Salubrité urbaine à N’Djamena : la propreté est l'affaire de tous
À N’Djamena, la lutte contre l'insalubrité ne relève pas seulement de la mairie. Entre comportements citoyens, rôle des commerçants et action publique, la propreté urbaine exige un pacte collectif.
Par Barra Lutter
À N’Djamena, les déchets s’accumulent dans certains quartiers, les caniveaux se bouchent et les sachets plastiques s’invitent partout. À chaque constat d’insalubrité, le même réflexe revient : accuser la mairie. Pourtant, une ville propre ne dépend pas uniquement des autorités municipales. Elle dépend aussi de ceux qui y vivent. La saleté urbaine est devenue un problème collectif. Et si les responsabilités sont partagées, les solutions doivent l’être également.
La mairie a sa part de responsabilité
Il serait injuste de nier les responsabilités des autorités locales. Une municipalité doit organiser la collecte des ordures, entretenir les espaces publics, assurer la gestion des déchets et sensibiliser la population.
Lorsque les poubelles manquent, que les déchets ne sont pas régulièrement évacués ou que certains quartiers sont abandonnés, les citoyens sont en droit de demander des explications. Une ville ne peut pas être propre sans une politique d’assainissement efficace, des moyens matériels suffisants et des agents correctement équipés. Mais demander davantage à la mairie ne signifie pas lui attribuer toute la responsabilité.
Le citoyen au cœur du problème
Il suffit parfois d'observer certaines rues pour comprendre l'ampleur du problème. Des déchets sont jetés directement sur la chaussée, dans les caniveaux ou à proximité des marchés alors que des solutions de collecte existent.
Le geste paraît insignifiant : un sachet, une bouteille, un emballage. Mais lorsque des milliers de personnes reproduisent le même comportement chaque jour, ces petits gestes deviennent une catastrophe collective. Une mairie ne peut pas placer un agent derrière chaque citoyen pour lui rappeler de ne pas jeter ses déchets dans la rue. La propreté commence donc par un comportement individuel.
Les caniveaux ne sont pas des poubelles
Le problème devient particulièrement visible pendant la saison des pluies. Lorsque les caniveaux sont remplis de déchets, l'eau ne circule plus correctement. Les rues sont alors rapidement transformées en zones inondées. On accuse ensuite la pluie, les infrastructures ou les autorités.
Mais combien de ces inondations sont aggravées par des comportements que nous pourrions éviter ? Jeter des déchets dans un canal d'évacuation revient à préparer soi-même les conditions d'une future catastrophe. La prévention ne peut donc pas être uniquement une mission municipale. Elle doit devenir une responsabilité citoyenne.
Le rôle des commerçants et des marchés
Les marchés constituent également un défi majeur. Activité économique indispensable, le commerce génère quotidiennement d'importantes quantités de déchets. Les commerçants doivent participer à leur gestion. Les clients également. Il est difficile de réclamer des marchés propres tout en laissant les emballages et les restes de marchandises s'accumuler autour des étals.
Les associations de commerçants, les responsables de marchés et les autorités locales pourraient davantage travailler ensemble pour organiser des points de collecte, imposer certaines règles d'hygiène et sensibiliser les usagers.
Changer les mentalités
Le véritable défi est culturel. On ne construira pas une ville propre uniquement avec des camions de ramassage. Il faut aussi construire une culture de la propreté. Cette culture doit commencer à l'école, dans les familles et dans les quartiers. Les enfants doivent apprendre que l'espace public appartient à tout le monde. Les médias ont également un rôle à jouer en sensibilisant sans culpabiliser. Les campagnes ponctuelles sont utiles, mais elles doivent être accompagnées d'actions régulières.
Une responsabilité partagée
Accuser uniquement la mairie est aussi facile que d'accuser uniquement les citoyens. Les deux approches sont insuffisantes. La municipalité doit fournir les infrastructures et les services nécessaires. Les habitants doivent respecter les règles et préserver les espaces publics. Les commerçants doivent gérer leurs déchets. Les entreprises doivent également prendre leur part de responsabilité. Une ville propre est le résultat d'un pacte collectif.
N'Djamena ne deviendra pas plus propre uniquement grâce à une décision administrative. Elle le deviendra lorsque chacun comprendra que la rue devant sa maison, le marché de son quartier ou le caniveau situé devant son commerce ne sont pas des espaces sans propriétaire. La mairie doit faire son travail. Mais nous devons aussi faire le nôtre.