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Tchad : combien coûte à la nation le chômage d’un diplômé ?

Au Tchad, le chômage massif des diplômés représente un frein économique majeur et un investissement public gâché. Le pays doit repenser ses filières pour relier formation et emploi.

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Tchad : combien coûte à la nation le chômage d’un diplômé ?
Des dossiers de jeunes diplômés au Tchad. Illustration © Alwihda Info/Archives

Par Barra Lutter

Chaque année, le Tchad investit massivement dans l'éducation. Des enseignants sont recrutés, des infrastructures sortent de terre, des étudiants obtiennent leurs diplômes et des familles consacrent parfois une grande partie de leurs revenus à la scolarité de leurs enfants. Mais que se passe-t-il lorsque ces diplômés arrivent au terme de leur parcours sans trouver d'emploi ? Le chômage des diplômés ne constitue pas seulement un drame individuel : il représente une perte économique considérable pour toute la nation.

Des milliers de compétences en attente

Le constat chiffré est particulièrement préoccupant. Selon une analyse de la Banque mondiale, environ 75 000 diplômés tchadiens, y compris issus des filières scientifiques et technologiques, cherchent un emploi plusieurs années après la fin de leurs études.

Ce volume ne reflète pourtant qu'une partie de la réalité. La même institution estime que 37 % des jeunes tchadiens étaient ni en emploi, ni en études, ni en formation selon les données disponibles pour 2022, tandis que l'inactivité des 15-24 ans atteignait près de 60 %.

Il convient toutefois d'analyser avec nuance le taux de chômage officiel. Modélisé à seulement 1,1 % en 2025 par l'OIT selon les données de la Banque mondiale, ce chiffre s'explique par la forte informalité du marché du travail tchadien, où environ 88 % des emplois relèvent du secteur informel.

Autrement dit, un diplômé qui vend quelques produits dans la rue ou exerce une activité précaire est comptabilisé comme ayant un emploi, alors même que son niveau de qualification demeure largement sous-utilisé.

Une formation qui coûte, un potentiel qui dort

Former un diplômé mobilise des ressources publiques et familiales importantes : financement des enseignants, des bâtiments, des équipements, des bourses, des infrastructures universitaires et des services administratifs, auxquels s'ajoutent les sacrifices consentis par les parents.

Lorsque le jeune reste plusieurs années sans emploi en adéquation avec ses compétences, le pays s'expose à une perte sèche sur le rendement attendu de cet investissement.

La Banque mondiale relève d'ailleurs la faiblesse du capital humain au Tchad, avec un indice établi à 0,30. Cela signifie qu'un enfant né aujourd'hui n'atteindrait qu'environ 30 % de sa productivité potentielle dans les conditions actuelles d'éducation et de santé.

Le problème se révèle ainsi double : le pays investit encore de manière insuffisante dans son capital humain, tout en exploitant mal une partie de celui qu'il parvient à former.

Quand le diplôme ne rencontre pas le marché

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