Tchad : comment encadrer l’usage du smartphone chez les élèves ?
À N’Djamena, le téléphone portable s'impose dans le quotidien des élèves, oscillant entre outil d'apprentissage précieux et source majeure de distraction, posant un défi inédit aux enseignants et aux parents.
Par Khadidja Oumar Abdoulaye
À N’Djamena, le téléphone portable fait désormais partie intégrante du quotidien de nombreux élèves. Dans les établissements scolaires, certains l’utilisent pour faire des recherches, consulter des documents ou approfondir leurs cours. D’autres passent davantage de temps sur les réseaux sociaux, les vidéos et les jeux. Entre outil d’apprentissage et source de distraction, le téléphone pose un défi de taille à l’institution scolaire.
Le téléphone portable n’est plus seulement un moyen de communication. Grâce à Internet, il permet d’accéder en quelques secondes à une mine d’informations. Un élève qui ne comprend pas une notion peut chercher une explication, consulter un dictionnaire en ligne ou regarder une vidéo éducative.
« Quand je ne comprends pas une leçon, je fais parfois des recherches avec mon téléphone. Ça m’aide à trouver des explications que je n’ai pas comprises en classe », témoigne un élève rencontré à N’Djamena.
Pour une partie des collégiens et lycéens, le smartphone représente ainsi une aide précieuse. Il facilite la préparation des exposés, le téléchargement de documents et l’accès à des ressources souvent absentes des bibliothèques scolaires.
Le problème surgit lorsque l’élève perd le contrôle de son utilisation. Une recherche de quelques minutes cède facilement le pas à une longue consultation de TikTok, Facebook, WhatsApp ou d’autres plateformes.
« Parfois, je prends mon téléphone pour chercher quelque chose pour l’école et, après, je commence à regarder les vidéos. Je peux même oublier ce que j’étais venu chercher », confie un autre élève.
En classe, la situation se complique. Notifications, messages et flux continus de divertissement détournent l’attention et perturbent le déroulement des cours.
Pour les enseignants, cette réalité exige une vigilance accrue. « Le téléphone peut être utile pour les élèves, mais il faut savoir l’utiliser au bon moment. Quand un élève consulte les réseaux sociaux pendant le cours, cela devient un problème », souligne un professeur.
Pour lui, l’interdiction totale n’est pas nécessairement la solution miracle. Il privilégie la sensibilisation des élèves à un usage raisonné.
L’enseignant doit ainsi baliser le terrain : définir clairement les moments où le téléphone sert d’outil pédagogique et ceux où il doit impérativement rester rangé.
À la maison aussi, les parents font face à cette transition numérique. Nombreux sont ceux qui encouragent leurs enfants à exploiter le mobile pour leurs études, tout en redoutant l'addiction aux écrans.
« Je laisse mon enfant utiliser le téléphone pour ses recherches, mais je regarde aussi le temps qu’il passe dessus. Il faut trouver un équilibre », confie un parent.
Difficile, selon lui, de bannir totalement ces appareils de la vie des jeunes. « La technologie est déjà présente dans leur vie. Le plus important est de leur apprendre à bien l’utiliser », ajoute-t-il.
Le débat ne saurait se résumer au seul dilemme de l’interdiction. Le véritable défi consiste à éduquer les jeunes générations à un usage intelligent du numérique.
Le téléphone peut soutenir l'apprentissage ou devenir un gouffre temporel. Tout dépend de l’objectif et de la méthode.
Établissement, parents et élèves partagent la responsabilité de cet encadrement. Les enseignants régulent l'usage en classe, les parents accompagnent à la maison, et les jeunes développent leur autonomie.
À double visage, le téléphone portable rapproche l’élève du savoir lorsqu'il est bien maîtrisé, mais l'éloigne de ses objectifs d'études en cas de dérive.
Dans un monde ultra-connecté, l’enjeu n'est pas de rejeter la technologie, mais d'en extraire la substance positive.
La question n’est donc plus de savoir si le téléphone doit être banni ou admis, mais de garantir qu’il serve l'émancipation intellectuelle sans compromettre la réussite scolaire.