SODEFIKA : un pas vers l'entrepreneuriat féminin au Tchad

Le projet SODEFIKA, soutenu par la Coopération suisse, vise à renforcer l'entrepreneuriat féminin au Tchad en développant le marché du beurre de karité. L'atelier de clôture a souligné les défis et opportunités du secteur.

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SODEFIKA : un pas vers l'entrepreneuriat féminin au Tchad

Par Hassan Abderaman

Le projet Soutien au Développement des Filières Karité, Arachide et Sésame au Tchad (SODEFIKA) – Phase 3, financé par la Coopération suisse et mis en œuvre par Caritas Suisse, a organisé ce jeudi 14 mai 2026, au Musée national de N’Djamena, un atelier de clôture du programme d’accompagnement en gestion d’entreprises des unités de transformation de beurre de karité.

Placée sous le thème : « Développement du marché du beurre de karité », cette rencontre a réuni le représentant du ministère du Commerce et de l’Industrie, des responsables d’institutions de microfinance, des partenaires techniques ainsi que des femmes promotrices et transformatrices de beurre de karité.

Le projet SODEFIKA, initiative de la Direction du Développement et de la Coopération suisse (DDC) mise en œuvre par Caritas Suisse, intervient dans les provinces du Moyen-Chari, du Mandoul et du Logone Oriental. Il vise à développer des systèmes de marchés inclusifs permettant aux acteurs des filières karité, arachide et sésame d’accéder à des services de qualité et à de meilleures opportunités commerciales.

L’objectif principal de cet atelier était de réunir l’ensemble des acteurs publics et privés de la filière karité afin de capitaliser les acquis du programme, renforcer les synergies intersectorielles et définir une feuille de route commune pour le développement durable et compétitif du marché du beurre de karité au Tchad.

« Le karité est notre héritage », affirme Nekingam Merci

Prenant la parole au nom des unités de transformation de beurre de karité, Mme Nekingam Merci a souligné l’importance du karité dans la vie des femmes tchadiennes.

« Le karité n’est pas seulement un arbre. C’est notre héritage, notre patrimoine et notre dignité. Depuis des générations, nos mères et nos grands-mères collectent, transforment et vendent le karité pour nourrir leurs familles et scolariser leurs enfants », a-t-elle déclaré.

Elle a indiqué que les femmes transformatrices souhaitent désormais aller au-delà de la simple survie économique pour devenir de véritables entrepreneures capables de conquérir des marchés nationaux et internationaux.

Selon elle, grâce au soutien du projet SODEFIKA, les femmes ont bénéficié d’un accompagnement technique de qualité en gestion d’entreprises, d’un renforcement de capacités sur toute la chaîne de valeur du karité, ainsi que d’un appui à la structuration de leur union afin d’en faire un acteur crédible de la filière.

Elle a également salué l’appui de la Coopération suisse et de Caritas Suisse, qu’elle considère comme des partenaires engagés dans la promotion de l’autonomisation économique des femmes tchadiennes.

Mme Nekingam Merci a toutefois relevé plusieurs défis qui freinent encore le développement de la filière, notamment la vente anarchique des amandes de karité et du beurre premium, l’accès limité au financement, les difficultés liées à la certification des produits ainsi qu’aux emballages adaptés aux exigences des marchés internationaux.

Elle a lancé un appel aux institutions financières afin qu’elles accordent davantage de crédits aux femmes transformatrices.

« Un petit crédit accordé à une femme transformatrice de karité, c’est toute une famille qui se relève et toute une communauté qui avance », a-t-elle affirmé.

Le ministère du Commerce réaffirme son soutien à la filière karité

Représentant le ministère du Commerce et de l’Industrie, le directeur de la promotion du mouvement coopératif, M. Bagdara Andoua, a indiqué que le karité constitue une ressource stratégique pour le Tchad.

Selon lui, le beurre de karité figure aujourd’hui parmi les produits les plus recherchés sur les marchés internationaux, notamment dans les secteurs de la cosmétique, de l’agroalimentaire et de la pharmacie.

« Le Tchad dispose de millions d’arbres à karité et possède tous les atouts nécessaires pour répondre à cette demande mondiale croissante », a-t-il déclaré.

Il a salué les résultats du programme d’accompagnement qui a permis aux femmes transformatrices d’acquérir des compétences en gestion comptable et financière, en élaboration de plans d’affaires, en maîtrise des normes de qualité et en accès aux marchés, notamment ceux offerts par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF).

M. Bagdara Andoua a également exprimé la reconnaissance du gouvernement tchadien à l’endroit du projet SODEFIKA et de la Coopération suisse pour leur engagement en faveur du développement économique et de l’autonomisation des femmes.

S’adressant aux femmes transformatrices présentes dans la salle, il a affirmé :

« Vous n’êtes pas seules. Le gouvernement tchadien est à vos côtés. »

Il a aussi exhorté les banques à soutenir davantage les unités de transformation de karité, tout en invitant les structures de normalisation et les fournisseurs d’emballages à accompagner ces femmes dans l’amélioration de la qualité et de la compétitivité de leurs produits.

Des panels sur les défis et opportunités du secteur

Au cours de la rencontre, une projection vidéo a permis de présenter les activités du projet SODEFIKA, les défis rencontrés par les femmes transformatrices, notamment l’accès au financement et aux emballages, ainsi que les mécanismes d’accompagnement mis en place.

Des témoignages de femmes membres des coopératives ont également été diffusés, mettant en avant les revenus générés par leurs activités de transformation du beurre de karité et leur contribution à la prise en charge des besoins familiaux.

Le projet intervient principalement autour de trois axes : l’accès aux services, l’accès au financement et la protection de l’environnement. Il œuvre également en collaboration avec les ministères de l’Environnement et de l’Agriculture pour la préservation des ressources naturelles.

Trois panels ont marqué cette rencontre. Les échanges ont porté sur les normes, la qualité et la certification des produits, les questions d’emballage et de maîtrise des coûts, ainsi que le financement, la structuration des coopératives et l’accès aux marchés.

La cérémonie s’est achevée par une visite guidée des stands d’exposition présentant divers produits alimentaires et cosmétiques issus de la transformation locale du karité.

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