Tchad : du diplôme au comptoir, le pari audacieux de Maiyola face au chômage

Maiwola Tamba, diplômée en droit public, a choisi la restauration pour échapper au chômage. Elle prouve que le courage d'entreprendre est le plus beau des diplômes.

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Tchad : du diplôme au comptoir, le pari audacieux de Maiyola face au chômage

Par Temandang Gontran

À l'heure où de nombreux jeunes diplômés attendent désespérément une opportunité dans la fonction publique, Maiyola Tamba a choisi de prendre son destin en main. Titulaire d'un Master 2 en droit public, elle est aujourd'hui à la tête de son propre restaurant dans le 7e arrondissement de N'djamena. Rencontre avec une jeune femme déterminée qui bouscule les codes et refuse la fatalité du chômage.

Dans l'ambiance animée du quartier de l'axe Mattias N'Garteri appelé communément axe Ca7, entre les bruits de la rue et les notes de musique qui s'échappent des commerces voisins, Maiyola Tamba s'active derrière son comptoir. Rien ne prédestinait cette juriste de formation, spécialisée en droit public, à embrasser une carrière dans la restauration. Et pourtant, face à la réalité du marché de l'emploi, le choix s'est imposé d'un constat simple, mais lucide.

« Rester à la maison à ne rien faire, ce n'est pas facile. Il fallait sortir et chercher, on ne peut pas toujours compter sur les parents », confie-t-elle au micro de Alwihda Info.

L'idée de créer son propre emploi a germé très tôt, dès l'époque de ses études où elle se débrouillait déjà pour subvenir à ses besoins. Passionnée de cuisine, Maiyola a tout naturellement décidé de mettre ce talent au service de son autonomie financière.

Un parcours semé d'embûches

Les débuts n'ont pas été de tout repos. Sans financement initial solide, la jeune entrepreneuse a dû faire preuve d'une résilience remarquable. Pour réunir le capital nécessaire au lancement de son restaurant, elle s'est transformée en véritable « jongleuse » de marchés.

Grâce à des contacts bien placés qui lui ont fait confiance, elle a enchaîné deux à trois opportunités commerciales pour mettre son projet sur pied. Aujourd'hui, elle loue son emplacement — un kiosque qu'elle paie mensuellement — et gère son affaire de front. Bien qu'elle travaille seule pour le moment, elle n'exclut pas d'embaucher à l'avenir au fur et à mesure que son activité grandira.

Briser les chaînes de l'attente un message à la jeunesse

Pour beaucoup, voir une titulaire de Master 2 gérer un restaurant peut surprendre, voire décevoir les attentes traditionnelles liées aux longues études. Interrogée sur ce décalage, Maiyola Tamba livre un message fort et sans concessions à l'égard de la jeunesse, et plus particulièrement de ses sœurs tchadiennes :

« C'est bien de rêver de travailler à la fonction publique, mais connaissant la situation du pays, ce n'est pas facile. Il faut sortir, se battre, et ne pas attendre à la maison. Il n'y a pas de sous-métier. »

Regardant parfois autour d'elle avec un mélange de tristesse et de lucidité, elle regrette de voir certaines jeunes femmes s'égarer dans des voies faciles ou de débauche. Pour elle, l'indépendance s'acquiert par la sueur du front. « Il est encore possible de sortir de cette vie-là. Tout est possible », martèle-t-elle avec conviction.

Voir plus grand

Loin de se contenter de son statut actuel, Maiyola Tamba déborde d'ambition. En plus du service sur place, elle propose déjà des prestations de livraison et répond à des commandes spécifiques. Sa carte est un voyage culinaire qui mêle habilement les saveurs locales et d'ailleurs, proposant des plats très prisés comme le riz, spaghetti, soupe, la boule... sur commande.

Son rêve pour l'avenir ? Agrandir son restaurant, multiplier les commandes et bâtir une structure bien plus importante. Au vu de la qualité des plats qu'elle propose et de sa détermination de fer, le pari est en passe d'être réussi. Petit à petit, Maiyola Tamba trace son chemin, prouvant que le plus beau des diplômes reste encore le courage d'entreprendre.