'y a pas de problème », affirme-t-il avec le sourire.
Pour s'approvisionner, le marché d'Abena s'appuie sur un réseau bien rodé de fournisseurs qui livrent la marchandise en gros. Les vendeurs achètent ainsi des lots de 100 à 200 poulets, ou adaptent leurs commandes à hauteur de 40 ou 50 unités selon leurs capacités financières du moment.
Le commerce comme alternative au chômage : un appel à la jeunesse
Fort de son expérience, Narbé Béranger lance un message fort à l'endroit de ceux qui attendent désespérément un emploi de bureau, les bras croisés :
« On sait que tout le monde ne peut pas travailler dans les bureaux, mais il faut quand même se débrouiller avec le commerce. Si tu restes les bras croisés à attendre un travail qui n'arrive pas, cela pousse certains vers le vol ou l'agression. Faire un peu de commerce, c'est toujours mieux pour s'en sortir. »
À travers le témoignage de Doug, c'est toute la vitalité et la dignité du secteur informel de N'Djamena qui s'expriment. Une véritable leçon de débrouillardise et d'entrepreneuriat face aux aléas du quotidien.