Tchad : huit ans de blocage foncier et tensions autour d'un centre de santé à N'Djamena
L'ABEDEC alerte sur un conflit foncier de huit ans au quartier Ngonba à N'Djaména, dénonçant des attributions irrégulières et la menace pesant sur un terrain réservé à un centre de santé.
Par Katchibé Mapagne
L'Association Action pour le Bien-être et le Développement Communautaire au Tchad (ABEDEC-TCHAD) tire la sonnette d'alarme face à un conflit foncier qui perdure depuis plus de huit ans dans le quartier Ngonba, à Walia, situé dans le 9e arrondissement de N'Djaména. Elle dénonce des attributions de parcelles jugées irrégulières et alerte sur la reprise de travaux sur un terrain pourtant réservé à la construction d'un centre de santé public.
C'est lors d'un point de presse tenu le 31 octobre 2026 à la Maison des Jeunes de Walia que l'organisation a exposé la situation par la voix de son coordonnateur national, Bahyaba Mbellet Samson.
Au cœur du litige figurent les opérations de restructuration du quartier Ngonba. Selon l'ABEDEC, un procès-verbal daté du 25 mars 2018 aurait été établi de manière irrégulière par une commission qu'elle qualifie de fictive.
L'association met en cause Gaukam Claude, présenté comme chef de mission de la restructuration, ainsi que Hassana Hamit Mahamat, ancien premier maire adjoint de la commune du 9e arrondissement, qui aurait présidé les opérations. Elle invoque également les ordres de mission n°021/PR/PM/MATDHU/SG/DGUH/DU/2017 et n°022/PR/PM/MATDHU/SG/DGUH/DU/2018, affirmant détenir la liste nominative des bénéficiaires.
L'organisation soutient qu'une équipe d'agents du ministère de l'Aménagement du territoire et de l'Urbanisme, de la mairie centrale et de la commune du 9e arrondissement a procédé, le 27 février 2017, à un partage d'espaces qu'elle conteste formellement. Cette démarche violerait, selon elle, le décret n°08-1312/PR/PM/MATUH/2008 du 23 octobre 2008 régissant la Commission d'attribution de terrains en zones urbaines (CATZU).
L'ABEDEC s'interroge en outre sur les conditions d'obtention de documents de gré à gré auprès des services fonciers de l'État par certains bénéficiaires, déplorant que les recours juridiques introduits par les propriétaires lésés soient restés sans suite satisfaisante.
Le point de discorde le plus critique concerne l'espace destiné au centre de santé public de Ngonba, mis à disposition par un particulier. La création de cette structure a été actée le 20 septembre 2016 sous la référence administrative n°424/PR/PM/MSP/SE/SG/DGRP/DP134/SPLAN/2016, mais, faute d'accès au site, le centre fonctionne toujours dans des locaux loués.
L'association accuse Bolguel Lame Emmanuel de poursuivre des travaux sur cette réserve en violation d'une mesure de suspension. Elle s'appuie sur l'ordonnance n°086/JP9/ARRD/NDJ/2025 du 3 juin 2025, dont la mesure suspensive aurait été confirmée le 22 octobre 2025. Malgré cela, des travaux ont repris sur le site le 27 octobre 2026, alors que cet emplacement demeure une réserve foncière sanitaire et non une zone d'attribution.
Face au risque d'exacerbation des tensions locales, l'organisation demande l'arrêt immédiat des travaux et la libération de l'emprise. Elle rappelle avoir mené de multiples démarches administratives, notamment des courriers adressés au maire du 9e arrondissement dès le 16 janvier 2017, puis au ministre en charge de l'Aménagement du territoire les 10 mars 2022 et 3 octobre 2025.
Craignant des affrontements intercommunautaires, l'ABEDEC sollicite l'arbitrage direct du Président de la République, le maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, ainsi que du ministre de tutelle et du maire.
Ses revendications se résument ainsi :
- L'annulation des attributions de parcelles jugées irrégulières ;
- La restitution des terrains aux ayants droit légitimes ;
- Le réexamen global du plan de restructuration du quartier Ngonba ;
- La confrontation du plan initial aux réalisations effectives, assortie d'une révision pour désenclaver les voies impraticables en saison des pluies ;
- Une descente sur le terrain des autorités compétentes pour constater l'empiétement sur la réserve sanitaire.
Par cette sortie, l'ABEDEC espère obtenir une intervention des pouvoirs publics pour solder un contentieux de longue date, préserver l'infrastructure sanitaire et sécuriser le développement urbain du quartier.