Tchad : entre faible dette et défis économiques

Le Tchad, malgré ses défis économiques et sécuritaires, reste l'un des pays les moins endettés de la CEMAC, révélant un paradoxe complexe entre sobriété financière et manque d'investissements structurants.

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Tchad : entre faible dette et défis économiques

Par Barra Lutter

Dans une Afrique centrale étouffée par les emprunts massifs, le Tchad affiche un paradoxe intrigant : malgré ses difficultés économiques, ses crises sécuritaires et ses immenses défis sociaux, il demeure l’un des pays les moins endettés de la zone Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC). Une situation qui mérite d’être analysée au-delà des chiffres et des discours officiels.

Derrière cette relative « sobriété » financière se cache une réalité plus complexe : le Tchad emprunte moins, non pas parce qu’il est riche, mais parce qu’il a appris, après les années de dépendance pétrolière et l’effondrement des prix du brut, marquées par une période de fortes tensions budgétaires. La dette extérieure avait atteint un niveau inquiétant, au point d’obliger l’État à engager des restructurations difficiles avec ses partenaires financiers et certaines compagnies pétrolières. Cette crise a servi de leçon. Depuis, les autorités tchadiennes avancent avec davantage de retenue sur le marché de l’endettement international.

Il faut également souligner une vérité souvent ignorée : si le Tchad est moins endetté, c’est aussi parce qu’il attire moins d’investissements structurants. Beaucoup de partenaires financiers considèrent encore le pays comme un marché à risque en raison de l’instabilité régionale, de la fragilité institutionnelle et des tensions sécuritaires au Sahel. Résultat : moins de prêts mais aussi moins de grands projets transformateurs.

Le danger serait donc de célébrer ce faible endettement comme une victoire absolue. Un pays peut être peu endetté tout en restant économiquement fragile. Le véritable enjeu n’est pas seulement d’éviter la dette, mais de savoir emprunter intelligemment pour investir dans l’agriculture, l’énergie, l’éducation et l’industrialisation.

Le Tchad possède aujourd’hui une opportunité rare dans la zone CEMAC : celle de construire une croissance plus saine avant de tomber dans le piège des crédits incontrôlés. Encore faut-il que cette marge soit utilisée pour produire de la richesse réelle, et non pour entretenir une économie administrative dépendante du pétrole.

Être le moins endetté de la CEMAC ne doit pas devenir un slogan politique. Cela doit être le point de départ d’une réflexion nationale : comment bâtir un État fort sans hypothéquer l’avenir des générations futures ?