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Sèche-sécheresse et spéculation à N'Djamena : quand les céréales deviennent de l'or

À N'Djamena, les perturbations de la saison des pluies entraînent une envolée des prix des céréales. Entre stockage opportuniste et spéculation, les ménages tchadiens subissent de plein fouet une inflation qui interpellent sur le rôle de l'État.

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Sèche-sécheresse et spéculation à N'Djamena : quand les céréales deviennent de l'or
Des étals de commerce au Tchad. © Alwihda Info/Archives

Par Idriss Abdelkerim

À N'Djamena, les perturbations de la saison des pluies profitent davantage aux commerçants qu’aux consommateurs. Lorsque les précipitations se font rares ou s’interrompent en pleine période de mousson, les prix de plusieurs denrées agricoles s'envolent de manière spectaculaire. Le mil, le maïs, le sorgho, le haricot et les autres céréales de base deviennent progressivement inaccessibles pour de nombreux ménages.

Face à cette vulnérabilité climatique, certains commerçants adoptent une stratégie bien rodée : ils achètent et stockent en grande quantité lorsque les prix sont encore bas — généralement avant ou au début de la saison des pluies — pour les remettre sur le marché au moment où l'offre s'amenuise. Cette rétention permet de dégager des marges confortables dès que la pénurie s'installe.

Dans les marchés de la capitale, cette pratique pèse lourdement sur le pouvoir d'achat. Un sac acquis à bas coût peut ainsi être revendu quelques semaines ou mois plus tard à un tarif largement supérieur, doublant parfois selon le produit, la période et l'acuité de la crise.

Pour les foyers à faibles revenus, cette flambée des prix constitue une épreuve quotidienne. Le mil, le maïs, le sorgho et les haricots constituant la base de l'alimentation au Tchad, toute hausse tarifaire grève instantanément le budget des familles.

Entre régulation du marché et spéculation abusive

Cette situation met en lumière une frontière souvent floue : où s’arrête le stockage stratégique et où commence la spéculation illicite ?

Certes, le stockage des céréales joue un rôle tampon indispensable dans l'approvisionnement des marchés. Toutefois, lorsque certains opérateurs tirent indûment profit des craintes liées à la météo pour imposer des tarifs excessifs, les consommateurs se retrouvent pris en otage.

L'attitude des services de contrôle des prix et de régulation des marchés est dès lors pointée du doigt. De nombreux citoyens s'interrogent : le ministère du Commerce ne devrait-il pas intensifier ses inspections sur les étals et suivre de près l’évolution des prix des produits de première nécessité ?

L'urgence d'une anticipation publique

La question revêt un caractère d'urgence sociale, alors que les revenus des ménages stagnent. Il ne suffit pas de constater les dégâts après coup. Anticiper les pénuries, auditer les stocks, moraliser les pratiques commerciales et publier régulièrement des prix de référence s'avèrent indispensables pour protéger la population.

Les aléas pluviométriques ne menacent pas seulement les récoltes des agriculteurs. Ils fragilisent l'ensemble de la chaîne alimentaire, provoquant une baisse de production, une contraction de l'offre, une inflation galopante et une pression intenable sur les citadins.

À N'Djamena, la problématique dépasse largement la simple conjoncture économique. Si la pluie vient à manquer, qui doit supporter le coût de la crise : le négociant, l'État ou le consommateur ?

Une certitude demeure : face à la rareté des céréales, certains flairant la bonne affaire s'enrichissent, tandis que la grande majorité des ménages accumule les difficultés. Une chose est sûre : si la pluie peut faire défaut dans les champs, la vigilance des autorités ne devrait jamais faire défaut dans les marchés.

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